DE LA JEUNESSE ET DE LA VIEILLESSE
Le règne de Fliomme est placé entre Fenfance et la décrépitude : prise en-deçà et au-delà de ce terme , la vie est à peine une espérance ou moins qu'un souvenir.
Si la vie à venir appartient surtout au jeune âge, là vieillesse a du moins cela de consolant, que, ce qu'elle perd chaque jour en espérance , elle le regagne en souvenir.
C'est tantôt le corps, tantôt Tàme, au contraire ^ par quoi nous commençons de vieillir. Mais, que ce soient nos facultés intellectuelles qui viennent à faiblir les premières, ce mal se fait si obscurément sentir à qui s'en trouve affecté, qu'il est d'autant plus malaisé de le reconnaître, et d'autant plus incertain, sinon de le guérir, tout au moins de le pallier.
Il semble que la vieillesse soit sujette à plus d1mperfections que la jeunesse : dégoût et impuissance; vaine et sotte fierté; humeur chagrine et insociable; ennuyeux babil; ridicule soif des richesses; croyances superstitieuses; envie, injustice et malignité, on dirait que, se couvrant du manteau usurpé de la raison, afin d'imposer au respect d'autrui comme à sa propre vénération tout ce quïl lui convient de tenir pour sagesse , elle change plutôt ses vices quelle ne les quitte , et attache communément plus de rides en notre esprit que sur notre visage. Aussi, quelle provision d'étude et de science ne devons-nous pas faire, que de soins réservés ne nous faut-il pas prendre, à combien de précautions habiles ne nous importe~t-il pas de recourir, pour éviter les misèi^s dont il peut arriver qu'elle nous charge, ou du moins pour en affaiblir autant qu'il dépendra de nous les rapides et funestes progrès !
L'usage des voluptés honnêtes ne saurait nous être interdit, à aucune époque de la vie, ni par les lois de la saine raison, ni par les règles de la vraie philosophie. Ce serait, à bien dire, une cruelle injustice; que de permettre à la jeunesse d'obéir, sous le seul fait d'une prudente réserve, à la vivacité de ses penchants,