DE LA CONVERSATION
La conversation est Fexercice le plus fructueux et le plus naturel de l'esprit, tout au rebours de la lecture, qui, loin qu'elle l'exerce en Tinstruisant , comme on a lieu d'attendre que le fasse Tentraînement de puissantes conférences , finit quelquefois même par le lasser et par Tallanguir. Mais, nous devons être fort attentifs au choix des personnes que nous recherchons pour former un pareil commerce : autant notre esprit se développe et se fortifie par de fréquents entretiens avec des esprits réglés et vigou-
reux, autant il s'altère et s'abâtardit par de continuelles communications avec des esprits bas et maladifs; car, la langueur et la stérilité de certaines âmes, est peut-être la contagion dont il nous soit le plus malaisé de nous garantir.
Un parler ouvert ouvre un autre parler; il tire hors la confiance , et met à nu la sincérité , comme le pourrait faire le vin ou Famour.
C'est un plaisir bien fade à la fois et bien nuisible, que celui de nous trouver sans cesse en compagnie de gens qui ne savent que nous admirer , sans oser jamais prendre sur eux de nous contredire.
— La contradiction est l'aliment le plus actif de la conversation.
— La contradiction, qui, dans les entretiens du monde, ne laisse pas d'exciter notre colère et d'obscurcir notre raison, est pourtant le moyen le plus sûr et le plus naturel que nous ayons de reconnaître nos erreurs; loin de chercher à l'éviter, nous devrions au contraire nous empresser de l'accueillir , quand nous savons qu'elle part de personnes bienveillantes , dont les avis tendent plutôt à nous éclairer qu'à nous régenter. Il convient même que la fran-