‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 54 sur 175 · DE LA SAGESSE · texte numérisé non relu

DE LA SAGESSE

Les sages, dit le vieux Gaton, ont plus à apprendre des fous, que les fous des sages.

La sagesse a ses excès, et n'a pas moins besoin d'être modérée que la folie.

— Il n'est point rare de voir les meilleures intentions, si elles ne sont conduites avec prudence, pousser les hommes à de fort méchants effets.

— Il est plus aisé de se représenter un sage tout près de devenir fou, qu'un fou sur le point de devenir sage.

— Trop d'imagination peut nous faire, en un moment, passer de la plus subtile sagesse à la plus subtile folie , comme trop de santé menace quelquefois de nous précipiter tout à coup de vie à trépas.

— Toute vertu a ses bornes ; quiconque va au-delà, se jette aveuglément sur le terrain du vice : franchissez les limites de la vaillance, dans lesquelles, d'ailleurs, faute de les pouvoir bien connaître, il est si malaisé de se maintenir , et vous voilà en péril de passer de F obstination à la témérité, et de la témérité à la folie.

Les stoïciens disent qu'il y a entre les sages de si grands rapports et de si actives sympathies, que, tel sage qui prend sa réfection à Athènes, son compagnon s'en voit repu en Egypte; et que, tel autre qui, n'importe le pays où il se trouve, vient seulement à étendre le doigt, tous les sages de la terre habitable en reçoivent aussitôt une égale assistance.

Il n'y a point, parmi les hautes leçons de la sagesse, de plus utile enseignement, que celui qui nous prescrit de mesurer nos désirs à nos moyens.

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