‹ Études sur Ninive et PersépolisChapitre 4 sur 4 · SOR NIMVB ET PERSÉPOLIS · texte numérisé non relu

SOR NIMVB ET PERSÉPOLIS

AuromazCj el il me secourut. Le 10"' jour du mois de Bagayadc , accompagné de mes amis, j'immolai le mage Gomate el ses principaux partisans dans la forteresse de Sikiovate , au district de NiséeenMédie ; el par la grâce d'Âuromazeje devins roi.

■ Ainsi je recouvrai l'empire qu'il avait enlevé à notre race el le consolidai comme dans les anciens temps. Je rétablis les rites abolis par le mage; je rétablis les chants et le culte, et les rendis aux lieux qu'il en avait privés. Dans ta Perse, la Médie et dans toutes les provinces , re qu'il avait détruit fut réparé (*). »

On lit sur une autre labtelle ajoutée par le consciencieux monarque :

• Voici les noms des hommes qui seuls m'&ccompagnaienl quand je tuai Gomate le mage qui se faisait appeler Berdis ; voici quels furent mes seuls auxiliaires : Inlaplieme.... Otane....Gobryas■... Hydame.... Mcgabyse.... Aspatbine....

Ces noms , quoique mutilés par le temps , peuvenl encore éire reconnus à l'aide de la transcn'plion médique; et ainsi selrouve complétée celte page précieuse d'histoire ancienne, dans laquelle un événement célèbre est authenliquemenl raconté par celui même qui en fut le héros, un demi-siècle avant que le père de l'histoire l'eût consigné dans ses annales.

En comparant ces deux récits, l'un si nel, si précis, si ausière dans la proclamalion royale; l'autre si coloré, si dramatique dans la narration de l'historien , on les voit cependant s'accorder sur les circonstances principales , et le drame orné d'Hérodote reposer sur un fond réel. Les incidents qu'il a intercalés comme développements de son récit peuvent même être généralement vrais , quoique omis sur l'acte officiel. Et d'abord

0) Darius a laissé UDe autre preuve de sa politique réparatrice en Egypte, où il s'est Tait représenter dans le temple de l'oasis d'Amoa rendant , selon le culte égyptien, les honneurs Tunèbres k Cambyse.

il parlti (le deux mages dont l'un , appelé Piitizcillics, auiail excilû son jeune frère ù se présenter au peuple comme le vrui Smerdis ou Berdis, dont il porlail, dit-il, le nom. Justin, plus exucl sans l'être complcteinenl, donne au frère aitic le nom de Comclès ou Gomatèti, qui est eelui du prétendant lui-même, fl nous semble lout naturel d'admettre l'existence des deux frères (').

Les sept seigneurs persans conjurés sont les mêmes , et quelque opinion qu'on se fasse de leur délibération préliminaire, qui est moins une narration réelle qu'un brillant exercice oratoire , le rôle de Darius dans Hérodote est sans contredit le plus saillant. C'est lui qui > né de race royale , ramène ses collègues au princific inonarcliiquc , les entraîne par son énergie , commence l'attaque et l'acliève bcureusement en immolant lui-même le mage i^'). C'est doue lui qui, abstraction faite de l'étrange stratagème du cheval , vénéré chez les Perses comme emblème du soleil (ce qui rend la circonstance possible), avait réellement tous les droits à ce trône qu'il sut gagner et défendre avec gloire. On voit d'ailleurs que cette révolution fut non-seulement politique mais religieuse, el que l'autorité des mages , qui avaient captivé la foule en mêlant sans doute à leur culte primitif beaucoup de superstitions clialdcennes, fut désormais remplacée par celle du roi , réformateur de la religiotn, interprète sévère des dogmes du Zoroastre , grand pontife comme il se peint lui-même sur les colonnades de ses temples , immolant pour lout son peuple lu victime propitiatoire. Mais, avant d'atteindre ce but, Darius eut, encore bien des luttes à soutenir. ^

C'est ce qu'il raconte dans les compartiments dont se composent les inscriptions suivantes, énumérant successivement les révoltes de neuf compétiteurs qui s'élevèrent deux fois en Susianc , deux fois en Babylonie ; puis enMédic, eu Perse, en partie, eu

C>) Uérod. m. 61 ; Justin I. 9. i») Hirod. III. 70 à 88.

