‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 171 sur 175 · QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE ÏV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE ÏV

car, pourquoi craindrions-nous de perdre une chose, qui, lorsqu'elle est perdue pour nous, ne saurait (Hre par nous regrettée? et, puisque nous sommes menacés de tant de sortes de mort, combien ne nous doit-il pas être plus onéreux de les craindre toutes , que de prévoir une seule mort, soit pour Fattendre ou pour la soutenir? Peu nous importe, après tout, de savoir quand et comment elle viendra, pourvu que nous ne laissions pas de nous souvenir qu'elle est inévitable. Mais, écoutons Montaigne, ce prétendu Pyrrhonien , qui n'a jamais douté pourtant de Dieu et de ses œuvres , non plus que de la vertu et de ses mérites; écoutons-le parler de sa confiance dans la pratique des devoirs chrétiens , et pénétrons-nous bien de ce qu'il nous est permis d'attendre des secours de la foi, pour nous fortifier contre la crainte de la mort , alors que nous voyons ce profond et hardi penseur les mettre , à tout danger de la vie , si fort audessus des ressources de la nature et des lumières de la science : « Il ne me faut , dit-il , dans Téloquente (( naïveté de son merveilleux idiome , il ne me faut « rien d'extraordinaire, quand ie suis malade : ce que (f nature nepeulten moy, ie ne veulx pas qu'un bolus (( le face. Tout au commencement de mes fiebvres ou ^ « des maladies qui m'atterent, entier encores et voi- « sin de la santé, ie me reconcilie à Dieu par les « derniers offices chrestiens, et m'en treuve plus libre (( et deschargé, me semblant en avoir d'autant meil- « leure raison de la maladie.... « Ajoutons ce seul

(( mot : « ou de la mort , )) lequel mot nous semble devoir être ici le complément indispensaJ3le des nobles et touchants aveux de l'auteur des Essais^ et demandons-nous, en arrivant au terme de nos Études sur la philosophie de Montaigne, qui peut nous tenir un pareil langage : un philosophe sceptique ou un moraliste chrétien ?

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