‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 162 sur 175 · DE LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

DE LA SOLITUDE

Il n'y a point d'homme qui n'éprouve fréquemment le besoin de s'isoler de ses semblables. La nature Ta voulu ainsi, pour nous apprendre que si nous devons une partie de notre temps à la société, nous en devons la meilleure partie à nous-mêmes.

— Mieux vaudrait, cela ne fait point de doute, renoncerpour toujours au commerce du monde, que de se condamner, sans une impérieuse nécessité, à vivre

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constamment pour les hommes et perpétuellement parmi les hommes.

— Sur raille hommes, dit Y Ecclésiastique, il n'y en a pas un de bon : la corruption du monde est contagieuse, et nous risquons, à demeurer parmi les hommes, ou d'imiter leurs vices, ou de haïr les vicieux.

— L'ambition, qui ne cherche qu'à éloigner de son chemin tout ce qui lui porte ombrage, et pour qui riionneur et la droiture sont des vertus qui l'épouvantent, contribue, par les haines et par les avanies qu'elle réserve surtout aux gens de bien, à leur donner, avant que la saison en soit venue, le goût du repos et Tamour delà solitude.

Nous devons nous garder détromper les autres, et ne pas moins nous abstenir de nous abuser nousmêmes : c'est bien plutôt, convenons-en, par zèle pour notre ambition particulière^ que ce n'est en vue de l'utilité générale, que, consenlant à nous arracher à notre indolence naturelle, et à faire violence à notre goût inné de l'isolement, nous nous déterminons à venir prendre une part quelquefois si active aux intérêts mêlés et confus de la presse du monde.

Nous nous flattons communément de vivre chacun

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