PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXXV
Il nous arrive quelquefois d'aimer, sans pouvoir nous en empêcher, deux choses diverses, et à l'égard desquelles nos vues se contrarient : Isocrate disait que la ville d'Athènes plaisait ainsi que plaît une femme qu'on sert par amour ; chacun aimait à s'y rendre, afin d'y passer son temps; nul ne voulait l'épouser, c'est-à-dire y prendre ses habitudes, et fixer là son domicile.
l'Amitié est le plus grand et le plus noble besoin de la nature. La difficulté consiste à découvrir, non pas quelqu'un qui éprouve un pareil besoin, mais quelqu'un qui soit vraiment digne d'inspirer un pareil sentiment.
— Rien n'est plus difficile à trouver qu'un véritable ami, s'il avient toutefois que jamais on le trouve.
— Heureux, disait l'ancien Ménandre, celui qui a pu rencontrer seulement l'ombre d'un ami !
— On ne peut aimer d'une égale et parfaite amitié deux personnes en même temps. Mais, rencontrer à la fois deux personnes également et parfaitement dignes d'être aimées, c'est une chose qui paraît tout
aussi impossible : rien n'est extrême, qui a son pareil.
L'amitié n'est, pour l'ordinaire, qu'un commerce intéressé , où le cœur n'a point de part.
—Une véritable amitié ne se montre intéressée que sous le rapport du service d'autrui.
— L'amitié n'étant qu'une âme en deux corps, selon la définition si juste d'Aristote, tout devient commun entre de vrais amis.
— Dans l'amitié , celui qui reçoit fait preuve de plus de libéralité que celui qui donne.
Il n'y a d'amitié possible qu'entre les gens de bien. Ce que forment entre eux des méchants qui se réunissent , ce n'est pas une alliance : c'est un com-^ plot.
L'amitié a les bras assez longs pour se tenir et pour s'cîreindi e d'un bout du monde à l'autre.
Le mariage n'est qu'une image imparfaite d'une parfaite amitié.