DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE ÏII
chise, entre honnêtes gens, ne soit pas tenue aux formes de la cérémonie, et qu'entre amis , elle puisse aller impunément jusqu'à la rudesse; c'est, chez les uns, la preuve la moins équivoque d'une haute et parfaite estime; et, chez les autres, le témoignage le plus certain d'un dévouement sincère et désintéressé; c'est; enfin, de quelque part qu'elle nous arrive, un acte de bonne foi, que nous ne saurions tenir à injure, sans nous exposer nous-mêmes à faire outrage à la vérité.
L'impatience que témoignent les hommes à supporter réciproquement et leurs défauts et leurs conseils, est un vice également condamnable en ceux qui croient avoir droit de reprendre , comme en ceux qui méritent d'être repris. Les uns seraient moins prompts à blâmer, si , faisant un utile retour sur leur propre conscience , ils voulaient bien reconnaître que , ce qui les offusque chez autrui, le plus urgent serait de le corriger en eux-mêmes ; les autres se montreraient moins chatouilleux sur les avis qu'on leur donne, si, au lieu de se faire une maligne joie de les renvoyer à qui les leur adresse , ils ne songeaient qu'au profit qu'ils peuvent retirer de ces jugements tout du moins salutaires. Mais, la charité est une vertu que les hommes paraissent peu jaloux d'appeler à la direction de leur conduite personnelle , et dont il semble qu'ils auraient honte de pouvoir constater rintluence dans la conduite des autres.