‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 163 sur 175 · QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE ITT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE ITT

plus OU moins pour nous-mêmes, tandis que, sur bon nombre de démarches journalières que semble nous commander Tambition, il n'y en a souvent pas une qui nous concerne particulièrement. Nous dissipons toutes nos heures au dehors, pour le service d'autrui que nous connaissons à peine, et dont les succès ne peuvent intéresser tout au plus que notre amourpropre, sans que, de ces heures fugitives, nous songions à nous en réserver aucune, ou pour remployer au soin même le plus pressant de nos affaires personnelles, ou, moins encore, pour la consacrer aux charmes si doux et si profitables de la solitude et de la méditation.

L'ambition s'accorde mal avec le goiit de Tisolemenî; c'est une passion qui devrait, moins que toute autre encore, franchir le seuil de notre solitude.

— Il n'y a solitude, pour profonde qu'elle puisse être, où nous devions trouver un jour le repos qui nous fuyait dans le monde, si nous n'avons bien résolu de décharger notre àme de toutes les passions extrêmes, dont le joug, tant qu il s'appesantit sur notre vie, entrave ou dérègle le cours de nos pensées, et nous empêche de nous trouver, sinon tout-à-fait seuls, du moins lout-à-fait libres avec nous-mêmes.

— Ce serait, à vrai dire, pure folie à nous, que d'é-

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changer la vie sociale contre la vie hérémiiique, si nous n'apportions, en notre solitude, un désir fervent de devenir meilleurs, et ne travaillions, une fois délivrés de la corruption contagieuse du monde, à nous rendre, aux yeux de notre conscience, tels que nous pourrions souhaiter de paraître aux yeux de tous les gens de bien.

La vraie solitude est celle que nous offre à souhait notre àme affranchie de toutes mauvaises passions, notre àme ramenée constamment et maintenue fermement en elle-même; celle-là, en effet, il nous est permis d'en jouir, non pas aussi commodément sans doute, mais aussi facilement du moins , sur une place publique, nonobstant le tumulte des villes, et jusque sur les marches d'un trône, en dépit de l'agitation des cours, qu'à part nous, loin des intérêts militants du monde, et àTabri des ambitions de toute classe, des rivalités de toute secte, des turbulences, enfin, de toute nature, qui ne cessent de troubler Tordre et de compromettre le repos des sociétés humaines.

— C'est un des privilèges du sage, que de pouvoir s'isoler en quelque presse du monde qu'il se trouve. Né pour la solitude et pour la méditation, que la fortune le jette en un palais, au milieu de cette foule vertigineuse dont se compose une cour, là encore il lui sera loisible de se ménager en lui-même un lieu

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