ÉTCDBS
si ancien, finiront par être expliqués d'une manière plus eomplèle encore que ne l'ont élë jusqu'à présent les plus célèbres monuments de l'Egypte. Cet espoir se réalisera en effet dès qu'on aura pu préciser la langue et l'écriture cunéifonne des inscriptions: langue inconnue sans doute, mais qui certainement a dû se rattacher au phénicien et à l'hébreu; écriture étrange, mais évidcmnienl phonétique , composée de lettres réelles et non pas de symboles comme celle des Egyptiens, el par conséquent plus accessible aux inductions rigoureuses de la science. D'ailleurs, comment l'écriture assyrienne résisterait-elle à des travaux qui ont si complètement réussi à l'égard de l'écriture persane de forme et d'origine analogues ?
Cette glorieuse résurrection du passé, inaugurée par les De Sacy, les CbampoUion , les Young , les Niebahr , les Lelronne , continuée avec Unt de zèle et de succès par les membres de l'Institut de France , par ceux des Académies étrangères , par de doctes el intrépides voyageurs , tels que MM. Botta, Texier , Lepsius, Layard, Rawlinson, ne peut manquer de projeter bientôt , gr^ce à leurs découvertes fécondes, un jour immense sur tout l'ensemble de la civilisation humaine. ,
Loin de nous, après de pareils noms, le téméraire espoir d'ajouter quelque chose, dans notre sphère incomplète et restreinte* aux richesses déjà explorées, aux espérances légitimement conçues. Nous ne pouvons que narrer, qu'exposer, que populariser autant qu'il dépend de nous ces brillants résultais de judicieuses recherches poursuivies avec tant d'ardeur. Sans prétendre éclairer la route qui reste à suivre , nous essayerons de faire ressortir l'immense intérêt historique, scientifique el reh'gteux que présente l'espace parcouru dans ce merveilleux labyrinthe qui conduit au berceau du monde ; heureux si, par cet exposé et les inductions qu'il fera uailre, nous prêtons un appui efficace à la cause de la vérité!
L'Assyrie ou pays d'Assur, l'aîné des petits-fils de Noé, semble
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SUB NDflVK ET PEBSÉPOLIS. 3
•voir ëié, d'après son Dom même, d'après sa position géograpbiqae , d'après ses antiques traditions , le premier centre de la population humaine qui devait plus tard couvrir le globe. L'ethnographie s'accorde avec la Bible pour nous montrer chez cette race si active, placée dans le vaste bassin que bordaient l'Euphrate et le Tigre, et peut-être le Phase et l'Indus, toutes' les traditions primordiales, tous les germes de civtli&alion qui se sont répandus dans le monde. C'est là en e0et , aux pieds de l'Ararat, de l'Elbours et de l'Hirnavat, la grande arêle du plateau asiatique, que s'étend la Caspienne, lac immense, myslérieux réservoir d'un vaste cataclysme; c'est là que convergent avec un étontiant accord les souvenirs religieux de la Judée et de l'Egypte, de la Grèce et de la Perse, de l'Inde , de la Chine , du Mexique. Car tous ces divers peuples se souviennent d'un déluge, et tons placent le séjour de leurs pères vers l'ouest de l'Asie et non loin de l'Europe, dans ces lieux où la puissance divine agit visiblement sur les premiers bumains. Cest là que des traditions vénérables, confirmées par de récentes découvertes, signalaient sur les rives de l'Euphrate cette tour colossale de Babel, interrompue par un prodige qui causa la dispersion des hommes; c'est là que Nemrod, le Oer guerrier, mit le premier le pouvoir souverain , le grand moteur de l'aclivité des. peuples, au-dessus de l'autorité palriarcbale; c'est là que s'élevèrent les villes les plus anciennes avec leurs monuments symboliques, avec leurs sciences et leurs cireurs; c'est de là que fut appelé Abraham , dépositaire de la vérité sainte , et qu'enfin tous les germes de connaissances , utiles ou funestes , destructives on fécondes, rayonnèrent snr l'humanité.
L'histoire spéciale de l'Assyrie, isolée des autres états que formèrent dans le cours des siècles les diverses branches de la famille humaine, présente beaucoup d'obscurilés que ne peuvent dissiper les annales de Bérose , altérées et beaucoup moins complètes que celles de Manéifaon pour l'Egypte. Sans nous
4 ÉTDBEI
arrêter à la liste apocryphe des prétendus successeurs de Nemrod, il paraît évident que plusieurs chefs riTaux se parUigèrenl ces régions incultes; que chacun occupait une pelile ville avec ses partisans el leurs troupeaux ; que la guerre, ce fléau nécessaire imposé à notre nature, détruisait d'un côté el édifiait de l'autre en variant les succès et les revers , en activant l'ardeur des découvertes, en provoquant tantôt des alliances^tantAl des migrations lointaines. C'est ainsi que la Bible noua montre Amraphel, roi assyrien de Sinear, et Gtiodiaomer, roid'Elam, vaincus par Abraham défenseur des faibles rois de Canaan ('). C'est sans doute à cette époque primitive, où la vie pastorale el agricoleVemptissait tous les intervalles des guerres,qu'il faut placer les merveilleuses découvertes des Chaldéens , ces paires astronomes qui lurenl sur la voûte éloilée , dans le silence des belles nuits d'Orient, le cours des astres et la marche de l'année; et qui, égarés en même temps par leur imagination enthousiaste,, peuplèrent le ciel de lumineux emblèmes que divinisèrent leurs descenianls. Nul doute que les sciences el les arts n'aient fait dèslors des progrès rapides, grâce à cette intelligence si vive et i ces Oï^anes si parfaits dont paraissent avoir été doués les premiers nés de notre espèce , qui devaient en si peu de temps accomplir tanid'œavres merveilleuses. Aussi l'invasion des nomades d'Arabie ne put elle arrêter ces progrès . qui se manifestèrent d'une mifnière si briHanle, environ vingt siècles avant notre ère, d'après le témoignage de tous les historiens (*J. C'est à cette «iiMque en effet que remonte le règne de Ninus, 61s de Bélns, qui, après avoir soumis & sa puissance l'Assyrie, la Médîe, l'Arménie, la Bactriane, Itàlit, dit-on, Nioive et ses somptueux palais; el le règne de Sémiramis, le modèle des femmes fortes , l'ijluslre fondatrice de Babylone. Malgré
(') G«DiM,XIV,l.
(<) Hérodote , Ctésias , Diodore , Justin.
sus MNITK BT FB8S£P0L». $
tes souvenirs symboliques qu'on pourrait retrouver dans tes noms de ces princes , puisque Bélus ou'Bal signiâe seigneur ou soleil, Ninns poisson, Sémiramis colomt>e, coïncidence curieuse avec certaines circonstaoces du diJluge ; malgré l'exa» gëralion évidente des hauts faits qui leur sont attribués, il n'en parait pas moins raisonnable d'assigner, aux deux derniers snrloal, une existence historique et réelle, puisqu'elle est constatée par tant de témoignages et par un foit irrécusable, rétablissement d'un grand empire. Si, après le nom de Ninyas, fils indigne de Séoiiramis , nous ne trouvons dans les fragments de Ctésias et d'Alexandre Polyhistor (') , qu'une Kste aride de quarante rois fainéants , à noms bizarres étrangement altérés ; ai , parmi ecs rois, Diodore ne signale, après Baltarès , époux d'Atossa et fondateur d'une dynastie nouvelle au quinzième siècle, ^ue Teutamès qui, pendant la guerro de Tfoie-, envoya Mcmnon au sacours de Priam j et le fameux Sardonapal , dernier souverain de celle race (*) , c'est que les annales historiques d'un empire presque ignoré des anciens Gracs ne furent explorées qu'après sa chute, quand déjà elles étaient dispersées ou ensevelies sous le sol'. Une période de plus de douze siècles s'était cependant écoulée, période féconde en grandes révolutions pour tout le reste de l'^ancien monde, et marquée des grands noms de Moïse, de Mîuos, de Sésostris, de Salomon, pendant laquelle l'empire d'Assyrie sut maintenir au moins par ses inslilulions un pouvoir respecté dans tout l'ouest de l'Asie, de la Méditerranée jusqu'à rindus.
Enfin le partage des étais de Sardonapal, prince moins méprisable qu'on ne le pense , puisqu'après une défense vigoureuse il préféra la mort à la défaite, offre la date de 760, seize ans après la première Olympiade, et sept avant la
(') Eusèbe, Chron. I, 4.
O Oiodure, II, 21-27.
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foudalion de Rome, pendant qu'Azariaa gouvernail la ludëe>époque mémorable où trois puissants royaumes sortirent des ruJneâ de l'empire écroulé. Dès-lors une chronolc^e positive, Tondée d'un cùlé sur la Bible , de l'autre sur tes historiens grecs , nous donne la série des princes qui régnèrent sur la haute Asie. Sans répéter ici des détails trop connus, conlentonSr-noHS de rappeler leurs noms qui sont loin d'être indifférents pour l'étude des annaleslapidaires. Onsailqu'àNînive régna PhuI, de la famille du dernier roi, et que, menacé d'une nouvelle catastrophe, ilfitpéni' Icnce avec son peuple à la voix du prophète Jonas. Après lui vinrent Téglat-palasar , qui détruisit le royaume de Damas; Salmanasar appelé aussi Sargon, qui mil Gn en 718 an royaume d'Israël, s'empara do la ville d'Azol, mais échoua devant Tyr ; Sanachérib, qui, maitre de la Cilicie et vainqueur des Egyptiens , assiégea Jérusalem sous Ezéchias, mais vil ses troupes anéanties et Tut tué par deux de ses HIs, forcés de fuir après ce crime devant leur frère Asaradon (').
Dabylone cependant, .affranchie par Balésîs, pontife^roi tout imbu de la science clialdéenne, arail fleuri sous Nabonasar, dont le règne en 747 commence une ère célèbre ; puis , après quatre rois éphémères , Naiiî , Cliinzir, Por, Ilulé, le prudent MordacbalaJon affermit quelque temps sa couronne en s'allianl au roi do Juda. Mais ensuite commencèrent des troubles pendant lesquels cet état affaibli se donna à Asaradon , roi de Ninive, qui , réparant les désastres de son père, avait déjà courbé sous ses armes la Syrie, la Palestine, l'Arabie, lorsqu'en 680, devenu maitre de Babylone, il rétablit pour quelque temps l'unité du peuple assyrien.
Cependant un peuple différent d'origine, de langage, de croyance, les Mèdes liomt^ènes aux Perses et aux Indiens comme les As- Ci) Bible, Rois^, I, HjEsaîc, 20; Hérodote II , IVl; Ptolémée, Can; Eu5èbo,Chron.
SUK KIMVE ET TlfaSÉPOLIS. 7
syriens l'élaicDl aux Phéniciens el aux Hébreux, avait surgi en 760 à la voix du vaillant Arbacès. Api-ès lui une anarchie miliuire semble avoir morcelé la contrée jusqu'à ce que le sag^ Déjocèa , juge intègre, habile politique, parvint vers 710 à établir à Ecbalane le siège d'an pouvoir d'autant plus respecté qu'il s'appuyait sur le magisme , l'austère doctrine du premier Zoroastre, contemporain peut-être de Ninus(*). Son GIsPhraorte qui, entraîné par son ardeur guerrière, avait soumis la Perse et une partie de l'Asie mineure , unit par être vaincu et lue par Saosduchin ou Nabochodnasar 1", roi d'Assyrie. Ce priiK» reudil la Hédïe tributaire et fit ravager la Judée par son général Holopherne, dont ta mort entraîna la déroute de l'armée et ranima le courage de Cyaxare I, roi des Mèdes, contemporain de PsamnKlic en Egypte. L'invasion des Scythes nomades qui , pendant vingt-huit ans , dévastèrent toute la haute Asie, força cependant ce prince à suspendre la lutte, et oe fut probablement à celte époque que les Perses a0ranchis se constituèrent sous leur premier chef Achémènes. Mais, lorsqu'enfîn les Scythes eurent été expulsés , Cyaxare reprit ses projets de vengeance contre Sarac ou Chinaladon , roi làclie et efféminé qui sommeillait sur le trône d'Assyrie. Ayant excité à la révolte Nabt^lasar , satrape de Babylone , il investit avec lui Ninive la capitale, qui , après un siège meurtrier , fut prise en. 625 parles deux armées victorieuses , ravagée par le fer et la flamme et ensevelie sous ses ruines (*).
Babylone désormais sans rivale sous le sceptre de Nabopalasar, qui finit cependant par éprouver des revers dans sa lutte contre Néchao , roi d'Egypte, vit commencer en 605 le règne glorieux
(*) Justin,!, cite comme adversaire de Ninus un Zoroastre, roi de Bactriane, renommé pour sa science magique.
O On a douté de la double prise de Ninive sous Sardooapal et son* Sarac. Mai* ne ponvons-nous pas présumer que la première ne (ut qu'une révolte, tandis que l'autre fut une destruction F
,,Goot^[c
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deNabochodnasar HleGrand.Lemède Cyaxare, après une guerre indécise contre Alyale , roi de Lydie , avait eu pour successeur Aslyage, (}ui jouit en paix de sa puissance sans chcrclier à l'ëlendre par les armes , laissant la Perse indépendante soas Teispès el sous Gambyse, qui obtint la main de sa fille. Nabochodnasar sa contraire , après avoir vaincu les Egyptiens , fond sur la Syrie etsur la Palestine , prend trois Tois Jérusalem et fait subir aux Juifs cette dure captivité si éjoquemment prédite parEsaïe. 11 venait, après uivlODg siège, de s'emparer de la ville de T^r^ lorsque en ponition de son oi^eil it tomba dans une noire démence, dont il finit cependant par sortir pour reprendre les rênes de son empire, sagement administré dans l'intervalle par la reine Nitocria, Sëmiramis nouvelle à laquelle appartiennent sans doute plusieurs travaux attribués Ji l'ancienne. Après eux , en 562, commence la décadence sous le règne violent d'Evilmordac, teor fils, tné par son beau-frère Ne^lîsar, au moment oà Cyaxare II devenait roi des Mèdes. Bientôt attaqué par ce prince et par le jeune et intrépide Cyrus , Nerglisar périt , laissant un fib mineur, Nabor-asarchod, qui ne régna qo'un an, EnQn Nabonit, son successeur , après s'être vainement appuyé sur l'opulent Crésos, roi de Lydie, que réduisirent les armes victorieuses de Gyras, fut assiégé dans Babylone en 538 par l'armée des Mèdes et des Perses; il -fut vaincu, et avec lai tomba l'anliqne monarchie assyrienne (').
Cyras, fils de Cambyse el de Mandane, dont le vrai nom est Kurus ou Çuros, le soleil (en parse et en indien), fut un de ces puissants génies qui ouvrent à l'humanité des voies nouvelles el laissent dans l'histoire une trace ineffaçable. Aussi les exploits du héros qui éleva la race guerrière d'Elam à la souveraineté de l'Asie jouissent-ils d'une trop grande renommée pourétreénumérés
(■) Bible, ChroD. Il; Daniel, i-5. Il ett difficile de décider si le nom 1h- Uique de Baltbasar et son festin sacrilège ne s'appliquent pss plutôt à
Evilmordacqu'à Nabonil.
