DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE X
Nos succès OU nos revers, en toute espèce de desseins et d'entreprises que ce puisse être, dépendent moins de retendue de notre génie , que de la volonté de cette puissance suprême, qui, soit que nous la nommions Dieu , le Destin ou la Fortune, tient sous sa domination toutes les choses mortelles. Combien de fois, en effet, selon qu'il convient à ses vues éternelles, et qu'il entre dans ses décrets immuables, ne semblet-elle pas subordonner aux influences aveugles et mobiles du hasard Fhomme tout entier, c'est-à-dire rhomme avec toutes les lumières et tous les conseils de la raison, tous les -projets qu'elle forme , tous les événements qu'elle prépare, tous les secours, en un mot, qu'on se propose d'en tirer, et tous les avantages qu'on se croit en droit d'en attendre? Grand et perpétuel sujet de désenchantement pour la vanité de l'homme, que cette imprévoyance des choses à venir, qui tient son esprit comme enfermé dans un cercle de certitude et de doute, de sagesse et d'inexpérience, de gloire, enfin, et de misère, et ne lui présente la vie, à cjuelque point de vue qu'il se place pour l'envisager et pour la comprendre, que sous la figure ardue d'un problème insoluble, dont les derniers termes aboutissent constamment à deux résultats inconciliables : le pour et le contre !