‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 8 sur 175 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE III

devoir être mise au nombre des fléaux les plus intolérables de la société.

Nous nous montrons , au milieu même des biens du présent , si ingénieux à nous préoccuper des maux de Tavenir, que la plupart des facultés de notre àme, par rétrange emploi que nous en faisons et alors et toujours, servent bien plutôt à ébranler qu'à affermir le repos de notre vie.

Quelle folie n'est-ce pas à Thomme de chercher , par mille fantastiques projets de gloire et de renommée, à perpétuer son souvenir sur la terre, où tout doit un jour prendre fin comme lui , tandis que, moins impatient de son avenir, il pourrait, descendant à toute heure au fond de son àme , y puiser à la fois , sans trouble et sans effort , le mépris d'un vain trépas et l'espérance d'une vie éternelle !

Tel est l'excès de la douleur qu'on éprouve en certains accidents, que Tàme et le corps, également engourdis par la force du mal, cessent à la fois Tune de connaître et l'autre de sentir : cela donc, doit-on proprement l'appeler un mal, et ceux quïl affecte, aurait-on vraiment raison de les plaindre? Ne plus rien sentir et ne plus rien connaître, n'est-ce pas , pour Tàme et pour le corps, l'équivalent de n'être pas ?

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