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dans celte rapide esquisse. Mailrc de la Perse vers 560 , de la Lydie, de l'Assyrie, de la Hcdie en 536, el dominaleur de l'Oneot , Cyrus consolida , dit-on , par des lois sages et par une discipline sévère le vasle empira qu'il venait de fonder; et, quelle que soit la cause qu'on suppose à sa mort , il le transmit intact à ses deux fils. Cambyse (930) , poussé par l'ambition à la conquête sanglante de l'Egypte, immole h ses soupçons son frère Smerdis et succombe bientôt à une folie furieuse qui menaça d'une ruine prochaine la famille des Achéménides. En effet un mage audacieux, Gomatas, usurpant le nom de la victime, avait ceint le diadème en 522 , lorsque Darius, filsd'Hyslaspe, proche parent de Cyrus, parvint avec six de ses amis à venger la dignité royale et à reconquérir le trône de ses ancêtres ('). Ce prince législateur et guerrier épura el affermit le culte d'après les dogmes du dernier Zoroastre , admis, àitron , à la cour de son père ; puis il porta ses armes de l'indus à rister, heureux s'il n'eût osé , à la fin de son règne, irriter contre lui l'héroïsme des Grecs et préparer ainsi l'abaissement de son peuple. Son fils Xerxèsi"(48S), fier de sa vaste puissanceetde son armée innombrable, crut venger Marathon et subit Salamine, qui bientôt lui coûta la vie sous les coups du traître Arlaban. Artaxerxe Longuemain (471), le troisième de ses (ils, saisit le sceptre en vengeani sa/amille, elson long règne, paisible à l'inlérieur, marqué à l'extérieur par des revers partiels, fui suivi de nouvelles catastrophes sous . Xerxès II el sous Sogdien , auxquels succéda Darius II Nothus (423) prince faible, humilié à la Cois par les Grecs et par les Egyptiens, mais assez heureux ccpcndanl pour transmettre ses états à ses Hls. La victoire d'Arlaxerxe H Mpémon (i04} sur l'ambitieux Cyrus le jeune con-
(<) Nous' nous réaerroos de donner plus tard les nom) réels des prîaces persaas et l'iiîstoire de Darius I*', d'après les inscriptions authentiques qui contrôlent les récits des Grecs.
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iraignil les Grecs auxiliaires à cette mémorable retraite , pré~ ttiilc des autres échecs qu'occasionnèrent leurs dissensions civiles. Aussi le règne d'Artaxerxe II Tut-il glorieux et prospère, et la Perse rcdevinl-elle sous lui prépondérante dans tout l'Orient. Hais le sanguinaire Ârtaxerxe III Oclius (56Î) , meurtrier de ses Trères, dévastateur de ses provinces, s'abandonne à l'ennuque Bagoas qui l'empoisonne. Son (ils Arsès nVcupe le trône que deux ans; el enfin Darius III Codoman (336), le dernier des Achéménidcs> généreux, intrépide, el digne d'ua meilleur sort, voit éclater sur lui la vengeance de ta Grèce , soutient contre Alcxandre'une lutte inégale, et meurt après la défaite d'Arbelles. (330), abandonnant le monde à son vainqueur.
A côté de celte série de rois, dont l'existence réelle est attestée cl par le lémoignage de tous les auteurs grecs et par les monuments récemment découverts au centre même de leur empire, les traditions orientales en citent une autre, toute difTérente en apparence, entourée de fictions brillantes qui remontent jusqu'au code religieux attribué au dernier Z4>roastrc('). Cette autbenticité coatradictoire a fait croire à quelques critiques que les noms historiques de ces légendes appartenaient à des rois d'Arie ou de Bactriane , la patrie du législar leur ; d'autres ont pensé y reconnaître les types poétisés et altérés dei anciens souverains de la Perse , tels que se les figurait l'ignorance populaire, et tels qu'ils se seraient introduits dans le texte actuel du Zendavesta , postérieur selon eux à l'époque d'Alexandre.
Sans entrer dans cette discussion épineuse , nous rappellerons sc-uicment que les noms les plus saillants sont ceux de Jemshid ,
(1) On les trouve coasigaées d«as le Zendaveita de Zoroastre , dans le Schahaameh de Ferdusî , ainsi que dans beaucoup de noms de Jieiii que présente la Perse musulmane. Voir les savants travaux de MM. Buriiouf, Moht, De Saulcy, Quatronière, Guignîaut.
Stm HinVE BT FBKSÉPOLIS* tl
le grand monarque , de Zohak son ennemi , et de Feridun son vengeur; ceux de Gustap le sage liigisUteur , d'Afrasiab son ennemi , et de Ruslan le héros patriote , après lequel vient le glorieux Iskander. En cherchant la réalité pure au milieu de ces légendes symboliques, de ces luttes de l'Iran et du Turan, de ta Perse et de la Scythie , qui figurent celles d'Auromaze et d'Ahrimane, de la lumière et des ténèbres, de la vertu et des vices, ne pourrait-on pas dire que le nom de Jemshid se rapproche de celui d'Achémèoes ou Chemnès, le fondateur de la puissance persane , qui dut avoir pour adversaire naturel Zohak. ou Cyaxare, roi desMèdes? Que le nom de Gustap, le protecteur de Zoroastre, est identique à celui d'Hystaspc ou de Darius Hystaspis, son fils, qui régénéra le magisme et soutînt plusieurs guerres meurtrières contre les ennemis du nom persan? Qu'enGn le nom d'iskander n'est autre qu'Âlexandre'Ie-Grand? Nous savons bien que cette question n'eu reste pas moins fort obscure et sujette à contestation ; et, sans prétendre l'élucider ici, nous nous eonlenleroos de rappeler , qu'à daier de la conquête grecque , l'Asie agitée , morcelée , vit passer sur son sol une foule de dynasties qui longtemps s'cntredétruisirent, et brouillèrent toute notion historique. Le vaste royaume que Séleucus fonda vers 313 avant notre ère^ en opposition à celui d'Egypte reconstitué par Ptolémée, donna naissance par son démembrement aux états de l'Asie mineure , à ceux de Syrie , de Bactriane et de Parthiène. Dans ces derniers les langues syriaque , zende el pehlvi, usitées par les populations aborigènes , dunmt rappeler assez longtemps encore l'assyrien , le parse et le médique , les anciens idiomes de ces contrées. Mais la langue officielle et littéraire était le grec , même chez les Arsacides qui , depuis l'an SdS, maintinrent avec tant d'énergie leur indépendance nationale contre la fière domination de Rome. Quatre siècles plus tard (236 après J.-C.)]eur trône renouvelé passa aasSasaanidesqui, plusonlliousiastcs encore, rétablirent les lois et les rites du magisme modifié
sur de courus souvenirs, sans touterois laisser aucun accès i la mylliologie romaine ou an boudbisme indien. Les lumières mémcsde l'Evangile, qui avaient l'clairë toute l'Europt , ne purent pénétrer parmi eux. Mais t'an 62S , celte époque mémorable qui devait changer la face de l'Orient, fut le signal de l'invasion arabe , sous laquelle succombèrent , en moins de trente années, la Syrie,. TEgyple, la Perse , la moitié de l'Asie et de l'Afrique , et qui se propagea ensuite depuis Cadix jusqu'à Ceylao. Dès lors la religion musulmane, dominant ces immenses régions, créa une civilisation spéciale, boslile à touie croyance antique, excepté' i celte des Hébreux qu'elle interprétait dans son sens. Les monuments, déjà si altérés au contact des dynasties rivales , durent alors s'écrouler ou s'enfouir, ne laissant que de rares vestiges que respectèrent encore (es Califes , mais qui ne purent écliapper que par l'oubli aux hordes dévastatrices des conquérants tatares. Les Sultans de Turquie ellesSo6s de Perse, dépositaires actuels de ces précieux débris , cèdent malgré eux à l'élan qui rapproche spontanément toutes les nations modernes , et qui leur fait chercher dans un mutuel échange de connaissances et de ressources les promesses d'un meilleur avenir et d'une civilisation plus prospère. Tet est le privilège de notre siècle et la compensation de ses périls , signalés par tant de catastrophes. Profitons-en du moin& pour étudier de près et avec l'attention qu'ils méritent, ces témoins vénérables des premiers âges , auxquels je me hâte de revenir.
Que les arts aient régné dans ces contrées dès les temps les plus reculés ; que les plus étonnantes découvertes soient sorties de ce foyer de lumière qui remonte à naissance du monde, c'est ce qu'on ne saurait contester d'après le témoignage unanime et authentique des historiens. D'ailleurs, non-sentement les splendeurs de Persépolis ou d'Ecbatane, mais celles mêmes de Babyloue ou de Ninivc, ces antiques cités d'Assyrie , ii'onl rien qui doive nous étonner, quand nous songeons qu'à la même époque
SUR NintVC BT FEISËPOLI9. 13
nmontent les merveilles de Memphis ei de Tfaèbes , et les temples souterrains de l'Inde , et les digues colossales de la Chine, sans parler de la gloire presque contemporaine de Jérusalem , de Tyr, de Mycènes et de Troie. L'humanité marchait vile et bien dans ces temps d'héroïque mémoire; elle inventait ce que d'autres siècles ne firent qu'imiter et étendre ; elle esquissait le «adre immense qu'ils étaient appelés à remplir. De toutes parts s'élevaient des œuvres gigantesques oîi brillaient de hardies conceptions qui devaient exciter l'éionnement et l'émulation des races futures. Aux murs - fameux de Babylone et de Ninïve avec leurs cent portes d'airain, à leurs jardins , à leurs palais , à leurs fcalptures si animées , l'Egypte opposait ses pyramides indestruc* libles, ses vastes sanctuaires, ses somptueux obélisques; l'Inde ses divinités taillées dans les dares entrailles des rochers; la Judée son temple splendide; la Grèce et l'Italie leurs constructions cyclopéennes. Aux riches tentures, aux ciselures délicates, aux ustensiles de luxe et d'ornement dont abondaient ces régions fortunées et qu'exportaient au loin les Phéniciens, on peut comparer dès celte époque les armures des guerriers d'Homère , les élégants détails de parure qu'il prête auxhéroïnesetaux déesses, et dont l'Asie mineure possédait le secret. Aux emblèmes variés sous lesquels se voilaient les dogmes religieux, les vérités sociales, les transactions journalières de ces peuples, correspondaient dans tout l'ancien monde des emblèmes tout aussi complexes, des fêtes tout aussi magnifiques. Mais au-dessus de toutes ces inventions il en est une, la f^us noble de toutes, puisqu'elle est l'inlerprèie du langage, l'écho de la volonté humaine, c'est l'écriture dans son sens Téritable, l'écriture phonétique et réelle, dégagée de ces images oÏMCures dont l'Egypte et la Chine enveloppent la pensée, qui •pparalt d'abtH'd en Assyrie sous sa forme antique et vénérable.
L'invention mystérieuse de l'écriture, qu'on a vainement voulu assimiler à la naissance même du langage , se perd toutefois dans la nuit des siècles où elle se confond naturellement avec les
ii ÉTUDES
rudimenls du dessin , de la représcaiation graphique des objets. Ces figures plus ou moins imparfailes , par lesquelles ou reproduisait des èlres matériels , durent promptement s'étendre de la substance à l'idée, du nom à l'attribut, du physique au moral. De là résultèrent les emblèmes qui dominent dans l'écrilnrc primitive, et qui ont traversé les siècles dans les hiéroglyphes égyptiens et dans l'idéographie chinoise , emblèmes que l'on trouve répandus de la Scythie jusqu'au Mexique. Nul doute que chez les Chaldéens , civilisateurs de l'Assyrie, cette méthode spontanée n'ait d'abord prévalu; il est même probable que les astres, objets pour eux d'un religieux respect , bientôt divinisés par leur piété crédule , symbolisés sous des formes d'animaux, Tournirent aux Assyriens les premiers types de l'écriture hiéroglyphique et figurée. Mais, pendant que les Egyptiens , leurs émules , s'arrêtaient à celle notion première , et s'appliquaient sous l'influence des prêtres à l'envelopper d'obscurité par la complication des symboles , n'admettant qu'exceptionnellement la représentation phonétique des noms propres, les peuples de la Mésopotamie, poursuivant leur découverte féconde , songèrent ï isoler les signes et & simplifier leurs contours. Puis dépouillant les plus usités, les plus simples, de leur sens spécial et restreint , ils les préposèrent aux syllabes et en généralisèrent l'emploi. Il est probable que cet ingénieux travail n'eut lieu que progressivement et paressais. Peut-être les briques radiées de Babylone en préseotent-elles les premiers germes, et les inscriptions de Ninive, d'Ecbatane, de Persépolis, assyriennes , médiques et persanes , tes diverses phases de développement. Toujours est-il constant que ces lettres, composées de traits isolés, groupés de différentes manières comme l'esquisse simplifiée d'un dessin, et tous terminés en flèches ou en coins , d'où vient leur nom de cunéiformes , nous paraissent dignes maigré leur bizarrerie de la plus sérieuse attention. Car aucun monument écrit en lettres phonétiques et réelles ne tes égale
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en antiquité; el c'est bien de celte source myslérieuse que, par une élaboration hardie el par d'heureuses Iransformalions dont les traces sont mainlcnanl perdues, sont nés du temps des Moïse, des Cadinus, des Vyasa , des Rapila , les alphabets phénicien el indien, les deux plus puissants véhicules de la civilbalion générale. On a vu celui-ci en effet se répandre sous une foule de types, sanscrit, pâli, bengali, tamul, tibétain, mongol, dans tout l'est de l'Asie ; pendant que celui - là règne à l'ouest de l'Asie dans l'hébreu, le zcnde, l'arabe, l'arméoien, en Afrique dans l'éthiopien , le copte; eu Europe dans le grec, le latin, le runique , le gothique , le slavon. Ainsi , par les œuvres sublimes dont ils ont consacré la mémoire, depuis la Genèse cl les Védas, depuis les Psaumes et l'Iliade jusqu'aux grandes inspirations modernes , ils ont été les rayonnants miroirs où s'est reflétée la pensée.