SUR inNlVR ET PERSÉPOLIS. fit

Margianc, en Sacie. Il cile les uoms réels et les noms usurpés de ces chefs revendiquant le pouvoir en verla de prétendus ancélrcs. Il précise les lieux cl lesdates, les combatsiivréssoit par lui-même, soit par ses généraux fidèles, et toujours suivis de prompts succès, si ce n'esl dans la guerre de Médie qui lui coûta de pénibles efforts. Il insiste moins sur la guerre de Babylone , si dramatique dans Hérodote ; car , dans celle proclamation royale que chacun pouvait contrôler, puisqu'elle était énoncée en trois langues et s'adressait aux vaincus comme aux vainqueurs , rcgne partout un ton d'austérité et de simplicité remarquable. La gloire du souverain victorieux qui reconnaît tous les loyaux services, en même temps qu'il flétrit et punit l'imposture, ressort des faits euxmêmes fidèlement racontés et dégagés de ces pompeux éloges que se donnaient avec tant de complaisance des antiques despotes de l'Orient. D'ailleurs sa piété reconnaissante Tait tout remonter à Auromaze , à la source de justice et de lumière , qu'il prend solennellement à témoin de la véracité de son récit.

Ne pouvant nous étendre ici sur cette relation intéressante qui dépasserait les bornes de ce Mémoire , nous n'en donnerons que le résumé inscrit sur les tablettes spéciales ciselées au dessus des figures dont se compose le grand bas-relief. La première, celle du nù , offre la répétition des litres énoncés en tète de l'inscription principale ; les autres contiennent et les noms véritables et les noms supposés des chefs vaincus et tués , noms d'autant plus curieux qu'ils confirment ceux de rois mentionnés ailleurs dans l'histoire.

Gomate le mage qui mentit en disant : je suis Berdis , fils de Cyms, je suis le roil

Atrine qui mentit en disant : je suis roi de Susiane !

Naditabire qui mentit en disant : je suis Nabokhadraçar , fils de Nabonit , je sois roi de Babylone t

Pbraortès qui mentit en disant : je suis Xalhrite , parent de Cyaxare , je suis roi de Médie I

DigmzedbyCbtiglc

G3 trODBS

Hartis qat idcdUI en disanl : je suis Uouid^ , roi de SosiaDe !

Chilratakhme qui tnealit en disaol : je suis roi de Sagartie, parent de Cyaxare.

Veisdate qui mentit en disant : je suisBerdis, filsdeCynis, je suis le roi ! '■

Arakbe qui mentit en disant: je suis Nabokhadraçar , fils de Nabonit , je sais roi de Babylone,

Ptirade qui roenUl en disant : je suis roi de Hargiane I

Sarokhe le Sace.

Passons maintenant it Pereépolis, et voyons-y Darius dans loul l'éclal de sa puissance , présidant à la eonslmclion et à rcmbellissement de ces palais superbes qui deraient associer son nom aux splendeurs des pompes religieuses. C'est oi effet le roipontife invoquant Auromaze pour son peuple ou immolant le génie du mal, figurer par le lion fantastique , qui apparaU sur tous ces portiques et parle dans toutes ces inscriptions, dont les formules souvent répétées nous dispensent d'une longue analyse.

Sur la porte principale du palais se trouve inscrit le nom du fondateur.

• Darius, grand roi, roi des rois, roi des provinces, fils d'Hystaspe , Achémenide , a construit ce palais. >

Au milieu de la grande plate-forme se déploie , sous le titre royal , une nouvelle énamération de provinces qui se rapporte sans doute à Tan 500 , au milieu du règne de Darius , après son expédition dans l'Inde, avant celles de Scylhie et de Grèce. On y remarque des noms nouveaux que nous retrouverons plus tard augmentés etétendua encore dans celle qui surmonte son tombeau. Sur l'autre face se lisent les mots suivante, où respire sa prédilection pour la Perse, centre de ses états, patrie de ses ancêtres :

f Le grand Auromaze, le plus puissant des dieux, adonné à Darius la dignité royale et a affermi son pouvoir.

* Cette province de Perse, si belle, si rictie en chevaux» si

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riche en hommes, grâce an grand Auromaze ei aa roi Oai'ius, elle n'a rien à craindre des ennemis.

