X AVANT-PROPOS
rempli tonte sa destinée. Avec les mathématiques et la physique, il ne savait guère qu'un peu de théologie, et il avait à peine traversé quelques sociétés d'élite. Oui, Pascal a passé vite sur la terre, mais pendant cette courte apparition il a entrevu la beauté parfaite, il s'y est attaché de toutes les puissances de son esprit et de son cœur, et il n'a rien laissé sortir de ses mains qui n'en portât la vive marque. Telle était en lui la passion de la perfection que, selon une tradition irrécusable, il refit treize fois la dix -septième Provinciale. Les Pensées ne sont que des fragments du grand ouvrage sur lequel il consuma les dernières années de sa vie ; mais ces fragments présentent quelquefois une beauté si accomplie, qu'on ne sait en vérité qu'y admirer davantage ou la grandeur et la vigueur des sentiments et des idées, ou la délicatesse et la profondeur de l'art. Touché depuis longtemps d'un tendre et douloureux intérêt pour ces pages mystérieuses, et sachant que le manuscrit original, autrefois déposé àl'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, était aujourd'hui conservé à la bibliothèque de la rue de Richelieu , un jour nous nous avisâmes d'aller voir enfin ce précieux et vénérable monument qu'aucun des nombreux éditeurs des Pensées n'avait encore eu la curiosité de consulter ; et quel ne fut pas notre étonnement lorsqu'à la première et la plus superficielle lecture, nous reconnûmes à quel point Pascal était différent de lui-même dans le manuscrit tracé de sa propre main et dans les éditions de Bossut et de Port-Royal ! C'est ainsi que nous avons été con-
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doit au travail sérieux et approfondi qui nous a coûté, a est vrai, bien des peines et des veilles, mais que nous ne regrettons pas, puisque nous lui devons une connaissance tout autrement intime de Tâme et du génie de Pascal, la restitution d'un texte immortel , et la découverte inattendue de pages nouvelles, dignes d'avoir une place parmi les plus belles de la langue française.
Qu'il nous soit permis de le dire : grâce au Rapport à r Académie française et aux diverses publications qui l'accompagnent et le développent, la critique de Pascal a été presque renouvelée, et un premier pas a été fait dans une carrière modeste mais utile, où nous convions de toutes nos forces les jeunes maîtres de l'Université, celle de la critique et de la philologie transportée des modèles de l'antiquité aux modèles au moins égaux qu'a produits la France.
Nous ne terminerons pas cet Avant-propos sans rappeler que la cause de la langue et de la littérature nationale ne nous a point fait oublier une autre cause, plus grande encore et plus sainte, qui, -pour ne pas paraître ici sur le premier plan, n'en est pas moins partout présente, partout défendue et servie avec la iSdélité d'un dévouement inébranlable. Déjà, dans les anciennes éditions des Pensées^ nous avions autrefois ' senti le scepticisme de Pascal à travers les cor-
1. Voyez nos Leçons de 1829, Esquisse d'ors histoub GiKiRALB db LA PBiLosorHiB, leç. xu.