De l'Orient est venue la lumière , el de même que les cimes aériennes qui couronnent le centre de l'Asie reçoirent les premiers feux du jour, de même l'homme, plus près de son berceau, portant l'empreinte récente de sa noble origine, a tourné son intelligence vers l'idéal de la beauté suprême. Interrogeons tontes 'les sources de l'histoire , portons les pas sur tous les points du globe, et nous verrons partout les traditions humaines converger vers un foyer unique, vers un riant et mystérieux Eden où la lumière céleste rayonna sur les imes. Nul doute que de pures conceptionssurDieu, sur la conscience, sur l'immortalité, n'aient guidé les anciens' patriarches dans leurs premières institutions sociales, en même temps qu'une vive intuition leur révélait les types de tous les arts. Mais à mesure que leur postérité étendît ses
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courses lointaines , el qu'une lutte incessante conlre une nalore rebelle devint la condition de l'existence; à mesure que le mal apparut dans le monde comme épreuve nécessaire du bien , la pensée d'un Dieu tout-parfait s'afTaiblit sans pouvoir disparaître. Inhérente à l'esprit, elle se voila aux yeux qu'absorbait le spectacle du ciel et de la terre; et des émanations successives , assimilées aux grands phénomènes , aax astres et aux éléments , remplacèrent l'idée de l'Esprit immuable, que le peuple hébreu conserva seule intacte sous le nom sublime de Jehova. Ce nom qui désigne l'existence éternelle (je suis , je fus, je serai), était remplacé dans l'usage ordinaire , chez les Hébreux et les Arabes, par le mot Al on El , le fort , le puissant, analogue au mol Bal on Bel, que les Assyriens de même race attribuaient à l'Etre suprême. Cbez tous les autres peuples anciens nous trouvons des dénominations différentes pour exprimer cette pensée ineffable, qui devait partout dégénérera Dans l'Egypte , c'est Amon , l'invisible; dans l'Inde, Brahma, le créateur; dans la Chine, Tien, te céleste ; dans le Tibet, Boudba , le sage ; dans la Perse, Zervan, l'universel; dans la Grèce et dans l'Italie , Tbeos, Deas, le lumineux (,'). Mais , chez tes peaples de la Mésopotamie , de la Syrie, de la Phénicie et de tonte l'Asie occidentale , prévalut jadis le nom de Bal, désignant la puissance infinie. Toutefois, l'histoire sacrée nous apprend que , dès les premiers siècles du monde , ce fut précisément dans ces contrées si hautement favorisées du ciel que l'humanité ingrate se laissa avengler par l'orgueil, et que l'égarement des passions produisit les premières idoles.
A mesure en effet que les peuples, s'éloignant de leur origine, et fatalement appelés à une activité périlleuse , virent se muiti- .
(') Dieu est lumiâre, dit l'Evangile ; et cette parole est confirmée par l'antique étymologie indienne qui nous offre les mots divas, jour, devas , dieu , dérivés da verbe div, resplendir.
plier leurs désirs , leurs travaux , leurs tulles , leurs souffrances ; à mesure que l'anarchie naissante provoqua des lois rigoureuses , et que le despolisme guerrier pesa sur la foule opprimée , la su* pcrslilion , vaine ressource des faibles, élendil sa trompeuse »nnuence. Elle devint pour les masses ignorantes un aliment indispensable ; et les forts qui , par une autre voie, s'égaraient à la recherche de mystères insondables , symbolisèrent leors rêveries aux yeux du vulgaire enthousiaste. C'est ainsi que la cosmogonie fut présentée sous mille images bizarres , que l'esprit lut matérialisé et la matière divinisée, selon les mœurs, les climats, les usages et la vie sociale de chaque peuple. Et d'abord chez les Assyriens , comme dans l'Inde , l'Egypte et la ' Grèce , l'œuvre de la création , assimilée à la naissance corporelle des êtres , 6t imaginer un premier- dnalisme, celui de l'esprit et de la matière, du principe actif et passif; et à côté de Bal , le maître souverain, que désignaient aussi les noms de Helec , Adon , Asar , tous synonymes, s'éleva Battis , la reine de la nature, appelée aussi Melecé, Alitta , Astarlé. Toutes choses furent rapportées à ces deux types suprêmes, dans lesquels se reflétèrent sous diverses formes les fonctions diverses deséléments, comme aulantd'émanations divines. Bientôt le spectacle imposant des astres répandus dans le ciel, la marche du soleil et de la lune déterminant les jours et les années, et surtout la course vagabonde des planètes à travers l'espace, frappèrent les regards exercés et l'esprit méditatif des Chaldêens, imbus des traditions antiques cl devenus bientôt les pontifes et les régulateurs du temps. Il est curieux d'observer, dans les récits des historiens les développements progressifs de celle mythologie sidérale , commune à Ions les peuples primitifs ; mais qui nulle pari n'exista plus complète et plus significative qu'en Assyrie.
Ainsi Hérodote nous montre, au centre de Babytone, la tour gigantesque de Bélus, composée de huit vastes terrasses dont le nombre figurait sans doute la sphère de la terre et celles des sept
planètes , et surmonice à son sommet d'un lit d'or destine au dieu et à l'épouse mortelle que chaque soir on lui consacrait. Au dessous s'élevait un temple où se trouvait sa statue d'or (']. Mais Clésiaa , témoin oculaire , dans son récit conservé par Diodore , signale au sommet de cette tour trois statues symboliques Tort curieuses , qu'il assimile d'après la mythologie grecque à ZeusjRbeaet Héré. Au centre était celle de Zeus ou Bal, debout, haut de quarante pieds, et dans l'atiilude de la marche. Celle de Rhéa ou Battis terrestre était assise dans un char, portant sur ses genoux deux lions et escortée de deux serpents ; celle de lléré ou Ballis céleste , debout , tenant d'une main un reptile par la tète , de l'autre un sceptre orné de pierreries. Il est facile de reconnaître ici les symboles du soleil , de la terre et de la lune : le premier dans sa marche victorieuse et superbe ; la seconde dans sa stabilité et sa fécondité puissante ; la troisième dans son éclat au ciel et son influence sur la terre. Cette influence que les Chaldcens diversifiaient pour chaque planète, et qui formait la base de leur croyance, fit surgir des idoles nouvelles entourées d'attributs divers, dont les prêtres portaient les insignes dans leurs processions solennelles : ■ Les Cbaldéens, dit Diodore toujours inspiré par Ctésias, ayant observé les astres plus attentivement que tous les antres hommes, en tirent des hiductions pour prédire l'avenir. Ils attachent surtout une grande importance aux apparitions des planètes, qu'ils nomment les interprètes de la volonté divine; et parmi celles-ci c'est Kronos, dont la sphère est la plus clcvée,qu'ils consultent avec le [dus de soin. Puis viennent, comme chez les Grecs, Zeus, Ares, Aphrodite, Hermès (^). >
L'historien ne cite pas les noms que itortaîcnt ces astres dans la langue nationale; mais, d'après les inductions les plus pro-
(•) H£rod. 1. 181.
f*) Diodor. II. 9,' 30.
□ igitized'byGoOglC
sum NiHivB BT nnsÉPOLu. 19
bables , nous devons les chercher dans les litres d'honneur sous lesquels on désigna d'abord les diverses émanations du dieu suprême. Âiasi les noms de Bal et de Helec, dans leurs composés Bal-samen, roi du ciel, Mel-carth, roi de la cité, durent être réservés au soleil, qui s'attelait également Adon, le maître par excellence. A la planète Saturne, sa première etSuence, dont le globe palissant roule si lentement, appartient le nom deBal-itan, maître du temps; à Jupiter, son éUncelant rival, celui de Bal- Itad, maître da bonheur. La planète Mars, dont la lufur rongeâlre éveillait une pensée d'effroi, était Asar, le roi du feu, Mordac, le génie de la guerre. La lune, la reine des nuits, la compagne du soleil, dut rester consacrée à l'ancienne Baltisj mais, sous les nuns d'Astarlé , de Uelecé, d'Anaitis , de MyHLLa, celte déesse rajeunie présidait à la planète Vénus, dont la radieuse lumière invitait aux plaisirs. Mercure et son globe mystérieux, supposé le plus près de la terre, avait pour génie tulélaire Nabo, analogue à Dago ou Taut, le dieu poisson , révélateur des sciences. Enfin la terre avait pourprotectriee Mal*ou Dercéto, la déesse amphibie, la puissante Cybèle asiatique, mère de Sémiramis, la colombe des montagnes ('}.
Chacune de ces divinités préposées aux grandes çkases du monde avait pour auxiliaires d'autres génies sidéraux représentant les jours et les. mois, ainsi que le rapporte Oiodore : * Selon les Chaldéens, dit-il, les planètes ont sous leur direction trente astres , dont la moitié brille au zénith et l'autre à l'horizon, et qui explorent toutes choses dans le ciel et sur la terre , ' se communiquant leurs messages par une rotation continue. Hais les dieux principaux sont au aombre de douze, présidant aux mois et aux signes du zodiaque, à travers lesquels passent, avec les cinq planètes, le soleil en un an, et la lune en un mois. >
('} Consulter k ce lujet les Religions aacieanes de M. Cuigniaut, et le Cosmos de M. de Humboldt.
20 Atudes
Ces douze dieux, par une combinaison subtile, n'élaient autres que les planètes elles-mèDies présentées sous lin doublé aspect, en rapport avec deux signes du zodiaque dont elles adoptaient les allrîbuts, fondés, comme on le sait, sur les groupes imaginaires. que les constellations semblent former au ciel. Ainsi, pendant que le soleil était identifié au signe da lion, qui marque son point culminant dans l'année, et que la lune sa compagne occupait le cancer, Mercure avait son domicile dans la vierge et tes gémeaux, Vénus dans le taureau et la balance, Mars dans le bélier et le scorpion,Jupiler dans las poissons et le sagittaire, Saturne dansle vei'sean et le capricorne. Ces indications de Porphyre (*) sool précieuses pour l'explication symbolique de ces apparitions â étranges, hommes- taureaux, hommes-lions, oiseaux fantastiques, animaux fabuleux qui peuplent les palais assyriens. Il faut dire toutefois que ces formes, beaucoup mains matérielles à notre avis que celles'des dieux de l'Egypte et de l'Inde, sont généralement relevées par la face humaine qui les domine et leur prête je ne sais quel reflet de calme et sereine majesté. D'ailleurs, une foule de figures d'hommes sont pourvues d'ailes comme les anges de la Bible, et représentent probablement ces astres, sentinelles vigilantes des eîeux, qui transmettent les vœux des mortels au maître de leurs destinées. D'autres types spéciaux apparaissent, comme Sardra, l'emblème de la force, comme Nisroc, l'arbitre des combats, dont nous parlerons plus en détail , ainsi que de l'arbre mystique qui figure la sagesse suprême, et de l'image aérienne qui plane sur la tète des rois, Qu'il nous suffise ici d'avoir sommairement indiqué les traits fondamentaux de celle mythologie féconde, dont l'influence, dès les temps primitifs, s'est étendue à travers toute l'Europe; puisque le nom suprême de Bal se retrouve dans Belen, dans Balder, dans Biely, le dieu soleil, type de la bienGaisance chez les Celtes, les Germains et les Slaves. Quant aux
(■) Porphyr, de Antro Nympb. 32.
3IJB NINIVE rr rKBSËPOLIS, 31
Grecs, don.t les brillantes idoles résument tous tes dieux de l'Orient, ils doivent à Bat et Asiarlé, les deux astres dominaleurs, leur Apollon et leur Artémis; à Adon leur Adonis; à Mut leur Héter ou Rhéa, sans parler d'une foule d'autres mythes transmis de la Phcnicie à la Grèce et à Rome.
Nous enfin. Européens modernes si fiers de noire civilisation suiiérieure, nons consacrons chaque jour par l'usage, non-seu- Icnienlle calendrier si précis, si complet dos ancicos Cbaldéens, -mais encore leurs saperslilions astrologiques. En elTel les septjours de la semaine, dont te nombre, en rapport avec les phases lunaires, csl fondé sur une tradition sainte , empreinte d'une sagesse infinie, présenteul quant à leur rang une confusion bizarre dont TAssyrie possède seule le secret. Il est dit en effet que les Cbaldéens, d'après les dislances apparentes, rangeaient leurs sept planètes dans l'ordre suivant : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Luné ; et qu'à chacune des 24 heures ils préposaient un de ces astres, en désignantcbaqae jour delasemaine par le nom de la première heure. Or ik égalant 7 x 3 + 3, on trouve, par on calcul facile, que la série mytfiologiquc de nos jours correspond exactement à leur série, qui, introduite h Alexandrie quelques siècles peut*ètre avant notre ère, quoique inconnue à Athènes et à ftopie, a prévalu dans le calendrier chrétien.
S'il est vrai de dire que te culte assyrien, quoique fondé sur la contemplation et sur la science, présente dès son début une décadence rapide, un mélange de sensualité et de mysticisme, de superstition el de cruauté, que n'ont fait que ti-op ressortir les fêtes voluptueuses et sanglantes de Babylone, de Damas, de Tyr, de Sardes et de Carthage, le même reproche ne saurait s'adresser à un culte de même origine, mais maintenu dans sa pureté première, ou plutôt simplilté et ennobli par l'austère frugalité du peuple et la sainte autorité d'un sage; nous voulons parler de la religion des Perses el de leur législateur Zoroasire. Les Perses, dont le territoire toucliail à l'Assyrie par la Médieet à
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linde par la Baclriane, lenaieot en effet le milieu enlre ces deux vasies contrées, participant à la civilisation indienne par leurs traditions, leur, langage et leurs mœurs, à la civilisaliou assyrienne par la plupart de leurs symboles. Il est probable qu'au commencement de leur histoire, dans les siècles inconnus où ils errérenldu Taurus à l'Himalaya dans la calme insouciance de la vie pastorale, les Mëdes et les. Perses primitifs invoquaient le dieu invisible, ainsi que le dit Hérodote, dans la lumière céleste, le soleil et la lune , la terre et l'eau, le feu et l'air ('). Ce culte patriarcal est celui des Indiens tel que le dépeignent les Védas dans leurs hymnes naïfs et sublime«, ou plutôt c'est celui de tous les peuples au début de leur existence, avant qu'une vie plus agitée, des passions plus tumultueuses, une oi^anisatton plus sévère n'imposassent aux plus civilisés une mythologie nationale. Les types fondamentaux de cette mythologie présentent partout une connexion frappante; car l'élément actif et passif, les sepi ou huit génies planétaires et les douze divinités zodiacales qui en dérivent et se confondent en eux, se, retrouvent dans l'Assyrie et dans l'Egypte, dans l'Inde et dans la Grèce , dans l'Ilalie et dans la Perse. Mais ici s'arrête la ressemblance : pendant que tous les autres peuples érigeaient à ces dieux d^ idoles honorées de somptueux sacrifices et de fêtes dissolues ou cruelles, les Perses, initiés de bonne heure aux dogmes d'une sagesse austère, bien supérieure aux rêveries brillantes d'une astrologie toute sensuelle, élevaient leurs yeux et leurs cœurs vers l'idéal de la pureté suprême. Zoroastre, ce sage vénéré, au nom symbolique comme celui de Boudlia (^), qu'on le fasse vivre en Baclriane ou en A.rie, longtemps avant notre ère , ou qu'on le rapproche du temps d'Hystaspe en Perse {*) , quand Golama régé-
C<) Hérod. 1. 131.
(■) Zoroastre , en persan , signifie astre brillant , comms Budhoi en indien, et jiuihaï en grec, signifient le sage par excellence. (') Justin. I; Hérod. III; Zenilavesta.
