PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXXI
et qu'ils se trouvent ainsi livrés aux téméraires interprétations de la sottise et de Tignorance.
— Il y a deux sortes de chrétiens qui puisent éga-^ leraent, soit dans la simplicité , soit dans la pénétration de leur intelligence, une foi sans doute, sans mélange et sans restriction; mais, d'une moyenne vigueur d'entendement, s'engendre assez ordinairement la vanité, de la vanité, Terreur, et de l'erreur, le schisme ou l'incrédulité,
— Les disputes religieuses servent moins à endormir qu'à éveiller les schismes, et moins à détruire qu'à propager les hérésies.
Parmi cette foule de charlatans, qui font état de spéculer sur la crédulité publique, il n'en est pas dont l'imposture ait plus de chances de crédit, mais de résultats parfois plus funestes^ que ces soi-disant interprètes des volontés divines, qui^ se prévalant de notre ignorance, donnent pour témoignage et pour affermissement à la religion le bonheur et la prospérité de nos entreprises. Prophètes sans mission comme sans prévoyance, ils s'inquiètent peu que les événements contraires viennent démentir leurs prédictions, et que notre foi même s'en trouve ébranlée ! C'est un danger sans contredit pour les esprits faibles et peu éclairés; mais, il suffit aux vrais chrétiens de savoir
que les desseins de Dieu sont impénétrables, et que toutes choses pourtant émanent de sa providence, pour accepter avec la même gratitude et tous les biens et tous les maux , selon qu'il entre dans les vues de son incompréhensible sagesse de nous les envoyer tour à tour en partage. Immuable comme la vérité, notre foi ne peut non plus s'appuyer de nos moindres succès, qu'elle ne doit se décourager de nos plus grands revers : ce serait donner une base trop fragile à notre sainte religion, que die l'asseoir sur l'instabilité des choses humaines. Loin de vouloir confondre nos jugements parla répartition des biens et des maux, qu'on dirait qu'une puissance aveugle opère indistinctement ici-bas entre les bons elles méchants, Dieu prétend au contraire nous prouver par là que les bons ont autre chose à espérer, et les méchants autre chose à craindre, que les prospérités et les adversités de ce monde.
— C'est un don de Dieu que la divination : aussi, ne saurait-on regarder comme excusables, sous aucun prétexte, les mensonges de nos prétendus inspirés du ciel, lorsqu'on arrive à constater la preuve de leur fourberie. De même qu'on doit pardonner à ceux qui viennent à faillir involontairement dans la conduite des affaires humaines, quand il est suffisamment démontré qu'ils y ont fait tout ce qui pouvait dépendre de leurs forces et de leurs lumières ; de même ne fautil pas laisser de punir de toute la sévérité des lois ceux-