« Qù'Auromaze el les dieux tulélaires daignent m'aecorderleur assistance, et prëserrer celle province de Perse de toute discorde, de tout oDlrage, de toat mensonge ! >

Une antre invocation au dieu suprême a été gravée par le même prince sur la colline d'Alwaad en Médie.

Enfin voici l'inscription remarquable que Darius fil tracer avant sa morl , au milieu des sépulcres royaux du rocher de Naksh-i-Ruslan , dans la plaine de Persépolis :

a Le grand dieu Auromaze a créé cette terre , a créé ce ciel , a créé les mortels, a fixé le sort des mortels. Il a fait de Darius le roi des peuples el le législateur des peuples.

c Je suis Danus, grand roi, roi des rois, roi de provinces populeuses , souverain de celte vaste terre, fils d'Hyslaspe, Achémenide , Perse el fils de Perse , Arien et de race arienne.

■ Par la grâce d'Auromaxe , j'ai acquis, outre la Perse , ces provinces que j'ai gonveroées, qui m'ont payé tribut, qui tml exécuté mes ordres, et ont joui de mes dons : la Médie, la Stisiaoe, la Parlhiène , l'Arie , la Baclriane , la Sogdiaoe , la Qiorasmie , la Drangîane , l'Arachosie , la Satagydie , la Gandarie, l'Inde, les Saces de l'Himaval, les Saces du Tigre, la Babylonie, l'Assyrie , l'Arabie, l'Egypte, l'Arménie, la Cappadoce, la Spartie, Tlonie, les Saces d'oatre-mer : Scudres, Ioniens, Tacabares, Putiens, Kusîens, Hadayes , Grecs ('). >

ArrètonS'nouB d'abord au début de ce document si curieux, dernière prochimation de Darius à ses peuples , tracée probable-

(*] Nous ^terooa ici pour plua d'exactitude les nom» pensna du teita mAïue : PAna , MAda , UTaja , Parlhva , Hariva , BAktfaaris , Sugda, UTftraunis,Zaraka,IIarau'vaUs,ThBlagui , GadAra , Hidus, SakJi HurnavadA , SaU TigrakhudA, BAblrui , AthurA , ArabAya, MudrAya , Anniaa , Katapatuka y Sparda, Yuna, SakA tyaiya parAdaraya : Skudra, YuaA.TakabarA, PotiyA, KuiiyA, MAdaiyA, KrakA.

ment vers l'an i90, à l'apogée de celle puissance qui devait ai rapidement décliner. L'exorde grave et sohninel peint en traits imposants le pouvoir d'Auromaze, en même temps qu'il reOète* sur Darius quelque chose de la majesté divine. C'est bien là le roi médiateur qui apparaît dans d'autres sculptures offrant le sacri- Gce au nom de tout l'empire sur l'autel dont le feu ne doit jamais s'éteindre. Darius proclame sa descendance royale , son origine persane et arienne ; souvenir précieux de ce pays d'Ane , d'Iran, de Hérat actuel , pairie commune des Perses et des Indiens , qui tous deux s'appellent arya, âpiiot (excetlenis, dans tes deux idiomes). Puis il constate une dernière fois l'immense étendue des étals qu'il a ou reçus ou conquis. Trente pays apparaissent ici, dont huit ou dix étrangers il la liste inscrite sur le rocher de Baghistan , et ajoutés conaéquemment par une soumission entière ou partielle au vaste empire de Cyrus et de Cambyse sons leur illustre successeur. Nous voyons d'abord la Gandarie et l'Inde . c'esl-à-dire la vallée du haut et bas Indus , dont la conquête esi attestée par Hérodote; puis les Saces ou Scythes -d'Asie de race talare, orientaux et occidentjiux. Puis viennent les Saces ou Scythes d'outre-mer, nom sous lequel les Perses conrondirenl tous les peuples lointains qu'ils appelaient barbares , savoir : les Ioniens insolaires , de l'antique famille de lavan ; les Seudres («xvôm) , les Tacabares (toÇwpopoi) , qu'il faut chercher aux confins de la Thrace; les Puliens et les Kusiens, d'origine africaine d'après les noms bibliques de Phnl et de Chus , hypothèse que conârme d'ailleurs l'invasion faite en Afrique par un des lieutenants de Darius ('). Enfin les deux derniers peuples rappellent des expéditions malheureuses , commencées toutefois avec quelque succès ; car nous n'hésitons pas à recoonatlre , dans les Madayes issus dc'Madaï, les Sarmates de l'Europe orientale, dont

(') Hérod. IV. 168.