SDR NINIVE ET rHBSÉPOLlS' S3 -
nérail le boudhisme indien, el Konrulsé le ralionalismc clti- Dois, fal suscilé comme ces deux liommes , comme Selon cl Soeratedans la Grèce, pour le bonheur de l'humanitédans ces siècles de superstition el de ténèbres. Il est probable que les croyances assyriennes avaient envahi toute l'Asie anlcrieure au moment de son a|i{>arilion, comme le prouvent el le nom de Bal ou Bali, qui personnifie la nature brute dans les Iraditions persanes et indiennes, el les nombres sept cl vingt -huit, figurant les planètes el les jours de chaque mois sous la Torme de génies tulélaires. Ce n'est donc pas la forme , c'est le fond, ce n'est pas le moule , c'tôl l'esprit , qui a été changé et épuré par le magisme, où l'on voit se spirilualiser toute cette mythologie sidérale. Quant aux termes, comme ceux de la Bible où le monothéisme liébraïque reproduit, dans un sens plus élevé, presque tous les titres d'honneur donnés aux divinités assyriennes , ceux du Zeudavesla, de la parole vivante, sont l'idéalisation des noms de dieux indiens.
Zoroasfre el les Mages convertis à sa foi reconnaissent un Être suprême, invisible, infini, éternel, qu'ils appelenl Zervan Akeren« c'est-à-dire l'essence incréée ('). Sa manifestation dans le monde est Almra-mazdâ, Auromaze, (en sanscrit asura-mahâ) le grand dieu, le principe de lumière, dont la parole sainte a produit toutes choses pures. Mais, de même que le jour alterne avec la nuit, que la vertu ressort du contraste du vice, dut surgir , en présence du bien, le principe opposé Abrîmane (en sanscrit arimanas) l'esprit ennemi. Aveuglé par l'envie qui a causé sa chute, Ahrimane, appelé aussi Darug, le mensonge, ne cesse de lutter dans ce monde périssable contre Auromaze ou Hono-
(*) Nous croyons reconnaître dans ces mots les racioefl indiennes }ter , embrasser, péaûtrer, et ker , créer, avec l'a privatif. Voir notre Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde; maïs surtout la critique stipcrîeure de M. Buroouf dans son Ya^na.
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ver, la vérité, dont il trouble les œuvres excellentes, dont il active sans cesse l'énergie.
CIiacuQ de ces deux grands principes est secondé par six intelligences, douées d'un pouvoir supérieur pourproduire le bien ou le mal. La vertu d'Auromaze se reflète dans les six Amschapaads ou Bagas (s. bhagas) dieux fortunés, dont il est le chef el le modèle. Le premier après lui est Bahman, génie lumineux de l'éilier; puis viennent les génies du feu, des métauit, des terres, des plantes, des animaux, images de la création successive. Meschia et Mescbiane, l'homme et la femme (s. manuaha , manuêk() sortent purs du sein de la terre, mais succombent bientôt aux embûches d'Ahrimane et des six Devs (s. devas) , génies funestes, dont te plus terrible eslEscham, le.démon de la haine et de la nuit(*).
Auromaze créa aussi vingt-huit Izeds (sanscrit iças) princes ou génies subordonnés aux Bagas , dont ils partagent les attributs divers. A leur tête est Hitfira, le plus noble de tous, ne relevant que du dieu de lumière dont il est la bienfaisante image, combattant le prince des ténèbres par la conciliation et l'harmonie qu'il rétablit sans cesse dans la nature. Aussi son nom, (sanscrit muras), signifiant douceur, sérénité, est-il judicieusement expliqué dans Plularque par \i.éi<:tni; médiateur. Après lui viennent les génies planétaires, Rurshid ou Serosh (s. sànjas) soleil; Mali (s. tnâs) lune; Tir, Analiid , Behram, Anhuma, Kevan , représentant Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne. Puis les génies des éléments, avec des dénominations indiennes; puis diverses personnifications des phénomènes
(') L'antagonisme de» Perses et des Indiens depuis la scission de la race arienne est bien prouvé par l'emploi de ce mot dev, appliqué BU génie dei ténèbres, lorsque dans l'Inde detas signifie génie de lumière; do même que par celui du mot m-iga , sage , lorsque dans l'Iode m/iyai signlQe imposteur.
SUB NINtVB ET PEBSÉPOLIS- ^S
pbysiqaes et moraux, parmi lesquelles on remarque Fervcrilin , le gardien des âmes, ei Nerioseng, l'iiomme-tion , le protecteur des rois. Aax Izeds , dont le nombre rappelle les jours du mois comme celui des Bagas rappelle ceux de la semaine, correspondent vingt-huit Devs inférieurs , créés -par Ahrimane pour les combaLire et leur disputer l'univers.
Une lutte continuelle, générale, règne ainsi sur tons les points du monde daos tontes Jes maaifestations de la nature, où la lumière résiste aux ténèbres, les astres aux éclipses, la mer aux tempêtes, la terre aux volcans; où les animaux réputés purSj tels que la licorne, le taureau, le cheval, l'aigle, sont opposés aux bétes destructives, telles que le lion, l'hydre , le gnffoo ('); où l'homme enfin, déchu par sa Taute, mais appelé à un destin meilleur, est en butte à une foule d'épreuves qui doivent exciter son courage. Dans cette lutte le Perse fidèle, soutenu par la grâce divine, tient les yeux fixés sur Hithra, symbole de la Inmière terrestre et de l'humanité militante, dont il personnifie, comme l'Adon assyrien, les phases, les défaillances, le glorieux réveil , lorsqu'il perce les flancs du taureau prinlannier dont le sang vient féconder le sol ; ou lorsque , sous la forme de Hom il s'épanouit en arbre de vie. A ses côtés, sur toute la terre d'Iran , opposée au Tnran ténébreux, plane la foule immense des Pervers (en sanscrit praoaras) âmes parfaites, dont chacune apparaît au fidèle comme son image épurée, glorifiée, comme son guide dans la lutte difficile dont la palme l'attend daoe le ciel. Et c'est ici surtout que se montre le haut spiritualisme de cette doctrine, que nous n'avons jusqu'ici envisagée qu'au point de vue cosmogoniquc et matériel. Chacun de ces nombreux symboles, les plus vulgaires comme les plus nobles, offre à la fois une allusion physique se rapportant aux pbénomèned terrestres, et une pensée morale adaptée aux intelligences; et c'est
(')Hut«rch. de laide, 4C, k7.
3ti éTODGS
ainsi que Plularque nous appi-end que, des sii Bagas créés par Auromaze , lype suprême de toule perfeclioD , l'un représentait la bicnTeillance^ uu autre la vérité, un autre la justice, les antres la sagesse, la richesse et la joie qui sont les fruits de la vertu. Il en était de même des Izcds et de leur iuQuence morale, opposée aux. vices représentés par Àhrimane et ses légious.
L'homme déchu est sujet à la mort; mais elle est un triomphe pour le juste, dont l'âme, selon la même doctrine, traversant le pont redoutable suspendu entre les deux mondes, était béatifiée par les Izeds, pendant que les ombres perverses tombaient de là. au pouvoir des Devs, dout ils partageaient les soufîrances. Enûa le tempe doit arriver oij cessera cet antagonisme, où les bon» et les méchants ressusciteront pour assister à la fin du monde. Alors la terre chancelera, les montagnes vomiront des flammes ; Ahrimane et les siens seront précipités au fond du gouffre où: bouillonnent les métaux, et dans cette purification terrible disparaîtront enfin leurs souillures. Alors s'élèvera une création nouvelle oà la lumière sera sans tache , où la gloire d'Auromaze, et do Milhra , le médiateur, resplendira jusque sur Ahrimane rendu à sa vertu native, et où toutes les intelligences dans leur félicité infinie adoreront l'Etre étemel manifesté à leurs. regards (*).
On voit donc que ce n'est pas le dualisme dans le sens absolude ce mot, le dualisme indien de Visnus et de Civas, égyptien il'Usiris et de Typbcm, grec ou romain des dieux et des titans, qui règne dans la religion de Zoroastre; mais une pensée plus vraie, plus élevée, qui tend vers l'unité première h laquelle revient, après sa lutte, la nature ennoblie par l'épreuve. Ce n'est pas non plus la régénération toute contemplative du boudhîsme qui, par des migrations sans nombre, conduit à l'absorption des ànics; ni l'imuiabilité traditionnelle imposée à la nation cliinoise;
('} Voir ZendaveiU. — Carrei, Hylbeag^scbichte.
SQB NliriTa KT PBRSJÈPOLIS. 97
c'est encore moins l'idolâtrie brillante improvisée |kii' l'Iiéroismc grec. Cesl une religion de conscience, d'ausiériié, d'abnégation, qui exclaait ménie de son culte les images supers li lieuses des dieux, pour D'admettre qu'un type, le feu sacré, comme emblème d'immorUlilé, qu'un mode d'adoration, la prière tilurgique invoquant la lumière qui rayonne sur tes âmes.
On voit que si la foi religieuse, déchue de sa vérité première , fut voilée dans tout l'ancien monde sous une foule de formes bizarres, si ses nobles inspirations n'ont frappé que les esprits d'élite el n'ont gënéralentent laissé de traces que dans la liaute philosophie, «ucune religion populaire ne leur est restée plus fidèle, après le monothéisme hébreu, que l'idéalisme des Mages ; et qu'on ne doit nullement s'étonner si, dans le moment solennel prédit et attendu sur tous les points du globe , ils furent les premiers appelés à «aluer lo berceau du Sauveur.
HwBBBWnto de Nlnlve.
Babylone respectée par Cyrus resta une des capitales du grand empire fondé par ce conquéranl célèbre. Sanctuaire des croyances assyriennes, ornée d'édifices somptueux, fièrement assise sur l'Euphrale pendant que Nînive gisait dans la poussière, elle traversa ainsi plusieurs siècles, menacée quelquefois, comme sous Darius \*' quand il vint châtier sa révolte, mais le plus souvent honorée par les souverains de l'Asie, el préférée par Alexandre à foutes les villes de l'ancien monde , quand il vint en 324 y recevoir, la veille de sa mort , sa consécralion triomphale. Mais c'est à dater de ce grand jour que commença la décadence éloqucmment prédite par les prophètes, quand l'hériloge du conquérant échut, après des luttes sanglantes , h plusieurs dynasties rivales , auxLagideSy aux Sélencldes, aux Arsacides. Alexandrie, Antioche,
SS ÊTDUES
Séitiude, Ctcsiplion, dominèreiit dès tors en Orient; Babybne d«îpeuplée s'écroula sur elle-même, el ses pierres énormes furent enlevées pour l'eDibeUissemeut des villes rivales. Dépouillée ainsi de sa gloire et devenue raéconoaissable , elle fixa à peiae l'attention de Rome dominatrice du monde; car, dans les annales si riches, si pompeuses des conquêtes romaines^ l'Ëuphraie est souvent mentionné, mais l'antique cité des merveilles avait perdu jusqu'à son nom (*). Plus tard, après la chute des Sassanides de Perse, s'éleva sous la domination des Califes, Bagdad nouvelle reine de l'Asie, héritière de la gloire de Babylone, jusqu'au moment oà les hordes tatares des Mongols et des Turcomans vinrent envelopper toutes ces villes, toutes ces capitales successives dans une destroclion générale, qui ne permit plus même de distinguer leurs ruines. Aussi tes voyageurs des derniers siècles, Chardin, Niebuhr, Ker Porter, parcourant ces régions désertes, cherchaient-ils vainement l'emplacement précis qu'occupait cette ville majestueuse. Un témoin cependant était resté, téqaoiu irrécusable et solennel, élevant au milieu de la plaine ses lianes décharnés et sa cime mattlée, que surmontent quelques fra^tents de murs et que jonchent des milliers de brii|ues portant les traces visibles d'un immense embrasemmt. C'est le Birs-Nimroud ou Mont-Neuirod , tel qu'il s'élève encore près du village de Hillah, gigantesque terrasse qui soutenait le grand temple de Bal au centre de la ville, ce temple jadis substitué à un monument bien plus ancien encore, à cette tour de Babel ou de la dispersion, dont la montagne de briques fut la base, confirmant sur ce point capital la véracité de la Bible.
Quant à Ninive, on savait vaguement qu'elle avait jadis existé près de la ville de Mossoul sur le Tigre ; mais on la croyait si
(') Trajan cependant vint visiter ses ruines dans sa courte victorieuse en Orient.
sus NtNlVB ET PEBSÈPOLIS. 99
complilement détruite, bien avant le temps d'Hérodote (*), qa'on ne s'occupait pas même de sa recherche, rallenlion de l'Europe moderne étant spécialement fixée sur les ruines beaucoup plus accessibles de Thèbes, de Balbec , de Palmyre. Enfin en 1843 M. Boita, consul de France, tîls du célèbre historien de ce nom, ayant sollicité cette mission dans un but éminemment scientifique, s'empressa dès son arrivée de visiter les nombreuses éminences qui s'élèvent autour de Mossoul sur les bords dépeuplés du Tigre. Ses regards furent d'abord attirés par la plus considérable, cellede Nebbi-Yunus ou Tombeau de Jonas; mais la vénération des Musulmans, qui y ont élevé une mosquée, lui en interdit l'accès, et rendît toute recherche impossible. Il tourna dèa lors ses vues vers deux éminences voisines, où se trouvent les chélirs villages de K.oynnjik et de Khorsabad; et les premières excavations, habilement et activement dirigées, firent apparaître des pierres sculptées, des pilastres, des inscriplions, bientôt suivies de constructions plus grandes, et enfin de statues colossales. Un palais magnifique, enfoui sous ses débris, sortit de ces voûtes souterraines j une nation, une civilisation entière, qui avaient disparu du sol au moment où Rome naissait à peine, revinrent soudain à la lumière après vingt-cinq siècles d'oubli. Bientôt les dessins de M. Flandin, qu'avait envoyé à Mossoul l'active sollicitude de M. Viliemain , firent connaître a l'Europe ces merveilles, et une émulation généreuse s'empara de tous les esprits. L'Angleterre avait l'avantage d'être alors représentée en Orient par M. Layard^ voyageur distingué, plein de sagacité et de zèle. Dirigeant aussitôt ses recherches vers une autre éminence, celle de Rïmroud, également située près du Tigre, mais à quelques lieues de distance, il commença en 1 845 une série de travaux «i heureux qu'il découvrit un palais plus grand encore, ou plutôt plusieurs palais, avec des bas>relielii, des statues et des ins-
(•) Hérod. I. 176.
criplîoDS innombrables, sans compter une foule d'ouvrages d'art (l'une excessive délicatesse. Ces deux précieuses collections 6gnrcnt maintenaut k Paria ei à Londres ea face des monuments d'Egypte qu'elles promettent d'égaler en valeur. C'est en effet une longue séiie de siècles, une grande page de l'histoire qui s'offre à nos regards , pourvu que nous sachions y lire et en recueillir les oracles. L'écriture cunéiforme, si obscure, si indéchiffrable qu'elle paraisse sous la forme complexe qu'elle assume dans les monuments assyriens , ne sera pas, nous pouvons l'espérer, plus tenace a garder sessecrets que ne l'a été dans ces derniers temps l'écriture cunéiforme persane des palais de Persépolis. En attendant que les nouvelles recherches entreprises par l'élite des savants produisent des résultats infaillibles, en attendantque la comparaison des inscriptions répandues sur le sol de l'Asie fasse trouver ta valeur de chaque lettre et applique ces lettres i un idiome réel, les bas-reliefs nous parlent d'eux-mêmes dans leur animation expressive, les statues symboliques noussubjuguenl par leur muette et sereine majesté. On ne peut contempler ces débris d'une civilisation éteinte sans sentir pour ce peuple antique un respect mêlé de quelque effroi , un sentiment analogue à celui que nous inspirent, dans les récits bibliques, les patriarches et les rois des Hébreux ; avce la différence essentielle cependant du monothéisme et de l'idolà- Irie , de la croyance au Dieu véritable et du culte rendu à de vains simulacres. Mais l'humanité', partout où elle se montre dans ces scènes imposantes et variées, présente un aspect calme et noble que relèvent la richesse des costumes et la pureté des contours. La face ovale et le front haut qui distinguent le type assyrien, comme celui des Hébreux et des Arabes, offrent un caractère d'intelligence peut^tre supérieur à celui de l'Egypte ; les poses, quoique graves et sérieuses, ont aussi beaucoup moins de raideur. On voit un peuple appelé au mouvement , au développement progressif, à la vie, comme l'autre semble l'avoir été à l'immobilité séculaire. Les emblèmes fantastiques, bien que oom-
SUB HlinVB ET PEBSËPOLIS. 3l
breux ei souvent emprunlésà des types d'animaax, sont moins grossiers que ceux de l'Egypte , moins monslraeux que ceux de l'Inde. Ils paraissent même plus austères et plus simples que les statues allégoriques mentionnées par les historiens grecs dans les temples de rAsie-mineure, circonstance qui, avec d'autres preuves , atteste leur haute antiquité. Tels sont les caractères généraux de ces sculptures si imposantes ; signalonsen mainlenanl quelques détails.
