DEUXIEME PARTIE, CHAPITRE IX
mot de pénétrer le fond des choses, mais ne tenant compte, à cet effet, ni du nombre ni de l'ancienneté des témoignages , il est bien diiBcile de se former un jugement à rencontre des opinions humaines, sur des faits généralement admis ; car, on est loin communément de supposer que les plus fortes convictions proviennent souvent des sources les plus incertaines, et l'on s'attache à découvrir des causes puissantes, — ce qui fait perdre de vue les causes véritables, ~à des croyances qui semblent d'autant mieux fondées, qu'après avoir d'abord saisi les simples, elles ont enfin, grandissant et s'affermissant de jour en jour comme articles de foi, subjugué même les habiles.
— Il ne faut au mensonge que la sanction du temps et la faveur d'un nom recommandable, pour s'accréditer en dépit de la raison, et pour être tenu, sans examen et sans contrôle, aussi digne de respect que la vérité même.
S'il y a rien au monde qu'on doive pardonner à la sagesse, c'est de douter d'une merveille, quand il lui parait aussi difficile de la prouver que dangereux de la croire.
C'est une des plus notables folies qu'on puisse reprocher aux hommes, que celle qui les porte à entre-
prendre de ruiner, par la force de leur entendement , les opinions communes auxquelles se rattachent le maintien et le repos des sociétés humaines. Tels se flattent de passer pour des esprits subtils et pénétrants, et se glorifient de ne vouloir rien admettre pour euxmêmes de ce qui fait notre croyance et notre bien-être s'ils ne Font soumis d'avance au contrôle de la raison^ qui finissent, après avoir banni toute foi de leur àme, par la remplir , en somme , de doute , de fièvre , et de misère.