SDl HIRIfB TT PBBSâPOLIS. (£

quelqiHis-ans sans doale, da fond de leurs déserts, reodireni hommage au roi cpie leur fuile allail vaincre ; ei dus les Krakas , les rpoixai , Grecs du nord , Pelages de Macédoine , réetleraent tribnlaires de la saxeraÎDeté persaoe à l'époqae de la bataille de Haralboo (').

Ce D'est dooc pas sans vérité qae Darius a pn tracer, peu avant 6a mort , même après la victoire des Hellènes , cet imposant tableau de sa puissance; et c'est avec an juste orj;aeil et une eontiaQee bien excusable qu'il a pu ajouter , en parlant k ses sujets et à ses descendants :

a Anromaze m'a accordé celte terre ; il m'm a fait roi , Je Tai consolidée. Si chacna observe les lois que j'ai établies , la tranqoilLilé régnera dans le pays qu'a possédé le roi Darius. Elle le sera assurée , ô cbef de la nation persane , et tu jouiras de la suprématie; elle te sera assurée, ô nation persane, et tu donneras à ton cbef le bonheur.

■ Tout a été fait par la grâce d'Auromaze ; c'est lui qui m'a soutenu dans l'acoomplissement de mon œuvre. Qu'il daigne encore nie protéger, ainsi que ma maison et ce pays I peuple, que la doctrine sainte, qui t'a été rendue, ne disparaisse pins ; la loi pure que tu as reçue , ne l'oublie pas , ne la transgresse jamais 1 >

(!) Il est curieux da ratronrer, parmi lea peuples soumis à Darius* 1m Boaas de cw races primitiTes qui remontent aux patriarches bibliques et qui sont également inscrites sur les trophées des Pharaons. On peut aussi comparer k cette nomeaclature ÎDstrucUve la liste beaucoup plus aucienue des nations déclarées infidèles par les sectateurs de Brabma. Elles étaient au nombre de douie , parmi lesquelles on remarque , wlon l'orthographe sanscrite , lei Tkvauas, les Çakai, les Paradas « les Pablavas, probaUeraent les loaien», lesSaoes, lesPwses, les Partbes, àcdti des Kâmbojasou Camboges , de* Tefalnaa ou Chinois , et d'autres peuples moins connus (LoU deMaons, X. 4«.)

C6 ' ÉTCDKS

il noos semble impossible de ne pas vénérer le monarque qui H teiia ce langage; cl, si nous ne pouvons reconàailre dans Darius, dans ce législateur rigide qu'aveuglèrent trop souveal les passions, un type de perfection royale, un Aifred-le-Grand ou un Saint-Louis, it n'en est pas moins vrai que sa piété , son courage , sa justice , sa haute intelligence en font un des souverains les plus nobles , les plus illustres des anciens temps, le digne saccessear de Gyros, te digne antagoniste des héros de la Grhee.

Son flis Khsayèrsi , Xerxès, fut loin de l'égaler, comme le prouvent les actes de son règne désastreux. Gardons-nous toul^is de lui attribuer tontes tes folies cruelles dont l'aecuseal des ennemis qu'il menaçait d'une catastrophe dont n'a pu les sauver qu'un sublime désespoir. A défaut de grandes qualités, il apprécia du moins celles de son père , envers lequel il consacra partout l'expression de sa piété filiale. C'est ce qui ressort des inscriptions qu'on lit sur tous les monuments commencés par Darius et continués par Xerxis, ^ Alwand en Médie, à Van en Arménie, et surtout à Persépolis, qu'il orna de oooslnictions nouvelles, comme le prouve , entre autres, cette légende écrite vers 480 , alors que , vainqueur de l'Egypte , il préparait son expédition de Grèce :

■ Le grand dieu Auromaze a créé cette terre , a créé le ciel , a créé les mortels, a fixé le sort des mortels. Il a fait de Xerxès le roi des peuples et te législateur des peuples.

< Je suis Xerxès , grand roi , roi des rois , roi dé iHVTÎnces populeuses, souverain de celle vaste terre , fils de Darius , Achémenide.

