PREMIERE PARTIE, CHAPITRE XXXL
de foi, convaincu que tout est dit alors avec la justice divine, et qu'il suffit d'une étroite et vulgaire croyance, pour couvrir de mauvaises mœurs, et pour autoriser une honteuse vie. Funeste enseignement! Exemple déplorable! C'est par là qu'on pervertit la morale publique; c'est par là que, desséchant au fond des cœurs les germes de la raison universelle, on habitue les peuples à ne plus voir^, à ne plus comprendre rénorme distinction qui existe entre la piété de convenance et la piété de conscience.
— Nous sommes chrétiens, d'ordinaire, bien plutôt par accident et par habitude, que par choix et par conviction : nous sommes chrétiens au même titre que nous pouvons être français ou allemands,
— Il semble qu'une preuve incontestable de la vérité du christianisme , et de l'excellence de cette institution divine sur toute espèce de croyance purement humaine , ce devrait être la vertu de quiconque se glorifie d appartenir au monde chrétien. Mais, loin de là , comparez nos mœurs à celles d'un païen ou d'un mahométan, et vous verrez que, quelqu'étrauges et quelque difficiles pratiques que leur impose le culte que chacun d'eux professe, ils ne laissent pas , néanmoins, d'y conformer et leurs volontés, et leurs actions, et, en un mot, toute leur vie ; bien différents de nous autres chrétiens, qui, démentant sans cesse,
par nos Iionteux déporteinenîs , une doctrine dont l'exaltation passe rarement de nos lèvres au fond de notre cœur, paraissons ne faire trophée de notre foi, qu'afin de faire accroire à autrui que nous croyons ce que nous ne croyons pas, si ce n'est que nous, cherchions à nous le faire accroire à nous-mêmes , dans rignorance où nous sommes de ce que c'est que croire.
— Rarement notre zèle chrétien se montre-t-il plus ardent que lorsqu'il est hostile , et que la religion , que nous affectons de servir, n'est qu un lâche prétexte dont nous nous prévalons pour autoriser nos haines , nos vengeances , nos cruautés, nos rapines , nos rebellions; comme s'il était permis de croire que Dieu, qui promet son secours à une foi pure et sincère, agréant pour dévotion notre hypocrisie, soufiVe jamais que cette religion qu'il nous a donnée pour extirper nos vices , nous puissions l'employer impunément à nourrir nos passions ; à sanctionner nos crânes.
— Le zèle armé des princes commande la haine des peuples, et tue la religion.
C'est une profanation de nos saints mystères, qu'on les ait répandus parmi les dernières classes du peuple,