An centre de ta salle da Mosée de Paris ('), où Bguraient déjà quelques cylindres et quelques légendes de Babylone, et qui contient mainlenant les ruines de Khorsabad, s'élèvent deux statues gigantesques qui, de même que les sphinx de l'Egypte, décoraient l'entrée du palais. Ce sont deux lanreaux à léte d'homme couronnée d'une mitre assyrienne, tète expressive, ovale, et non jonfEue, dans l'altitude de la méditation. Sur les côtéi de chacune de ces pierres , dont la hanteor* est de plus de quinze pieds, est sculptée la Ggure d'un géant qui étreinl un jeune lion et le frappe d'une lanière; sur les bords est ciselée, dans une proportion moindre, une figure à corps humain et i tête d'aigle, dans laquelle on a cru reconnaître l'idole de Niaroc , dieu des combats , comme le géant paraît être Sardon , le type du héros assyrien. Des inscriptions cunéiformes serpentent autour de ces figures et s'enlacent dans leurs vêlements , ciselés avec beaucoup de soin. Le caractère de ce monument, qu'on a retrouvé sous diverses formes à chaque entrée des palais assyriens, est la force, la grandeur et le calme; et s'il est permis de conjecturer le sens allégorique qu'il présente , nous y reconnaîtrions volontiers, comme dans les Centaures grecs, une image de l'intelligence humaine désignée par la tète mitrée et par le géant victorieux, dominant et subjuguant la nature brute indiquée par le lion et le corps du taureau. Ce sont d'ailleurs des animaux de
(1) Consulter, pour plus de développements , les Antiquités assyriennes de MM. BotU et FUndio, ainsi que le Voyage de M. Ch. Tezier.
même espèce qu'on remarque à Persépolis dans les allusions symlwliqaes figurant le culte de Mitlira.
Derrière ces deux masses imposantes s'étend^ tout autour de la salle, un vaste bas-relief de huit à dix pieds de haut, représentant une procession religieuse, plus rapprochée, malgré la différence de mœurs , des Panathénées du Parthénon que dos scènes de triomphe égyptiennes. A la (été d'une foule de personnages drapés avec goût , portent des dons variés , des fleurs , des fruits, des chevreaux , des gazelles, des sièges d'airain, des omemeols de luxe, marche le roi au front noble et fier, le sc^tre en main, la mitre en tète couronnée par une fleur de lys, portant barbe frisée, bracelets, bagues précieuses, et une longue robe qu'entourent d'élégantes broderies. En face de lui, environnée de prêtres, s'élève une figure majestueuse, ayant quatre grandes ailes comme les anges de la Kbie , et étendant une main protectrice sarle roi et sur son cortège. C'est sans doute l'image de Bal , du soleil vivifiant la nature, on cdle du génie de l'Assyrie accueillant cet hommage solennel.
Ailleurs, sur des pierres détachées, on voit des prèb-es on des génies ailés offrant et recevant des sacrifices , ou présidant à des initiations. Denx entre autres paraissent agenouillés , dans l'attitude de la prière , devant un arbre symbolique qui rap> pelle le lotus de l'Egypte et de l'Inde , premier germe de la création , et mieux encore le Hom des Persans , la racine de sagesse, le germe de toute vertu. Plus loin ce sont des scènes variées , des batailles sur terre et sur mer , et les principaux incidents de la vie sociale et guerrière. Mais c'est ici sortont que le Musée de Londres a puisé dans le palais de Nimroad, plus grand, plus complet et plus ancien encore que celui de Khorsabad , des modèles d'une animation et d'une variété admirables (*).
(■) Voir l'ouvrage angUîs de M. I^yard sur Nîmroud , et celui de M. Vaux, itiniveh and Persépolis.
sus HIHIVI 8T PSBSÉPOLII. 33
lia aussi se sool reaconlrées en grand nombre ces portes colossales figurées par des honiines-taureanx,de8 bomnies-Iions, ou des lions et des taureaux ailes; et deux de ces énormes pilasi rcs sontrécemmenl arrivés à Londres. Mais ce son l surtout les basreliefs qni y forment une galerie complète, rappelant, avec plus de mouTemenl, les plus belles peintures de l'Egypte. Sur telle pierre on voit le roi de Ninive, l'arc en main , à la tète de ses troupes, attaquant une forteresse ennemie ; une machine de guerre bat tes murs, et les assiégés demandent grâce. Ssr telle autre, il s'élance au combat dans un cliar traîné par trois chevaux ; un aigle vote devant lui, et les corps-des ennemis jonchent la plaine. Ici sont amenés des captifs que l'on réduit en esclavage; là les révoltés d'une ville prise sont pendus aux créneaux des murs. Plus loin c'est le passage d'un fleuve : le char du roi vogue sur un bateau; maïs chevaux et guerriers traversent à la nage, ces derniers sur des outres gonflées. Puis vient une charge de cavalerie poursuivant les ennemis montés sur des chameaux, qui semblent fuir vers le désert; puis une scène sanglante où l'on rapporte les tètes coupées des victimes de la guerre , sur lesquelles s'abattent des vautours. Plus loin reparait le- roi, bavant la coupe de délivrance que lui présente son échanson, et concluant, à pied, l'arc détendu et les flèches renversées, en face d'un génie aérien, un traité de paix avec le chef ennemi. Plus loin encore on le voit à la chasse, immolant soit un lion, soit un taureau furieux, que les piqueurs lancent contre son cbar. En6n , après une scène dômes, tique oh se découvre l'intérieur du palais avec ses esclaves, ses enanques , ses cuisines et ses écuries, apparaît le cortège triomphal où le roi , monté sur un char à trois chevaux richement caparaçonnés, accompagné de son écuyer et de son porte-parasol, tenant en main la flèelie ei le sceptre, et suivi d'une foule de guerriers, reçoit les hommages de son peuple. Devant lui, comme dans le traité de paix, on voit suspendue dans les airs celle même figure ailée à l'aspect vénérable , une main levée et l'autre
armée d'an arc, te corps teiminé par des plumes et entouré d'un cercle rayonnant ; emblème expressif et ^ndiose qui doit peindre un génie céleste , protecteur du roi et de U nation, ou plutôt le dieu suprême lui - même , Bal ou Asarac à Nïnive, Au< romaze à Persépolls, le dieu qui préside aux serments et qui seul peut donner la victoire. Celte personnification de la Idivinité me parait, je dois l'avouer, la plus juste et la plus complète qui ait été faite par aucun peuple ; elle exprime autant qu'il est possible une perfection inexprimable. En effet cette léte de vieillard, au front noble, à la barbe vénérable, peint bien le père des créatures dont l'existence a précédé -toutes choses ; une de ses mains est levée pour bénir, l'autre est armée pour frapper les coupables; ses ailes marquent sa tonte-présence, et le cercle lumineux qui l'entoure peint sa sagesse et son éternité. Si l'idoUirie des premiers temps avait su s'arrêter k ce symbole , au lieu d'assimiler les dieux aux animaux féroces ou aux hommes dissolus , la distance qui la séparait de la vraie foi aurait pu promptement disparaître et tes nations régénérées revenir au cutle de Jehova.
Mais la marche de l'idolèlrie se révèle sur les ruines de Nïnive et des cités environnantes d'une manière progressive et palpable qui atteste ses prompts envahissements. Car, après ce génie aérien qai plane an-dessus des rois seuls dans les occasions solennelles, nous^Dyons apparaître, avec divers emblèmes , ces génies couverts d'ailes , munis d'offrandes , qu'on peut assimiler aux Izeds de la Perse. Puiii l'idole bizarre à tète d'aigle qu'on avait déjà remarquée, avec d'autres figures symboliques, sur des cylindres de Babylone représentant des initiations ('). Ailleurs, comme BOr les ruines de Hathra ou les tombeaux sculptés dans les rocs à Bavian et à Malthayah , bourgades du pays des Chaldéens , a[^araisseot des rois rendant hommage aux divinités planétaires, rassemblées autour du soleil. Les bas-reliefs de Malthayah , les
(l)Helig. oDc. PUacbes 1, 120 k 125.- DisserUtions de MU. Lajard Ot Raoul-Rochetle.
SCS 5INIVB ET PEBSËPOLIS. 3A
mieax conservés de tous malgré leur anliqailé iDconteslabJe, présentent sur plusieurs laLiletles la répélition d'une même scène , oà deux rois rendent hommage à sept divinités. La première, debout sur un taureau et un griffon , porte one nùlro en pointe à fleur de lys , un anneau d'une main et de l'autre une lanière. La seconde, imberbe et tenant un anneau, est assise sur un siège entouré de singes et d'oiseaux, et que soutiennent un lion et un taareau. La troisième, semblable à la première, est montée sur un taureau ailé. Les suivantes portent des mitres étoilées, mais se distinguent par leurs attributs: car la quatrième, un anneau à la main, est montée sur un griffon sans ailes, la cinquième sur un cheval caparaçonné; la sixième, brandissant la foudre, est soutenue par un lion ailé, et la septième, imberbe, par uu lion sans ailes. Les insignes de ce curieux monument placé au fond d'un sanctuaire , ne semblenlHJs pas Bgnrer clairement, -selon la croyance assyrienne, d'abord le soleil dans sa marche victorieuse, puis la lane voisine de la terre et participant à ses produits divers; puis Mercure etVénti3,peo caractérisés sans doute, mais manifestés par le voisinage de Mars monté sur un coursier fongueux , de Jupiter, armé de la foudre, et de Saturne enGn, qu'un lion traîne lentement ? Si l'explication que nous tenions ici n'est pas dépourvue de vraisemblance, l'Assyrie , dans ses emblèmes variés et expressifs , nous offrirait déjà en germe les plus brillantes images de la Grèce et de Rome.
Mais revenons aux collections de Paris et de Londres, dans lesqoelles nous devras signaler des figurines en bronze parfaitement moulées, des vases d'airain couverts de ciselures, de riches armures, des bijoux en ivoire sur lesquels sont gravées des légendes égyptiennes, conservées malgré l'atteinte dufeu qui s'y fait partout remarquer; puis une statue en basalte tirée du tertre de Kalah Shei^at, on existait un palais ou un temple. Celte statue royale , assise dans raltilodc d'un Pharaon vainqueur ,
quoiquemalheureasementlronqaée, présente à sa base uneiascriptioD cunéiforme sur laquelle on a pu lire clairement le nom d'Asaradonpal, c'esl-à-dire d'un Sardonapal 1", fondateur du palais de Nimrond ainsi que l'allesle sa légende, roi conquérant qu'il ne faut pas confondre avec le dernier souverain d'Assyrie , et dont le règne long et prospère esl rappelé d'ailleurs sur un autre monument.
Cet aulre monument, le plus précieux de tous pour la philologie et l'histoire, est un obélisque en marbre noir, trouvé au centre de ce même palais, et actuellement au Musée de Ixindres. Il est haut de six pieds et demi, et d'une conservation parfaite. Au sommet et à la base se déploient cent lignes de caractères cunéiformes,, et sur chacune des qaatre faces se déroulent cinq tableaux en bas-relief dont l'ensemble figure un cortège triomphal. Le roi, qu'on retrouve plusieurs fois à l'angle des tableaux supérieurs, semble accueillir un personnage prosterné dans lequel on reconnaît un chef ennemi, et reçoit des nations tributaires des offrandes de climats divers, attestant de lointaines conquêtes; piiisqu'à côté de fruits et de fleurs, on y ^oit des tissus et des métaux précieux ; à côté d'animaux indigènes, tels que le cerf, le taureau ^ le lion , on y voit le chameau, le singe, l'éléphant, le rhinocéros, animaux étrangers à l'Assyrie. Ainsi ces ingénieuses images suffiraient seules pour faire reconnaître la consécration de grands exploits accomplis aux confins de l'Inde; mais il appartenait à la science d'en énumérer les détails. Or c'est là ce qu'a fait avec un rare bonheur le savant H. Rawlinson , qui , appliquant attentivement aux inscriptions sa méthode d'investigation comparée, au moyen des caractères persans , des symboles égyptiens et des mots hébraïques, est parvenu à déchiffrer presque en entier cette page de l'histoire assyrienne (').
(') Il faut avouer louleroîs qu'il reste aacore du vague daa
St'B NlIflVI BT PRRSÉPOLIS. 37
Le nom du roi est, selon lui, Tamenbar, deuxième du nom; il se déclare 6Is d'Asaradoopal I", de glorieuse mémoire, dont les prédécesseurs fureol, en ligne ascendante, Hevenk, Allibar, un autre Tamenbar, el enfin Ballaket , tige de la famille. Ce prince énumère sur l'obélisque des victoires remportées pendant trente ans de règne, oà, des bords de l'Euphralc, il fît redouter ses armes en Syrie, en Médie, en Bactriane, établissant dans tous CCS pays le culte du grand dieu Asarac. Le style deces légendes, moins mystique que celui des légendes é^ptiennes , semble indiquer un peuple plus actif et plus Kbre, une hiérarchie moins sévère , d'après laquelle les rots d'Assyrie, comme le firent plus lard les rois de Perse, parlaient à leurs sujets el à leurs descendants un langage nel, intelligible, ne craignant pas d'exposer aux regards les diverses circonstances de leur vie. Malheureusement ces renseignements précieux restent jusqu'à présent incomplets, puisqu'ici l'érudition grecque nous fait presque entièrement défaut. I| est toutefois curieux de remarquer que, dans la longue liste incertaine qui nous reste des rois d'Assyrie, liste copiée par Eusèbe sur Alexandre Polyhistor ('), figure au quinzième siècle avant notre ère le nom de Baltares, qui établit une dynastie , et compta parmi ses successeurs un Tentâmes I" cité par Diodorc comme contemporain du siège de Troie. Or tes noms assyriens de Baltaketetde Tamenbar 1", mentionnés en tète d« l'obélisque parmi les ancêtres du roi victorieux, offrent
las nonu de sonveraîas jusqu'ici déchiffrés , ces Doms étant indiqué!, eomme en Egypte, par lei signes des dÎTiniléi qu'ils repré- Motent , mais dont il est encore difficile de préciser la valeur ta Asayrie. Sur les moDuments égyptiens ce problème, complètement résotii , nous tiiit reconnaître , par exemple , dans let noms dei rois les pins illustres , Ahtnès , Ameoatp , Totbmâi , Hereoplah , 1U< mesès , les symboles An Ah , la lune , des dieux Anun , Tolh, Ptah , et enfin de /la, le soleil , accompagnés du mot ûli ou chéri. (■) Bu>èb«, 1. k.
