DE LA VERTU ET BU VICE
Il n'y a pas de vice qui , par les maux incurables qu'il engendre dans le cœur de celui qui s'y abandonne, ne soit digne de toute sa haine, et ne semble dès-lors provenir de sa sottise et de son ignorance. Il n'y a point de vertu, au contraire, qui, par les perpétuelles délices qu'elle entretient dans Fàme de celui qui la pratique, ne mérite tout son amour, et ne devienne en même temps un témoignage de la justesse de son discernement et de rexcellence de sa nature. L'homme courageusement vicieux finit quelquefois
par s'endurcir au cri de sa conscience; mais, pour cette paix constante , pour ce bonheur inaltérable , qu on ne puise que dans Feslime de soi-même, c'est le partage exclusif de la vertu; il n'est donné qu'à rhomme de bien d'en jouir.
L'hommage que le vice même consent à rendre à la vertu, est le pins noble et le plus digne éloge qu'on en puisse faire; car il suit de là que tel la hait et la repousse de son cœur, qui s'en couvre du moins , et cherche quelquefois à s'en parer.
Tel ferme son coeur à la vertu , qui rougirait de rouvrir à la perfidie , tant elle passe aux yeux de tous les hommes pour un vice honteux et détestable.
Il n'y a point de si rude condition que n'accepte volontiers un honnête homme, plutôt que de consentir à faire le mal; mais, être placé entre deux nécessités également déshonorantes , c'est la plus funeste des épreuves pour tout homme de vertu.
Nous devons faire le bien , non par calcul , mais par vertu, c'est-à-dire afin de devenir estimables, non pour autrui, mais pour nous-mêmes.