‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 75 sur 175 · DU SAVOIR-VIVRE · texte numérisé non relu

DU SAVOIR-VIVRE

La science de l'entregent a cela d'inappréciable, qu'à raison de la déférence qu'elle les oblige à se témoigner entre eux , elle met les hommes à même de

s'instruire par les préceptes comme par les exemples les uns des autres.

Ce qui fait que nous tirons en général si peu de fruit du commerce des hommes , c'est que nous y apportons plus de souci de faire savoir aux autres quels nous sommes, que d'apprendre d'eux quels ils peuvent être, et plus de penchant à leur découvrir ce que nous croyons manquer à leur instruction, qu'à leur permettre de nous éclairer sur ce qu'il nous faudrait acquérir pour compléter la nôtre : le silence et la modestie sont, de toutes les qualités , celles qui facilitent le plus nos progrès dans la science du monde, et servent le mieux à témoigner de notre savoir-vivre.

C'est une bien choquante incivilité , que celle qui nous fait blâmer tout ce qui ne saurait convenir soit à nos goûts , soit à nos habitudes.

Les beaux dehors du monde sont le plus souvent des effets , non de courtoisie , mais de vanité.

On ne pèche pas moins par excès que par défaut de politesse.

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