38 ktudës
ene analogie coneose avec la nomenc]aluregroci|uej dans laquelle on retrouve ^galemeni au onzième siècle un Teutames II ou Teemeus, fïls de Balius, dont le nom el le règne de (rente ans semblent correspondre parfeilemenl à ceux de Tamenbarll luimême.
Mais en eoosidéranl les noms de ses prédécesseurs , el surloot ceux de ses successeurs , Husibem , Hevenk , Teglat , menlionnés sur les monuments, il se présente une Hypothèse nouvelle que nous fondons sur les observations de M. Layard, cet ingénieux cxploraleur qui tulle de zèle el de science, par une émulation bien légitime, avec MM. de Saulcy et Botta. Selon lui , les légendes égyptiennes qu'on rencontre sur une foule d'objets d'art À;happés à l'embrasement de Ninive, et le nom de Misr ou Mîsnim placé à côlé de celui d'Assur dans les titres honorifiques de plusieurs rois, prouvent évidemment qu'à une certaine époque les souverains d'Assyrie étendirent leur domination sur l'Egypte, par eux-mémeson par leur famille.Or, pour préciser cette époque, iIsufGt selon nous de consulter l'histoire d'Egypte, si admirablement complétée, après CbampoUton et Rosellini, par MM. Lepsius et Bunsen (*), el l'on y verra apparaître, au dixième siècle avant notre ère, la 22*°* dynastie tout assyrienne par les noms mêmes qui ta composent. Son fondateur est Sbesenk , le Sésac de la Bible (*), prince conquérant qui régna en 982, et dont le nom présente assez de ressemblance avec celui du second Hevenk d'Assyrie, qui serait ainsi contemporain du roi de Judée Roboam. Après lui, sur la liste égyptienne, apparaissent les noms d'Osarkon , de Tekelat , de même origine , suivis plus tard d'un Nemrod, dernier prince de celle dynastie.
Il parait en effet que l'Egypte échappa au scepi re assyrien avant
(')DasaUe £gyptea, par M. de ^Bunsen, ministre do Pruue à liondfflf.
(■) Chronique! n. 13, U.
SDR MINIVS ST PERSÉPOLIS. 3'J
ledémembretueQl de l'empire, que la traditJOD grecque place huit règnes après Tsemeus, en 7t)0, sous le fameux Sardooapal II. C'est de l'époque de ee dèmembremenl que semblent dater les deux autres palais, ceui de Kliorsabad et do Koyunjik, dont le premier aurait été construit^ d'après l'explication de tous les interprètes, par Sargon, roi victorieux desceadant du héros de Tobéliaque, et le second par son fils, qu'on croyait être Baladonrib, prédécesseur d'Âsaradonasar. On flottait indécis sur la date et l'assimilation de ces trois princes , et on hésiterait encore , saus une décoQTerlerécenle faite en Angleterre dans l'iDScriptioDdeKoynnjik, où l'on vient de lire, à la suite du nom principal qu'il faut rectifier en celui de Sanacberib, le nom de Heskias ou Ezéchias, roi de Judée> et l'évaluation des 330 talents qu'il paya au monarque irrité pour se metlre à l'abri do ses attaques (') plusieurs années ayant l'expédition fameuse à la suite de laquelle l'envahisscar périt, laissant le trône à son fils Asaradon, qui se trouve inscrit eo toutes lettres. Ainsi c'est bien Salmanasarou Sargon, maître de Samario en 718> qui apparaît dans le Musée de Paris au milieu du palais de Kborsabad, en lèle de la procession solennelle consacrée aux dieux assyriens (^). Ici, et dans le palais de Koyunjik élevé par Sanacherib , mais dont les bas-reliefs n'ont pu être apportés , des combats sur terre et sur mer, des assauts de villes fortes, de hautes montagnes gravies , des forêts de palmiers abattues devant le char royal , attestent de fastueuses conquêtes accomplies par ces princes belliqueux, dont le troisième, Asaradonasar, illustra uue dernière fois Ninive et en fit l'arbitre de l'Asie en 680, avant que Nabochodnasar le Grand l'ensevelit aux pieds de sa rivale. Babyloue cependant, élevée au rang suprême, n'a pas su conserver
(0 Livre de* Roi«, II. 18.
(*) Aioai » trouve ronfirmée l'opinion de H. deSanlcyqui, même avant de posséder celte preuve, rapprocliait judicieusement Sargon du Salmanaur de la Bible.
40 ÉTO0K3
les Iroph^es de son roi , el c'est à peine si des fragrnenls (fe briques et îles cylindres malles sigaDient encore le nom du vainqueur redoutable qui fit cronler Ninive, Tyr et Jérusalem.
Espérons toutefois qne des recherches nouTellea , entreprises sous d'heureux auspices, jetteront un joar inatienda sur ces que»lions pleines (finlérèl {*). Espérons aussi qae l'intelligence des telles permettra bientôt de déchiffrer tes annales récemment découverics dans les souterrains de Nimroud, pierres innombrables chargées de caractères, feuillets gigantesques d'un livre oâ revivent tant de siècles éteints. Quand on pourra préciser les légendes el confronler les annales ninivites avec celles de Babyl'âne el d'Ecbatane, avec celles de Van en Arménie, de cet anttqoe palais assyrien exploré avec tant de zèh par rHifortunë Scbullz, qui y a retrouvé les noms de plusieurs rois ('), on verra ces débris s'harmonisent entre eux former un vaste et majestueux ensemble.
En attendant ce grand résultat, que nous appelons de tous nos vœux, la polémique se donne libre carrière en agitant les questions préalables. On s'est demandé comment des ruines situées à d'aussi grandes distances que celles qu'on trouve disséminées, sur les bords de PEuphrate entre tes deux montagnes da Birs Nimroud et du Mujelibé, sur les bords du llgre entre les éminences de Khorsabad et de Nimroud, ont pn jamais appartenir aux mêmes villes , et constituer Babylone et Ninive. Mais on oublie que ces villes antiques, comme ta Thèbes égyptienne célébrée par Homère , se composaient d'une foute de palais , de temples, de quartiers isolés , entre lesquels s'étendaient des
(') Sur la demande de l'IaïtiluldeFraoce, deux voyagenri instruiU,
MU. Fresaet et Oppert, vleaneot de partir pour explorer, âu-dessous
Je Babylone , le confluent de l'Ëuphrato et du Tigre où ■'ilèveat
des tertres nombreux.
(*) M. de Saulcy a cru y reconnaEtre les rois ponUfes de Babylone..
SOR NIMTB ET PKRS^POLIS 41
champs, des jardins et des bois sacrés; on oublie que Diodore, dont les apprécialions sont souveat plus eiacles qu'on ne pease, réduisant ta mesure approximalive d'Hérodote, assigoc 36i( slades de circonfërence à Babylone et 180 à l'ancienne Ninive, c'esl-àdire 15 lieues à l'une et 20 lieues à l'antre de ces villes (*). Or » pour ne parier i]ue de la dernière, M. Layard a calculé qu'en reliant entre elles, autour de l'éminence centrale de Nebi-Yunas , celles de Nimrottd, lUramlis, Koynnjik, Rhorsabad, qui toutes cODliennent des monumenls royaux, on formerail précisëmenl un contour de 60 milles anglais ou SO lieues > contour qui n'a rien d'impossible si on lui compare ceux de Pékin ou de Londres, villes composées d'édiâces conlious. Si cqwndant on refusait d'y croire , on pourra tout au moins admettre que les cités ou bourgs de Kalab , Hir , Resen , mentionnés dans la Genèse à côté de Ninive , ont servi de aile à des palais de rois ; el la conséquence principale, celle de l'identité de race, de mœurs , de traditions, n'en sera nullement infirmée. L'histoire aatheuliqne d'Assyrie ne s'en déroulera ]ia8 moins sur ces sculptures marquées d'un type spécial , depuis les briques de la tour de Babel el les premières fondations de Ninive jusqu'aux emblèmes des vainqueurs d'Israël el aux digues construites sur l'Euphrate en présence de l'invasion persane. Partout se peignent les mêmes croyances , tes mêmes idées, les mêmes usages; et, à côté des symboles religieux que reproduit si bien la Vision de Daniel ^*) , nous retrouvons les scènes de guerre et de chasse que, d'après d'anUqued témoignages, Sémiramis faisait sculpter sur les rochers , les temples et les palais. Ainsi c'est une civilisation tout entière qui se révèle à notre »ècle, ciriliaation primitive el féconde qui a rayonné de tQules parts, et dont l'influence se retrouve à la fois dans les niylhes de l'Egypte, de la pliénicie et de la Grèce, dans ceux de
{•) Hérod. 1. 178 1 Diodore II. 3, 7.
(») Daniel, 7, 8.
rindo , de la Médie et de ta Perse, qui en soDl, par leurs contrasies mêmes, l'explicadon la plus directe et le complément le plus naturel.
Mouiimemt* de Pcrsép»!!».
La capitale dn royaume des Mèdes était Ecbalane on Hamadao, dont le vrai nom antique, d'après les inscriptions, était Hagamatam, lieu de réunion ('). Déjoeès, leur sage législateur, n'avait en effet rien négli^ pour rendre cette réunion nationale aussi imposante que prospère. Il avait constroit^Ccbatane sur une montagne inexpugnable et l'avait entourée de sept enceintes, dont le nombre et les couleurs diverses figuraient sans doute les planètes et les castes de ta nation médique. Au centre s'élevait un palais fortifié qui dominait- tout l'amphithéâtre et dont l'immense toiture en argent étincelait aux rayons du jour. C'était' là que siégeait le grand collège des Hages, disciples du premier Zoroastre, et que s'élaboraient les croyances, les insliiniions et les lois qui donnèrent à ce peuple si célèbre une physionomie si frappante; d'autres villes du même nom répandues -dans le pays en étaient comme les succursales. Mais le sort de l'antique Ecbalane a été celui de Babylone ; effacée complètement du sol dans la révolution des siècles, elle n'offre plus aux yeux du voyageur que des terrasses abruptes et d'informes fondations attestant sa grandeur éclipsée.
Outre ces deux vastes cités, Cyrus, roi des Mèdes et des Perses, possédait plusieurs villes de premier ordre, telles que Sardes, Milet, Damas , Sase, qui lui servaient alternativement de résidences. Voulant toutefois se créer un séjour au centre du pays de ses pères, il construisit au cœur de la Perside, sur les bords
('} Du sanscrit langam, se réunir.
sus MINIVB ET PEBSÉP0LI3. 43
ûa Karab, fa ville de Panarde, dont les ruines encore exisUnies portent anjoardlini le nom de Mnrgbab (*). Elles consistent, selon Ker Porter, en colonnes renversées et en débris de murs, parmi lesqnds s'él&ve un bloc de marbre de IS pieds de haut, seul debout dans la plaine. Sur ce bloc est scalptée une figure à quatre ailes, à l'aspect doux et calme » revêtue d'une tunique qu'orne dans sa longueur une riche guirlande de roses, et portant sur la tète une coaronno symbolique, en forme de candélabre comme celle des Pharaons. Au dessus de la statue quatre lignes cunéiformes présentaient une énigme indéchiffrable aux voyageurs et aux critiques, qui croyaient y voir un Ferver ou bon génie protecteur de ces ruines, quand enfin H. Lassen, éclairé par la comparaison des textes, a reconnu clairement une inscription trilingue, persane, médiqne et assyrienne, dont les deux premières lignes contiennent ces simples mots : ^dam Kvrut Khtâyathiya HakhànKotiêiya : ie sais Gyrus roi Aehémenide. Ainsi le grand Cyrns, du milieu deeelle ville détruite, où son image divinisée fut probablement placée par son fils avant qu'il ne parllt pour l'Egypte, environ 530 ans avant notre ère, parle encore après tant de catastrophes, tant de bouleversements d'empires, à la postérité enthousiaste de son nom. Près de là devait être son tombeau, dont les historiens ont dit tant de merveilles. Aussi t'a-t-on cherché dans tonte la plaine voisine, et a-t-on cru longtemps le recoDnaître dans des raines sompiueuses mais plus récentes. Enfin M. Morier, mieux inspiré, a découvert tout près de Mnrghab uit grand bloo de marbre creusé, s'élevant sur plusieurs degrés à environ 30 pieds de haut, n'ayant qu'une entrée fort étroite^ mais présentant à l'intérieur des marques de dégradation vio^ lente. Les Musulmans rappellent la Mosquée de la mère de Sator mon, mais son exacte coïncidence avec la description d'Arrien (*).
(')Straboo, Pline, Arrien.
(*) ArriCA, YI. ja.
44 ÉTODES
et les violences mêmes dont il conserve la trace, lo foiil bien apparaître comme ce tombeau sacré qui s'élevait au milieu de jardins délicieux et qui contenait, entre de ricbes leutures, le cercueil d'or du conquérant, pillé et profané depuis longtemps. au milieu de tant de lottes sanglantes.
