Globe, 20 septembre
Dans la suite, au lieu d'énumérer simplement les titres de ces pièces, il cite* avec complaisance les poèmes eux-mêmes ; en les citant, il a soin de mettre en lumière les ressemblances qu'il trouve entre elles et les œuvres des poètes modernes, Lamartine ou Victor Hugo:
Dans l'ode à deux demoiselles, lorsque, après avoir célébré leurs beautés^ il les engage à fuir les façons cruelles et à laisser conduire leur nef au port de Vhyménée^ on croît entendre le poète moderne qui montre à sa hien-aimée le golfe chéri,,.
et
Victor Hugo n'a pu trouver y pour la charmante ballade de Trilby^ de plus sémillante épigraphe que cette chanson de du Bellay 2...
Jadis il notait, sans plus s'y arrêter, que du Bellay avait fait des chansons comparables à celles de Marot. Maintenant il ajoute (et l'intention qui lui a dicté ces lignes est évidente):
On y est frappé, entre autres mérites, de la libre allure et en quelque sorte de la fluidité courante de la phrase poétique, qui se déroule et
serpente sans effort à travers les sinuosités de la rime^
Enfin et surtout il intercale entre ses citations un long développement tout à Téloge des réformes métriques de l'école romantique.
Dans plusieurs épîtres de du Bellay, dans VHymne à la surdité et le Poète courtisan, Talexandrin est manié avec la gfravité et surtout l'aisance qu'il avait durant ces premiers temps de rénovation. Malherbe ne lui avait /)<2^ encore imposé, comme loi de sa marche, le double repos invariable du milieu et de la fin du vers. Si le mouvement de la pensée était plus fort, la césure^ obéissante et mobile, se déplaçait ; et^ bien qu'elle ne disparût jamais complètement après le premier hémistiche, elle ne faisait dans ce cas qu'y glisser en courant, y laisser un vestige d'ellemême, et s'en allait tomber et peser ailleurs, selon les inflexions du sens et du sentiment. La rime aussi, au lieu d'être un signal d'arrêt et de sonner la halte, intervenait souvent dans le cours d'un sens à peine commencé, et alors, loin de l'interrompre, l'accélérait plutôt en l'accompag'nant .d'un son large et plein. Cet alexandrin primitif, à la césure variable, au libre enjambement, à la rime riche, qui fut d'habitude celui de du Bellay, de Ronsard, de d'Aubigné, de Régnier, celui de Molière dans ses comédies en
vers, et de Racine dans ses Plaideurs^ que Malherbe et Boileau eurent le tort de mal comprendre et de toujours combattre, qu'André Chénier, à la fin du dernier siècle, recréa avec une incroyable audace et un bonheur inouï :
cet alexandrin est le même que la jeune école de poésie ajjectionne et cultive, et que tout récem,m,ent Victor Hugo, par son Cromwell, Emile Deschamps et Alfred Devigny par leur traduction en vers de Roméo et Juliette, ont réintroduit dans le style dramatique. Nos vieux poètes ne s'en sont guère servis que pour l'épître et la satire, mais ils en ont connu les ressources infinies et saisi toutes les beautés franches. On est heureux^ en les lisant, devoir à chaque pas se confirmer victorieusement une tentative d'hier, et de la trouver si évidemment conforme à Vesprit et aux origines de notre versification'^,
La profession de foi romantique, on le voit, ne saurait être plus nette.
Sainte-Beuve avait fait des critiques assez dures à Ronsard ; il les atténue singulièrement, pour ne mettre en lumière que l'éloge. Que l'on compare les deux passages.
Globe, 13 octobre 1827
Nous n'analyserons pas les ouvrages de Ronsard : com-
S. 2 93 Mais sans rechercher ce quj aurait pu arriver, en des con-
1. S, 77. — Reproduit avec quelques changements dans les éditions ultérieures, G, 60 ; L, I, 105.