( Par la grâce d'Auromaze le roi .mon père a construit ce palais. Qu'Auromaze et les dicui daignent protéger mes ceuvres et les OMivres de mon père Darius I •

Après la défaite de Salamine , où disparut son innombrable armée, la voix de Xerxès dul se lairc, et bientôt lai-raéme succomba; mais on doit s'étonner que ses successeurs plus

SUR MIHIVB ET PEBSÉrOllS. fi7

heureux , Arlaxerxc I , Darius 11 , Arlaxerxe II, n'aient laissé à Persépolis aucun souvenir de leurs longs règnes. Ce silence ne peut s'expliquer que par la conslruelion d'autres palais, résidene» nouvelles de ces rois, soit à Slise, soit à Ecbalane, dont les ruines encore inexplorées laissent une grande lacune dans l'histoire. Ce D'est en effet que. vers ^50, sous le règne du sanguinaire ArlaklisatràlH» connu sous ienom d'Artaxerxe Ochus, que l'écriture cunéiforme reparaît soos ces portiques déserts, où ce prince, bourreau de sa famille, semble avoir voulu consigner des droits qu'il De devait qu'au meurtre de ses frères , en traçant pompeusemenlsa généalogie royale :

« Voici ce que déclare Arlaxeqie, grand roi, roi des rois, roi des province», roi decetle terre. Je suis fils du roi Artaxerxe, fils du roi Darius, fils du roi Artaxerxe, fils du roi Xerxès , fils du roi Darius , fil» d'Hyslaspe , fils d'Arsame , Adiémeoide.

* J'ai fait élever pour moi cet édifice. Que les dieux Auromaze et Mithra me. prot^cnl ,. ainsi. q,ue celle province et tout ce que i'ai fait ! ■

C'est par cette liste concise unis aullieutique des rois do Perse, confirmation irrécusable de la clironologie des Grecs, que se terminent les inscriptions cunéiformes, auxquelles ne put rien ajouter le règne infortuné de Darius (II, suivi, après Arbetlœ, d'an immense cataclysme et, d'une iransfurmalion totale de l'aotique génie oriental sous te sceptre victorieux d'Alexandre. Arrètons-Dous donc ici pour signaler en peu de mots la forme originale de l'alpbabet, du vocabulaire et de la grammaire de l'idiome parse, reconstruit et comme ressuscité au souffle de la science moderne. L'alpbabet , dont la fin de ce Mémoire offre ta représentation graphique, contient une quarantaine de signes formés par la combinaison diverse des flèches ou coins auxquels il doit 80» nom. Mais, en considérant la valeur de chaque Icllre telle qu'elle a été déterminée par MM. Lasscn et Rawlinson , on voit qu'avec les (rois signes a, i , u, qui résument toute la

6È ÊTDDE»

vocnlitë, les consonnes, écrites différcmmenl selon fes ToyeUes qai les snivent, ne consUtuent réeUement qne S6 lettres de Tsieur et d'inlonalion distinctes, savoir : les liquides y* v; les gatinrales k, kh, g, -q; les palatales eh, j; les dentales t, ih, d, I' ou ir; les labiales p, f,b\ les nasales a, n, m\ les sifflantes s' oa sA, t, z, h; la linguale -r (à rexclunon de/)» et enfin le trait final qui sépaM loua ks mots persans. Celle simplicité dans les sons, malgré la nnllipticité des signes, simplifié qui très-probablement se rctroovailiAiez les Assyriens et chez les Hëdes, rapprocherait d« l'alpbabet bébrea cette antique écriture des Perses, si la simiNtnded'origioe, depronondation et de fleiions ne U OMllait en contact plus direct avec celles du zmde et du sanscrit, d«Di Hiarmonieuse exabérance ^nele un travail plas subtil. Qu'on les oonpan » et au preamer coup-d'ceil on verra quelles nuances d^ifcates, anarquées eha les Indiens » ont échappé anx Perses, et , par one conséquence nécessaire , quelles mutations de sons el de lettres une foule de mots ont dû subir en passant d'une nation à l'ealre. C'est sur celte comparaison attentive qne repose toute l'étymologie , non-seulemenl du sanscrit, du zende et du pai-se, mais du grée, du latin , du golhiqne, du slavon, et de toutes les tangues de même famille (*).