D'autres tombeanx pratiqués dans le roc et ornés d'ioBcriplioo» et de sculptures bordent la routa vers Persépolis ou Istakbar , qui élève, à quelques lieues de distance, sur les rives déserte^ du Kurab, ses groapes de colonnes majestueuses et les murailles sculptées de ses palais, érigés par Darius 1". Avant toutefois d'en énumérer les merveilles, nous suivrons dans l'ordre chronologique la série curieuse des monuments qui remontent à ce prince remarquable, à ce roi politique et guerrier qui consolida l'œuvre de Cyrus. Pour retrouver le récit authentique de son curieux avènement au trâne et des premiers faits d'armes qui signalèrent son règne, il sufitl de nous transporter en Médie, à peu de distance d'Ëcbatane, au pied d'un rocher gigantesque célèbre dans l'antiquité. Ce rocher de 570- mètres de bantaur, aplani au ciseau dans toute son étendue , est cninu soua le nom de Behistnn ou Baghistan (en aattscrii hhagasthana) , séjour des dieux, ainsi que t'explique Diodore ('). Sémiramis, selon cal historien, de retour de ses brillantes conquêtes, y avait bit sculpter son image entourée de cent gardes d'honneur, avec une inscription en lettres assyriennes attestant l'étendue de sa puissance. Ces images et cette inscription ont disparu pour faire place à une autre sculpture tracée à cent mètres de hauteur , parfaitemeut conservée encore , et dans laquelle on aperçoit un roi , la couronne en tète, l'arc à la main , accompagné de deux guerriers armés, et posant le pied sur un chef prosterné contre lequel il lève un bras menaçant. Ce chef est suivi de neuf autres captifs, les mains liées , la chaîne au cou , et semblant attendre leur
('} Diod. II. 13. — Voyage do MM. Coste et FUndin.
son NIMVK RT PERSKPOLIS. 4&
sentence. Tous porlenl le eoslunie oriental, la tunique médique OH persane ; ils sont nu-téte excepté le dernier , qui est coiffé d'an haut bonnet conique. Au dessus du groupe, en face du roi, plane une figure aérienne, à l'aspect Téniirable, le corps ceint d'un anneau, soutenu par des ailes déployées, et terminé |)ar an vêtement flottant; figare dans laquelle on reconnaît, quoique sous nnefonne altérée, le génie prolecteur des souverains d'Ass;rie,doat nous avons décrit la noble image. Mais ce qui donne à ce uiouumentuneioiporlance inappréciable, ce sont plasde ringttablettcs en caractères cunéiformes, tracés au dessus, au dessous, à côté de tous ces personnages, tablettes qui pour la plupart sont d'une conservation parfaite et présentent le développement de plusieurs milliers de mois. Longtemps elles sont restées lettres closes, et n'ont pu éclairer les voyageurs sur cette sculpture problématique, dans laquelle tes uns voyaient encore Sémiramîs et ses guerriers, les autres Salmanasar et les dix tribus captives, d'autres enSn Assuéros et Eslher ; aucun le sqjet véritable. Enfin, après des difficultés immenses poor atteindre ii cette hauteur abrupte, M. Rawlioson est parvenu k en relever une copie complète qu'il a pu soumettre ii l'analyse ; et dès lors, avec sa sagacité ordinaire^ il a clairement reconnu une série d'inscriptions trilingues, assyriennes, niédiqaes et persanes, et a lu sur ces dernières toute l'histoire de Dàrayavus ou Darius fils d'Hystaspe. Ce prince, liéros du monument, s'y est représenté lui-même fonlant aux pieds le mage Gomalès, triomphant de neuf autres chefs, énumérant les provinces soumises , et rendant hommage de ses succèsàAuromaze, le prolecteur des rois. Nous reviendrons sur les détails de cette découverte capitale , en donnant dans le chapitre suivant l'analyse complète des inscriptions. Il suffit de constater ici , qu'an moyen de travaux immenses et de procédés artiiiiqoes à peine connus de notre époque, un roi avide de gloire a pris d'avance le soin do contrôler pour nous, il y a plus de vingl-'lrois siècles , les récits d'Hérodote et de Ctcstas.
46 étcDEs
Hais l'œiiTre principale de Darius, accomplie vers 500 aa .milieu de son règne, quand, au comble de sa pniaaaQce» il r^piail du Nil i l'Araxe et de t'Islerà l'IodoB, est la foodalion de Persépolis ou Pirsa , la ville des Perses par excellence , l'illualre cilé dont les ruines resplendissent encore dans le déserU 11 nous eal impossible d'entrer dans ooe description minalieuse dd ces portiques, de ces terrasses, de ces colonnades imposantes dont les vastes contours , les brillants cbapileaux , les sculptures aussi riches qee variées et les Inscriptions solennelles attestent le séjour d'un grand peuple qui a sa maintenir, à travers tant de lattes, son nom et sa domination sécnlures. Cont«itons-DOUE d'en indiquer l'ens^nble.
Persépolis a frappé de stupeur tous les voyageurs assez beiireoi pour parvenir jusqu'à ses ruines, quicooGrment le pompeux él(^ qu'ont fait d'elle les divers iiistorieos. Les trois enceintes que signale Diodore(*) se dessinent encore dans trois immenses terrasses, qui communiqaent entre elles par les escaliets de marbre les plus majestueux qu'on puisse vfûr. Chacune d'elles est jont^ée de délais gigantesques , chargée de bas reliefs et d'inaeriptioDS cunéiformes. Sur la première s'élèvent deux grands portails , l'un extérieur gardé par d'énormes taureaux, l'autre intérieur par des taureaux à tète d'homme, ayant des ailes pliées et des colliers de roses, parfaitement semblables pour le reste aux antiques pilastres de Niaive. Autour d'eux s'étendent les restes d'an palais, k travers lesquels oo s'avance vers la seconde terrasse que les Arabes appellent Chehel-Hinar , et les Persans le Trône de Jemshid; terrasse magnifique en effet, poisqu'elle est couronnée d'une forêt de colonnes , mutilées en partie , mais dont les survivantes s'élèvent d'un seul jel à 60 pieds de haut. Des bustes d'animaux , des feuilles entrelacées ornent leurs chapiteaux gracieux , sur lesquds on voit les marques de l'architrave qui
(0 Diod. XVII. 71.
SDB HINITB ET P£USÉPOLIS. 47
devait jadis les noir. Au dessous d'elle , uoe vasle subslruc* lion préseole une foule de bas-reliefa * sur lesquels oa distiogue des d<»7pbore8 el des combaia d'animaux symboliques , comme par exemple celui d'un lion féroce contre une licorne inoffeosive» Gguraotla lulle incessanle des ténèbres el de la lumière. D'autres portiques sur la même plate-forme ont couvert le sol de leurs mines, quiloolessonlornéesdeseulplures. Plusieurs d'enlre elles reprëseuteolle roi debout, armé d'un glaive trancbanlqu'ilenfoncedaDS le corps d'un monstre participant du lion el du griffon , allosion évidente au pouvoir protecteur et religieux qu'exerçait le rno* narque comme grand pontife, auxiliaire d'Auromaze dans sa lutte contre les démons. Ailleurs le rtH est assis sur son trône, dans un costume austère et simple , tenant d'une main le sceptre et dejl'aoïre une fleur de lotus } derrière Ini son porto-éventaiJ , son porte-lance, et un de ses ministres; au dessous du trôoe cinq rangs de ^rdes, séparés entre eux par des cercles de roses. Enân la terrasse supérieure présente la forme d'un vaste palais de marbre, où se retrouvent et des figures de gardes et des inscripli<Hi3 en grand nombre ; et d'autres éminences encore élè* vent à perte de vue leurs mouceaux de débris sur lesquels ou distingue facilement des traces positives d'incendie.
Or les inscriptions cunéiformes, copiées par Niebuhr et plusieurs autres voyageurs el déchiffrées par le savant an^ais dont nous analysons les bnvatu, font clairement connaUre le palais supérieur , détroit penl-ëlre sous Alexandre , comme l'œuvre de Darius 1" , dont le nom se retrouve encore sur ta plupart des autres mines* mêlé à ceux de son fils Xerxès, el d'un de ses sncoessenrs Àrtaxerxe Oebus, Eridemmenl c'est au premier de- ces princes qu'^ due la grande pensée de toutes ces oonsiruciîons , dans lesquelles l'élégance s'unit à la force , el la piété à la magnificence; car toutes ces images religieuses , ces emblèmes et ces processions qui se déroulent silencieusement sous ces superbes colonnades, devaient
48 lËTDDRS
symboliser > sans aoenn donle , les cérémonies du magisme et les DObles aspirations de ce culle épuré el auslère.
La terrasse ia plus élevée, coomie l'indiquent très-bien les historiens, s'appuie contre une montagne dans la base de laquelle on a ereusé une double tombe royale ; l'entrée étroite el presque inaccessible est entoura d'an vaste bas-relief Ggnranl un somptueux portique ('). L'entablement» orné de douze lions qui se regardent face à face, snpporte une haute estrade que semblent soutenir vingtbail figures armées, disposées en deux lignes, et sur les angles de laquelle se redressent deux licornes majestueuses. Au sommet est plaeé un autel sur lequel brûle le feu sacré cl que surmonte on globe ressortant d'an croissant; en face de l'autel , debout sur trois degrés, est le roi, portant la mitre en léle, une main posée sur l'arc, l'autre levée en signe de prière, el les yeax fixés sur an génie qai semble refléter tous ses (rails , si ce n'est qu'il tient un anneau k la main , et que son corps , terminé par des plumes , plane dans l'air sur deux ailes déployées. Celle sculpture remarquable , qu'on retrouve encore aineurs, présente un sens facile ï expliquer dans l'image de ce roi pontife qui , veillant sans cesse sur son peuple , au milieu de ses gardes égaux aux jours du mois , en présence du Feover qui exalte son âme , invoque encore après sa mort le feu terrestre et la lumière céleste pour la prospérité de la pairie.
A quatre milles de là , près des ruines d'un immense édifice qu'on appelle le Harem de Jemshid , s'élève une autre montagne , sépulture habituelle des rois de Perse , connue sous le nom de Nak^-i-Ruslan , rocher de marbre de ?00 mètres , an centre duquel sont creusées quatre tombes semblables à celle que nous venons de décrire et comme elle complètement vides. Inaccessibles par leur escarpement, elles échappaient à l'attention et presque aux regards des voyageurs , quand dans l'une d'elles ,
, 0) ReligioDi anciennes, Planches L 117.
SDR HIMVE ET PEBSÉPOLIS. 43
l'avanl - deFDJère , le iaborieux M. Westergard aperçut des caractères cauéiformes qu'il copia à l'aide d'une longue-vue ; lenUlive qui réussit si bien que , dans cette transcription scrupuleuse , on reconaut aussitôt et le nom et le style de Darius , le héros de Baghisian et de Pcrsépolis , qui , après l'énuméradou de ses conquêtes accomplies par la grâce d'Auromaze , s'efforce encore du fond de sa tombe d'instruire et de moraliser son peuple. Clésias raconte en effet que Darius fil creuser son tombeau au centre d'une haute montagne, et Slrabon ajoute qu'il y plaça une inscription. Nous ne savons si cet appel, dont nous donnerons plus lard la curieuse analyse, fut entendu des rois de Perse appelés à régner après lui. Xerxès son &\s témoigna en effet nn grand respect pour la ménioire d'un père dont il consacre les paroles partout où il se nomme lui-même. Mais ici s'arrête la transmission directe de ces docnmenis historiques ; car ni ArlaxcraeP', ni Darius II, ai Artaxerse 11 , n'ont laissé à Persépolis aucun souvenir de leurs longs règnes. Animés sans doute du désir d'attacher leurs noms à d'autres monuments , ils avkÏMit édifié soit à Suse , soit ailleurs , des palais dont la trace est mainleDant perdue ou tout au moins inexplorée. Suse, au milieu de ruines informes qu'on n'a visitées qu'imparfaitement, n'offre plusdans sa nudité qu'un souvenir vénérable, le tombeau de Daniel, qu'honorent les pâtres du désert; maïs aucune inscrip- Uon positive n'y a pu être signalée. Le sanguinaire Artaxenc III Ochus, le boarrean de ses frères , est le seul qnJ se soit fait inseriresur lesmurs de Persépolis, mention qui serait insignifiante si elle ne confirmait authcntiquement , par l'énuméralion de ses ancêtres, la filiation des rois de Perse consignée dans les historiens grecs. Quant àArsès et à Darius III, l'infortune rival d'Alexandre, il n'est pas étonnant que leurs règnes, n'aient pu produire de monuments durables. Le brillant vainqueur de l'Orient , maître de Persépolis en 330, y laissa, dit-on , la trace d'un incendie involontaire que son génie réparateur aurait certainement effacée.
50 Atcdbs
Hais, à sa niort sobile, les SëleucJdes el bienlât après l«s Arsacides, nouveaux domioaleurs de ces régions , reléguèrent dans an complet oubli l'antique sanctuaire d'Auromaze, au pmnl que les inscriptions mêmes ne purent plus trouver d'interprètes, rëcriture cuoéiforme ayant fait place aux alphabets zende el pehivi, tirés de l'alphabet hébreu , et usités en Bactriane et en Parthiène. Dans les cours , la langue el la mythologie grecque , répQ^ diant i'anslérité persane « s'associèrent aux pompeuses ficUons de l'Assyrie et de l'Egypte , dont Alexandrie, Aniioche, Sëleucie, Ct^siphon présentèrent l'enivrant spectacle , souvent mèlë à des orgies sanglantes. Les Romains , qui trois siècles plus tard dominèrent en Syrie et en Egypte, furent appelés dans des guerres malheureuses à se mesurer contre les Parthes, qui , fiers de leur indépendance , conquérants d'une partie de l'Inde et s« souvenant de plus en plus de leur origine orientale , cultivaient au commencement de notre ère, le pehivi, leur idiome national. Mais ces hordes belliqueuses et cruelles, en proie aux dissensons civiles, furent enfin vaincues et soumises en l'an 223 par. un Perse imbu des traditions antiques , par cet intrépide Ardeshîr ou Artaxerxe I", tige de la famille des Sassanides, à qui Persépolis à demi écroulée dut une illustration nouvelle. Car c'est à côté de cette ville, sur ce rocher de Naksb-i-Rustan que couronnent les tombeaux de Darius et dé trois autres Acbëmeoides , qu'Arlaxerxe fil creuser, ^ l'étage inférieur, pour lui et pour les siens , des sépultures royales. Les six bas-reliefs expresdfs de ee monument historique , et ceux des lieux environnants , méritent une analyse spéciale.
Un de ces bas-rclieb, le plus ancien sans doute, représente denl personnages à cheval, dont l'un, à l'aspect vénérable et portant une couronne murale, lient d'une main an sceptre masaif, et de l'autre le bandeau des rois qu'il présente au guerrier opposé, dont la tète est snrmonlée d'un casque qui soutient un globe à grands plis. Le cheval du premier semble fouler un
SU! tmnvE BT pnsÉPOLis. &1
monstre à oreilles ënoraies, à cbevelare de serpent; celui du second bondit sur ud guerrier armé du casque, orné d'un riche collier. Deux ioscripUons en pehivi el en grec, interprétées par l'illustre Silvestre de Sacy, indiquent d'un côté Zeus ou Auroniaze foulant aux pieds l'impur Abrimaoe; de l'autre Ardesliir fils de Babec recevant du dieu la couronne de Gyrus, après avoir vaincu le dernier roi des Parllies. Un autre bas-relief non moins curieux représente un guerrier à dieval, la télé surmontée de ce casque i globe qui marquait la dignité royale, el accompagné d'un serviteur qui semble commander le silence. Devant lui sont deux personnages vélns de la tunique romaine , l'un jeune qui lève la main vers lui el semble lui jurer fidélité; l'autre âgé et pliant les genoux en signe de détresse el de crainle. Nulle inscription n'est ici nécessaire pour reconnatlre Shahpnr ou Sapor I fils d'Ardeshir, le cmel vainqueur de l'empereur Valérioi dont il humilia rinfariaoe, en offrant la coormine impériale à l'usurpateur Cyriades. Les quatre autres sculptures, moins remarquables, et sans doute d'une date postérieure, représentent un mariage, une harangue publique et deux combats singuliers, dont le héros paraît être Bahram Gour on Varane IV, prince fameux par ses aventures romanesques.
