‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 101 sur 139 · Globe. — Cf. s, 164 ; G, 131 ; L, I · texte numérisé non relu

Globe. — Cf. s, 164 ; G, 131 ; L, I

3. S, 164 ; G, 131 ; L, 1, 228. — A partir de 1843, Sainte-Beuv* s'est aperçu de la répétition et a cru pouvoir Texcuser par un « on Ta dit » : « Après avoir rimé, on Va dit, etc. »

Mais ce qui nous intéresse ici bien plus que les modifications mômes, c'est l'esprit dans lequel elles sont faites.

Nous savons à l'avance quel il est. Dès sa préface, Sainte-Beuve a eu soin de nous en prévenir. Il annonce qu'il mêlera aux débats littéraires du XVI* siècle les débats littéraires du xix% c'est-à-dire la question du classicisme et du romantisme; et il laisse clairement entendre qu'il prendra parti pour la doctrine nouvelle. Nul de ses lecteurs de 1828 ne s'y est mépris. Le Globe du 19 juillet désignait déjà Tauteur du Tableau comme : « un critique ami de ce qu'on appelle le romantisme » ; et le 5 novembre, Rémusat y signalait encore ce caractère de son ouvrage : « C'est en songeant à son siècle que M. Sainte-Beuve a entrepris de visiter les ruines du xvl^ 11 a fait comme ces publicistes qui aiment à retrouver dans nos antiques lois, dans nos codes oubliés, les germes de nos constitutions politiques. 11 a voulu voir si, maintenant qu'il est tant question do reconstituer la littérature et, comme le Gouvernement, de la rendre libre et nationale, il ne découvrirait pas dans ses origines des titres et des autorités : pour lui frayer une nouvelle route, il Ta ramenée à son point de départ. »

Rien ne démontre mieux les intentions de Sainte- Beuve que les changements apportés au texte du Globe dans cette première édition en volumes.

Et d'abord, dès le début, plus de protestation contre la brusque interruption du « développement naturel et lent de notre vieille littérature gauloise ». Maintenant que Sainte-Beuve appartient à un parti révolutionnaire, qui entend accréditer des innovations non moins brusques, il supprime et la note et le blâme qu'elle impliquait. Il supprime aussi tous les ressouvenirs de Boileau et ces appels indirects à son autorité, par lesquels s'ouvrait autrefois le Tableau. Dans le livre, un exorde purement historique et d'allure impartiale introduit Charles d'Orléans et Villon, les naturels précurseurs du xvf siècle.

Le commencement de l'ouvrage ne présente pas beaucoup de modifications inspirées par des raisons de doctrine. Sur Charles d'Orléans et Villon, Clément Marot, Marguerite de Navarre et Saint- Gelais, Sainte-Beuve maintient tout ce qu'il avait dit * . Leur libre allure et leur naïveté, les emprunts que certains d'entre eux ont fait à des littératures étrangères ne pouvaient qu'être favorables au romantisme. En même temps les hautes qualités qui leur manquent, la profondeur et la noblesse

1. 11 cite en plus plusieurs pièces de Charles d'Orléans, et notamment des vers « dont seraient fiers et heureux nos plus charmants poètes » (Reproduit sans modification, cf. L, 1, 18 ^qq.). — Il multiplie aussi les citations de Villon (Cf. L, 1, 22 n. 1 et 29, n. 1), de Marot (Cf. L 1, 47 n. 1, 48 n. 1, 49 n. l, 52 n. 1,53 n. 1 etc.), de Saint- Gellais (Cf. L, 63-64, 66-67).

absente de leurs divers écrits, pouvaient en partie justifier le coup d'éclat de la Pléiade, avec laquelle se solidarisaient volontiers les romantiques.

Mais, dès que l'auteur a enfin abordé du Bellay et la Défense et Illustration de la langue française^ les corrections, les additions se multiplient. Il montre maintenant de Tindulgence, voire de l'enthousiasme, pour les poètes du xvi* siècle, qu'il critiquait naguère. Il cherche à introduire les noms des poètes du xix® siècle, qu'il aime maintenant, et saisit toutes les occasions de leur accorder des louanges. 11 avait, en quelques mots très brefs et assez secs, caractérisé l'œuvre lyrique de du Bellay:

Du Bellay a composé des odes où se rencontrent quelques strophes d'un ton soutenu.

Dans plusieurs Epitres au roi, dans V Hymne à la surdité et le Poète courtisan^ il manie l'hexamètre avec aisance et gravité. Ses Jeux rustiques renferment quelques petites pièces pleines de grâce et de douceur ^

Maintenant il corrige :

Du Bellay a composé des poésies lyriques où se rencontrent beaucoup de strophes d'un ton élevé et soutenu 2....

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