‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 39 sur 175 · DES RICHESSES · texte numérisé non relu

DES RICHESSES

En fait de richesses, la chose la moin? aisée ^ c'est à coup sur, non pas d'acquérir, mais de conserver.

Le sage méprise les richesses , non parce qu'il lui serait malaisé d'en acquérir, mais parce qu'il trouve plus commode et plus utile même de savoir s'en passer.

L'épargne fut longtemps la vertu pratique et dominante de certains peuples de l'antiquité; et c'est à l'ascendant qu'ils surent d'abord si bien exercer sur eux-mêmes, qu'on doit attribuer, en grande partie du moins , cette puissance de conquérir et d'asservir, qu'ils parvinrent dans la suite à faire si fièrement peser sur tous les points de l'univers.

C'est moins dans la possession que dans l'emploi des biens, que consiste la véritable opulence ; et plus misérable est sans contredit un riche insatiable de richesses , qu'un pauvre que n'émeut point sa pauvreté.

Nous sacrifions tous les jours le certain à l'incertain , pour rechercher les hautes et rares faveurs de la fortune. 0 folie humaine! César engage tout son patrimoine, et s'endette en outre d'un million d'or, afin de devenir César; et César meurt assassiné pour s'être fait César! Mais, tel encore pouvait vivre tranquille et heureux du produit de sa métairie, qui;, s'avisant tout à coup de la vendre , et d'en convertir le prix en achat de marchandises, qu'il envoie aux Indes , sur la foi trompeuse des mers , s'expose de gaieté de coeur à mourir de détresse , pour s'être

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