D'autres sculptures sur des rochers voisins sont consacrées aux exploits de Sapor I, de Sapor II, de Cbosroès I" Nusbirvan ou le Grand. Hais rien n'égale le luxe el la délicatesse des bas-reliefs de Takhlw-Boslan, le trône des Deurs , rocher situé en Médie près de celui de Baghistan. Là le ciseau d'un artiste éminent, que les Perses enthousiastes ont presque divinisé, a retracé les somptueuses délices dontChosroès II Purviz entourait sa sultane favorite, la belle Sirine, que l'arlisle lui-même aimait, dit-on, éperdumenl. Ainsi , à ces sculptures si gracieuses par ellesmêmes se rattache une brillante légende, dans le genre de celles que l'esprit oriental créaitabondamment à cette époque, où l'ignorance des faits antérieurs permettait de refondre l'histoire, où les
souverains r^cls de la Perse se cliangeattînt en héros de roman. L'art lui-même, malgré la ridicsse el l'exubérance des délailâ , n'avait plus celte simplicité de formes, celle auslérilé de contours qui distingoenl les antiques palais de Sardonapal et de Darius, el dont les dernières traces se rencontrent dans les colonnades de Balbec el de Pdlmyre, ces nobles joyaux du désert où le génie de Zénobic renouvela l'œuvre de Salomon.
Les monuments de l'art persan, dans les premiers siècles de noire ère, se répandirent sous différentes formes à travers l'Asie en Europe, où le culte symbolique de Mithra comptait une Toule de prosélytes. La Grèce, l'Italie, la Gaule même en offrent de fréquents modèles, dans lesquels il est intéressant de retrouver la tradition antique. Mais en Asie l'invasion de l'islamisme, impitoyable adversaire des images, dut nécessairement amener ladestruction ou la mutilation d'une foule d'entre elles, quand la seconde monarchie des Perses succomba en G5i sous le glaive de Saïd, disciple de Mahomet, pendant que Klialed cl Amrou dévaslaientlaSyrie et l'Expie. Plus lard une civilisation nouvelle, celle des Califes arabes de Bagdad , surgit dans ces régions soumises à tant de mutations diverses. Les arls y reprirent leur essorel produisirent des monuments d'un autre genre , qui sortent des bornes de celle esquisse, ainsi que les transformations violentes opérées plus tard par les conquérants lalares , successeurs de Djengis el de Timour. Ce que nous avons voulu signaler dans celle courte mais consciencieuse revue, ce sont les caractères spéciaux de la civilisation primitive qui régna dans ta haute Asie a l'époque de sa plus grande splendeur , ce sont les restes de ses croyances et les fragments de son histoire qui revivent sur les pierres sculptées el sur les rochers séculaires ; el cette pensée nous ramène maintenant, par une conséquence naturelle , aux inscriptions cunéiformes tracées par Ira anciens rois de Perses comme no vivant appel à la posicrilé.
□ igitizedby VjOOQIC
SVH MMVË £T l'EBSÉFOLIS.
Iniierip4l«ns persM
Si uoe analogie ^aérale unïl entre eux au premier coup-d'œiL tous les caraclères cunéiformes sculptés sur les monumcnls asialiqoes, la moindre atlenlron saffil pour les monlrer répartis en trois grandes classes représentant des langues différentes , assyrienne, médique et persane, dont la première fleurit, comme on le sait, à Babylone et à Ninive, la seconde à Ecbalane, la troisième à Persépolis. Les ioscriplions assyriennes, si nombreuses dans les palais récemment découverts , offrent à des degrés diver» le même caractère d'écriture dont on rencontre les traces primittres sur les briques du temple de Bélos ; caractère complexe qui porte encore la trace des signes et des emblèmes hiéroglyphiques, et qui, dans son pins grand perfectionnement, s'arrête à la représentation des syllabes; ce qui fait que récriture assyrienne contient trois à quatre cents lettres. L'écriture médiqne déjà plus simplifiée , n'apparaît presque jamais isolément dans les légendes jusqu'ici retrouvées ; mais elle aceompagne le persan ainsi que l'assyrien lui-même, dans les belles inscriptions trilingues que les rois de Perse, maîtres de l'Assyrie» de la Médic et de l'Egypte, firent graver, cinq siècles avant notre ère, à Bagliistan et à Persépolis. C'est donc là qu'est la clef âv mystère, qu'une comparaison attentive des divers textes et l'assimilation intelligente de l'assyrien à l'hébreu et à l'arabe, du médique au pehlvi et an turc , finira sans doute par i^soudre, comme a été victorieuscinenl résolue l'afBnité de l'ancien parseavec tezende et le sanscrit. Ici plus d'hésitations, plus de doutes; leS preuves sont manifestes , la vérité connue, grâct; aux "victorieux efforts d'unesciencc ingénieuse et hardie. Un alphabet de quarante lettres pjrfailcmenl distinctes, parfaitement spécifiées, qu'on
fi4 ÉTUDBS
trouvera dans le tableau annexé à ce Mémoire, présente les sons et dclermine les mois de Tidiome osilé par Cyrus et Darios dans ces inscriptions si curieuses qui revivent après vingt-trots siècles.
On sait comment les hiéroglyphes d'Egypte , qui si longtemps restèrent indéchifTrahtes, ont fini par se révéler dans IlnscriplioD bilingue de Rosette à l'admirable sagacité de Champoltion , et combien cette première étincelle a projeté de lomières sur toute l'histoire. C'est par une étude analogue tentée sur des éléments différents que M. Grotefeodi premier explorateur de ces mystères, en 1814 ou ISIS, a commencé par remarquer sur les inscriptions de Persépolis^ dont aucune n'a de traduction grecque, un mot très-souvent répété qu'il a supposésignifier roi. Puis, en analysant les divers mois placés immédiatement devant, il a fiai par déchiffrer, d'après le nfttnbredes caractères et la prfmonciation persane moderne, les noms de Darius, d'Bystaspe et de Xerxès. Avec ces lettres approximatives, qu'ils ont réussi à préciser, MM. St-Martin, Durnouf, Lassen, ont trouvé dans la suite des légendes les noms des [H>incipales provinces soumises jadis à la puissance des Perses; et enfin M, Rawlinson, pourvu de documents nouveaux et appliquant à l'ensemble des textes l'analogie du zeode et du sanscrit, est parvenu à reconstituer une langue complète dont le vocabulaire et la grammaire n'ont plus d'autres limites que tes inscriptions mêmes. C'est lui qui, s'appuyant sur la division de mots dont l'alphabet persan offre l'heureux usage, et sur les lettres déjà connues , a pu fixer et préciser toutes les autres au point de ne laisser plus do doutes, et qui, établissant l'ingénieuse théorie des consonnes homophones à voyelles différentes, a élucidé tous les textes avec une certitude irrécusable (*).
La plus ancienne des inscriptions persanes est celle qui surmonte
('} Voir ta Revue orieoUle allemande ; le Journal asiatique anglait , tom, X ; et 1« Journal asiatique français ^ tom< XVII.
SL'R NINITB ET PBBSÉPOLIS. &5
le pilastre solitaire de Murgliab, l'ancienne Parsagadc, où est scalplée l'image divinisée do fondateur de ta monarchie. Cette inscription consiste en quatre lignes, dont deax persanes, une médique, une assyrienne. Les deux premières présentent ces mots dont nous avons cité le texte persan : Je suis Cyrus roi Acbémenide. Le sens des deux autres est évidemment le même; on ne sait rien encore sur le texte roédique , mais on pense qae le texte assyrien doit être conçu en ces termes : jànka Kuru* Melek Hakhamanisa. Soit que ce monument date de Knrus, c'est-àdire du grand Cyrus Ini-méme , soit qu'il lui ail éié consacré par son ûls Kabujiya , Cambyse , au moment où il reçut ce sceptre qui devait se briser en Egypte, la noble concision du langage est ici en parfaite barmonie avec l'illustre renommée dont on perpétuait le souvenir.
Les nombreux monumenia de la période suivante appartiennent presque tous à Dàrayavus Vistâspahya , Darius fils d'Hyslaspe, ce prince énergique et prudent qui rétablit par sa sagesse le pouvoir des Âchémenides, compromis par Cambyse, usurpé par le faux Smerdis. Historien de son propre règne, dont il s'est plû k raconter les actes avec une franchise noble et fièrc , il parle à ses sujets et h leurs descendants du sommet des rochers, des palais et des temples, où ses paroles longiemfM oubliées ont de nouveau trouvé un écbo. Cliose merveilleuse , c'était à notre siècle, après tant de recherches et de coulradictions auxquelles manquait un point d'appui solide, qu'était réservé te contrôle véritable des émouvants récils d'Hérodote et de Ctésias 1
Le premier de ces documents curieux est le rocher de Bagbistan en Médie, sur lequel, ainsi que nous l'avons dit, est tracé un tableau allégorique, composé de quatorze personnages, et entouré d'une vingtaine de tablettes formantune longue suite d'inscriptions. L'ouvrage entier remonte évidemment au commencement du règne de Darius, c'est-à-dire vers l'an 510, avant xcs guerres dans l'Inde et dans l'Europe. Le roi, accompagné de deux
ûo ETdBBS^
guerriers doQl l'un porle son arc et l'auli-e son javelot , apparaît, h couronne en lêle, les yeux levés vers une image céleste qu'on reconnaît êlre celle d'Auromaze , et foulant à ses pieds uo chef ennemi qui n'est autre que le mage rebelle. Eu face de lui neuf aulres chefs vaincus en Assyrie , en Médie el en Perse, désarmés, enchaînés, altendenl leur sentence. Les Perses portent la rob« bngoe. les Mèdes el les Assyriens la robe courte; le dernier, le chef des Saces ou Scythes d'Asie se distingue par un bonnet conique, encore usité chez les Tatares.
Au dessous des figures viennent les grandes inscriplions persanes reproduites dans les deux autres langues, et distribuées en vastes compartiments. Le premier commence par la formule royale énumérant les titres de Darius :
■ Je suis Darius, grand roi , roi des rois, roi de Perse, roi des provinces, fils d'Hystaspe, petit-fils d'Arsame, Achémenide.
■ Le roi Darius déclare : Mon père fut Hyslaspe, dont le père fut Arsame, dont le père fut Aryaramne, dont le père fut Teispès, dont le père fut Achémènes (').
c Pour cela nous nous appelons Acbémenides; dès longtemps nous sommes puissants, dès longtemps nous sommes la race royale.
« Huit de ma race ont déjà été rois, et moi je suis le neuvième; nous sommes doublement rois.
« C'est par la grâce d'Auromaze que je règne, Ânromaze m'a conféré l'empire. ■
Cet exorde, établissant si bien la descendance royale de Darius, s'accorde avec le texte d'Hérodote qui la déclare expressément , puisqu'il rcconnait Hystaspe comme parent de Cyrus, et qu'it montre dans un autre passage Xerxès rappelant avec orgueil sa double descendance d'Achéménes, et par Danos son père et par
[') Les noms persans de ces personnages sont Vistispa, ArsflnvA^ Arijar&mDa, Chaispit, HakhAinanis.
,,Goot^[c
sus MINIVE ET rKHSÉPOLlS. 57
Cyrus son prédécesseur (*}. Ce passage, loaglcmps controversé^ s'éclaircit loul nalurellemcnl par la suite de l'inscription même, d'où il ressort que deux branches collatérales descendirent des deux fila de l'Achémenide Téîspès : d'un côté Cambyse 1, Cyrus le Grand, Cambyse II, d'abord rois; de l'autre Aryaranme , Arsame, Hystaspe, Darius, d'abord princes, jusqu'à l'avènement du dernier qui énumère ainsi l'étendue de ses états :
( Le roi Darius déclare : Voici les provinces qui m'obéissenl et sar lesquelles je règne par la grâce d'Auromaze : la Perse, la Susiane, la Babylonie, l'Assyrie, l'Arabie, I^Egypte, les provinces marilimes, la Spartie, l'Ionie, l'Arménie, la Cappadoce, la Parihiéne, la Drangiane, l'Arie, la Chorasmie , la Bactriane, la Sogdiane, la Sacie, la Salagydie, l'Arachosie , la Macie; en loiit 25 provinces. •
Ce dénombrement de pays que Darius répèle deux fois encore, en l'ampliilant successivement sur sou palais dé Persépolis et son tombeau de Naksh-i-Rustan, nous rappelle ici les contrées déjà soumises par Cyras el Cambyse, et dont son seul avènement le rendit mattce, comme il le dit, par la fïtvenr céleste. Ce dénombrement tout ethnographique ne peut se comparer aux vingt satrapies que, selon Hérodote , il institua plus lard pour la perception des impôts '('). Quant aux noms persans de ces diverses contrées plus on moins connues dans l'histoire , ils correspondent sous leur forme spéciale aux noms adoptés par les Grecs , si ce n'est celui de Mndrâya, te Misraïm hébreu, appliqué à l'Egypte, el celai de Sparda ou Spartie, dont il est difficile de fixer le vrai sens, dans l'impossibilité où nous sommes de l'appliquer à Lacédémolie. Il désigne donc, soit la Lydie dont Sardes était la capitale, soit la Doride asiatique peuplée de colonies Spartiates, en opposition à l'Ionie peuplée de colonies athéniennes. It
0) Hérod. VII. 11, («} Hérod. m. 89 à 9a-
,,Goot^lc
&S ÉTU»K3
parait que les îles adjacentes étaient considérées comme deux autres provinces; ce qui, avec te nom de Médie, omis à dessein sur l'inscription sculptée au centre même de ce pays, compléterait le ■ Honibre vingt-trois énoncé au bas de la liste (').
Après avoir constaté la parfaite soumission de ces contrées, où il a maintenu ta jusUce el puni l'infidélilé, te royal tiistorîeu nous raconte les détails de son avènement :
* Le roi Darius déclare : Voici ce que j'ai fait avant d'être roi. Cambyse, fils de Cyrus, mon parent, régnait ici avant moi. It avait un frère nommé Berdis, frère de même père ot de même mère. Il ûl périr ce Berdis; mais te peuple ignorait qu'il fût mort. Cambyse étant parti pour t'Egypte, la nation devint infidèle; le mensonge se répandit partout, en Perse, en Médie, dans les autres provinces.
■ Il y eut alors un mage nommé Gomate qui s'éleva de Pisiovade dans la montagne d'Arakadre , le ii"" jour du mois de Vyakhne, disant faussement à chacun : Je suis Berdis, fiU de Cyrus, frère de Cambyse I Alors tout le royaume s'insurgea, et la Perse, la Hédie et les autres provinces passèrent à celui-ci, qui s'empara du trône le 9"* jour du mois de Garmapade. Alors Cambyse s'élant blessé mourut.
t Ce trône que le mage Gomale enleva à Cambyse , avait appartenu à noire race dès les temps reculés ; cependant il lui ravit toutes ses provinces et réussit à devenir roi. Il ne se trouva pas un homme, ni Perse, ni Mède, ni de notre famille qui osât reprendre le trône à ce mage ; chacun redoutait son audace. 11 aurait volontiers tué tous ceux qui avaieat connu l'ancien Berdis ; il les aurait tués en disant : ■ Osez dire que je ne suis pas Berdis , fils de Cyrus! > Personne n'eut le courage de te contredire; tous lui rendirent obéissance, jusqu'à ce que j'arrivasse. J'invoquai alors
(') Nous soumetloiia celte observalion à H. Oppert, dont lei correctioDf gèoênlement si heureuies nous paraissent ici trop hardies.
□ igitizedby VjOOQIC