PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXVII
— La plus basse marche est la plus ferme et la plus assurée : c'est le siège de la constance; vous n'y avez besoin que de vous ; elle se fonde là, et s'y appuie toute en soi.
— « ContenteZ'Vous de ce que vous possédez : » précepte salutaire, mais qu'il est plus facile aux hommes de comprendre que de pratiquer; car, ce qu'il prescrit de faire touche au point culminant de la raison, et se rattache à l'essence même de la sagesse.
Nous devons nous adonner aux meilleures règles, mais non pas nous y asservir , si ce n'est à de certaines règles ; peut-être; auxquelles notre sujétion nous semblerait nécessitée, soit par les premiers devoirs de notre état , soit par les premiers besoins de notre nature.
— Notre vie doit se partager entre la réflexion , le travail et le repos. Il serait tout aussi impossible de toujours penser ou de toujours agir, que de toujours veiller ou de toujours dormir. On a donc peine à concevoir la prétention de certains philosophes , dont la doctrine se propose de nous conduire à une vie purement méditative , de telle sorte que nous en venions jusque là, peut-être, d avoir l'esprit aux nues, pendant que nous avons le corps à table. Sachons faire à
propos ce que nous prescrivent les conditions licites de notre état on de notre nature : si c'est là blesser les maximes de leur étrange philosophie , c'est obéir du moins, ils ne le sauraient nier , aux principes essentiels de la saine raison et de la véritable sagesse.
-— Toutes choses ont leur saison , hors de laquelle il n'y a plus que folie à vouloir les entreprendre. Conserver sur ses vieux ans les goûts et les passions de la jeunesse; venir s'asseoir sur les bancs d'une école, pour apprendre ce qu'on devrait avoir honte d'ignorer, et que la mémoire n'est plus même en état de retenir; torturer son corps demi-paralysé par les glaces de l'âge , dans Fespoir de le rompre à des exercices, dont l'apprentissage réclame toute la vigueur et toute la souplesse des plus belles années; vouloir, en un mot, recommencer de vivre à Theure où Ton devrait s'apprêter à bien mourir, c'est méconnaître, à ses dépens, et les lois de la nature et les enseignements de la raison.
Plus les sujets, tels que le vice, la mort, la pauvreté et les maladies, tendent l'esprit et captivent la pensée, plus les préceptes qu'y rattache la sagesse doivent être simples, modérés et praticables , de peur que les âmes d'une commune trempe , dont la foiblesse a besoin de ménagement , n'hésitent et ne re-