‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 88 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII

de regret de forfaire à sa foi et à son honneur, qu'il n'en aurait de renoncer à la vie ; car, ce sont deux choses qui doivent lui être plus chères que sa propre existence , et que l'existence même de son peuple. Mais, s'il lui faut manquer à Fappel de sa conscience, il ne saurait la sacrifier à une plus juste et plus impérieuse nécessité. Qu'il s'abandonne alors à la merci de Dieu, et regarde le sacrifice que sa volonté lui impose, comme un coup de sa verge divine, comme un ordre rigoureux, mais salutaire, de son impénétrable sagesse. Dieu pourrait-il refuser le secours de ses grâces extraordinaires à celui qui ne s'oublie à ce point que pour Famourde ses sujets? Pourrait-il ne lui en avoir confié la tutèle , qu'afin qu'il fût contraint un jour à se perdre lui-même, en se servant du seul moyen qu'il eût de les sauver ?

Le premier symptôme de la corruption des mœurs , dans un État, c'est le bannissement de la vérité; car, de même que le respect de la parole, cette voie unique et sacrée des communications de l'intelligence humaine, atteste, chez un peuple, son penchant à s'élever et à s'ennoblir par l'amour vivifiant de la vertu , de même le mépris que fait une nation de la sincérité du langage, témoigne de sa tendance à se dégrader et à s'anéantir par le culte pernicieux du vice : plus de vérité sur la terre, et tout lien, tout commerce, toute société devient désormais impossible entre les hommes.

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