PREMIJËRE PARTIE, CHAPITRE XXV
— OÙ il n'y a pas de douleur à défier, la verlu perd de sa valeur, et ne joue plus que tant bien que mal son rôle.
— Faire tête à la douleur, c'est la contraindre ^ pour le moins, à composer avec nous.
C'est un bienfait de la nature, qu'elle nous ait permis d'assoupir en nous, par Taccoutumance, le sentiment des maux contre lesquels nous ne saurions trouver de remède.
Les biens et les maux sont les lois de notre condition; sachons à bon droit jouir des uns, mais apprenons avant tout à supporter les autres, puisqu'il ne dépend pas toujours de nous de les pouvoir éviter. Les maladies ont leur naissance , leur progrès et leur terme; qui essaie de les arrêter impérieusement, et de les maîtriser au milieu de leur cours , les irrite souvent au lieu de les apaiser, et s'expose à prolonger sa souffrance au-delà des bornes ordinaires. Laissons un peu faire la nature, qui sait mieux ce qui nous convient que nous-mêmes , et ne risquons pas de nous perdre à force dlmpatience.
C'est demander à Fhomme quïl dépasse la mesure de ses forces et les limites de sa nature , que de pré-
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tendre le voir opposer im visage calme et lui maintien dédaigneux aox élreintes même les plus violentes de la douleur physique. La philosophie ^ dont le but doit être de nous enseigner à gouverner notre âme , n'a plus rien à démêler avec le corps, du moment où elle est parvenue à soustraire, jusqu'à un certain point , notre entendement à tant de sortes de maux qui peuvent assaillir son enveloppe matérielle, et à rendre notre moral capable de soutenir le contrecoup des plus cruelles angoisses physiques , non sans trouble et sans émotion, mais tout du moins sans abattement et sans défaite.
Les menus tourments de la vie tendent bien plus à énerver nos forces et à paralyser notre courage, que ne saurait le faire nulle réelle adversité, quelque grande d'ailleurs qu'elle puisse être.
Le seul moyen de supporter avec résignation les peines de la vie, c'est de nous mesurer, non pas, comme nous avons coutume de le faire, à ceux que la fortune a placés au-desus de nous, mais à ceux dont elle a rendu la condition inférieure à la nôtre : quels nombreux et puissants motifs de consolation , si misérable qu'on se suppose, ne devra-t-on pas retirer de cette épreuve? Et, qu'on mette en communions les maux de l'humanité , qui donc consentirait; pour ce