Ces principes ressorlent natiirellemenl du simple aspect des noms de chefs rebelles el de provinces soumises que nous avons transcrits et traduits d'après les inscriptions des rois de Perse. Les noms de ces rois eai-mèmes rods en fournissenl une preuve nouveltc, dont l'intérêt est rehaussé encore par leur sens

(') San) pouvoir entrer ici dsos Im déUib noua reaurqueron* seulflmeat que la voyelle a braf est virtuellenieiit inlièrente à toute consoDoe; que h^ th,k au paraa remplacent louTeat « ou f ea sanicrit; que dowj le met pour h^ xpour/, nt//' pour pr; que l'assonance nasale se supprime devant les consonnes; et que, par une trant- (srmation bizarre, la syllabe uv s'aspire comme ke lende ou «o iadlen-.

SDR VINITB XT peBSÉPOUS. €9

étymologique. Ainsi Acliëmènes, Hakhàmanis, parait signifier en sanscrit takhâ-mawUj eœar amical ; Cyras, Karua, tire son nom du soleil (en zende khursh , en sanscrit çûra» ou titras) nom glorieux pr^it par les prophètes (*). Cambyse, Kabojiya, est le bien-aimé (sanscrit Hmo-iAu/J; Berdïs, Bardiya/l'érainent (s. harhya»); Hyslaspe^Vistàspa, le noble coursier (s. viêth'âçoat)', Darius, Dàrayavas, le dominaleur (s. dkârayan) {*). Xeraés, Khsayjirsà, est le sage de la terre (s. kaaj^arns) ; Artaxerxe , Arlakhsatr& , le roi parfait ( arlkyo-ktatnu ). Cette dernière élymologie explique aussi le mol khtâyathiya, roi, si fréquent sur les légendes persanes, ^n'il a beureotement servi à éclaîrcir en rappelant le type du chef indien ; de sorte que la célèbre inscriplioD de Cyrus : Adam Kurût K/tMdyathiya H*khdmaniiya, se traduirait littéralement en sanscrit et même en grec; ^ham Çvms Ktatriyat Sakkàmanityat : K-^tov K.upo; x-nan^i

Le vocabulaire parse, tel qu'il ressort des textes restreints qui survivent, est en «fféi intimement lié au vocabulaire indoeuropéen, légèrement entremêlé d'iiébreu, comme le prouvent d'une manière évidente les pronoms, les préfixes, les noms et les verbes, dans leurs racines et dans leurs dérivés, dans leur forme simple et composée. Nous comparerons seulement , poar etemple, au sanscrit, au latin el au gno, selon leur orthograplio spéciale , les pronoms personnels : a«f«»i, 7nà (aAam, ma; if m, (l% ego, me) ; luoamt thuvà {toam , tvâ ; tu, n, lu, te) ; les pronoms démonstratif : iyam, iyâm, \m (fiyam, iyam, idam ; i», ea, td) ; hya, ftyé, iya (sa, sa, lad; i, i, -n) ; les préfixes ; aoa {npa,im,ah'); ham{sam, ts-n, cam); fra(pra, tcfù, prœ) i para (;wwd, . Tapa, per).

La déclinaison, non moins rap^-^rocbée malgré sa pliysiono-

(■) EMie , 15 : Korei a wu electut, (*J Hérodote : ^ofuct i I^imu-

7d ÈruDRS

mîc spéciale, offre au nondnalir masculin la finale a, sans assonance siRlanie comme en zende, au féminin â long , au neutre am. L'assonance nasale réparait aux accusatifs des trots genres, cl les autres cas ne sont tous que des modifications du sanscrit. Quaiil au type de la conjugaison , il se trouve tout entier dans le verbe substantif : amiya, aliya, agliya, amahya, ahatâ, hatiya (atmi, asi, agit, smat, stha, sanli; ifi^i, isoi, è<iti, èaj^cv, h-a, èvti-, sam, et, est, sumus, eatis, sunt). Les rapports avec le persan moderne, avec l6 gothique , le ludesqnc, le slavon, sont souvent plus intimes encore. Mais ce serait dépasser les bornes de ce Hé" moire que de citer les preuves qui surabondent (*).

Ce rapide aperçu suffira pour prouver que les Perses, éclipr ses par les Grecs dans les arts de la paix et de la guerre, avaient clé , comme les Indiens , comme les peuples de Phrygie et de Thrace , les prédécesseurs de naissance , de langage , de civilisalien de ces fiers et brillants vainqueurs qui les fiétrirenl du nom de barbares.

C'est ainsi que se révèle à nous une phase historique inconnue; que, du milieu de ses ruines imposantes, l'Orienl surgît après un longsommeil, pour retracer dans son style lapidaire les grandes pensées de nos ancêtres, pour renouer la série des siècles, par celle des inventions humaines- et des révolutions des empires. C'est ainsi que, par une transmission féconde, par le vivant contact du langage cl des mœurs, la Perse se rattache à la Hédie ei à l'Inde ; celles-ci à l'Assyrie et à l'Egypte, ces antiques stations des Hébreux. 11 semble qu'un charme irrésistible ramène vers ces études curieuses par lesquelles l'humaniié retrouve, pour ainsi

(•) Nous signalerons seulement quelques moU persans conir posés, remarquables par leur pbysionomie toute hellénique : wati>a riche en chevaux (•ùinnof); umarliya, riche en hunimes(iûGpcT84); h tmxpittl, de mëmB père (âjisiraTup); hanmaiâ, de même mère ('>°i"i">i>}; upattâ , soutien (ûnuriai;); framàai, précepte ("?«im-'Joiî); parikaguy euvtronnaat (':*;>/.'?'''0 i paraiana, populeux {ini-a-nm).

StFK MNIVS ET PERSÉPOLIS. 7.1

dire, ses lettres de aoblesse, lettres écrites en signes indestructibles sur les palais, les tombenux et les temples, sur la cime des rochers» dans le sein des montagnes, de l'Océan Indien à l'Atlantique, et que sans doute sanctionneront encore tes mystérieuses légendes du Sinaï {*).

Privilège heureux de noire siècle, trop loué et trop décrié, mais marqué d'un caractère unique dans les fastes des destinées humaines I Grâce à ses audacieuses recherches, à ses explorations infatigables, à ses prodigieuses déeouverles, le passé s'agrandit à nos yeux dans la même proportion que l'avenir, et les deux liorizons s'harmonisent dans une unité merveilleuse. La grandeur du Dieu tout-puissant, qui resplendit sur l'univers, n'apparaît nulle part pins frappante que dans la force intellecluelle de l'homme, dont elle est l'intarissable source; etquel siècle, malgré nos écarts, a mieux pu apprécier cette grandeur? Si, dans une solennité récente k laquelle furent conviés tous les peuples, immense et glorieux concours de l'industrie, des sciences et des arts, chaque àme pieuse aimait à s'unir aux sons de ces orgues sonores qui célébraient l'Auteur de tout progrès, dispensateur des bienfaits de l'avenir, une autre voix, non moins puissante, s'exhale pour les esprits sérieux des muets monuments du passé. Elle nous enseigne par quelle route merveilleuse, parsemée d'ombres et de lumières, le Créateur a conduit chaque nation vers le but de sa mission terrestre ; elle réfute le désolant système d'une longue barbarie primitive, négation de la Providence, pour nous montrer l'humanilé pourvue dès son berceau de l'instinct du progrès, d'une sainte aspiration vers ce qui est juste et beau. Ainsi , franchissant rapidement les phases diverses d'une épreuve salutaire , l'homme a pu exercer son empire sur la nature brute et

(') On sait que des ïnicripUona nombreuias découvertes daaa les vallëflfl 4u Sinaî, et soamîses maintenant à une étude spéciale , paraissent remonter psr leur antiquité et par leur sens à l'époque biblique de Moïse.

72 lËTOMS set mitlTB ET tERiitOLIt

rebellé'; aïasi le feo sacré» «ravent voilée jamais éteii>l> i pass^j i travers tes Ages , de pays en pays , de aalion en naUoii , du centre de l'Asie aux confins de fAfriqae, da midi de r&arope k sa surface entière; aian ravivé de dos jours au souffle bienraisanl dn Christianisme, il rayonae à travers le monde, en Amërique , en Australie, prêt à réaliser en tous lieux cette dispensalioD patemeltc qui , par ane lutte incessante et féconde de la vertu contra le vice, de la vérité contre l'erreur, prépare tous les fils de la terre aux magnifiques révélations du ci^.

ALPHABET PERSÉPOLITAIN .

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D (ti)

Tt

D (fu)

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y ( + a.i.fl

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