‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 13 sur 139 · Histoire des Idées littéraires^}^ v-viii · texte numérisé non relu

Histoire des Idées littéraires^}^ v-viii

et dès lors chacun avait repris son indépendance. 11 n'y avait plus de centre poétique, plus d'école. Victor Hugo, dans sa puissance orgueilleuse, continuait son œuvre ; mais il affectait toujours d'être supérieur aux vaines querelles du classicisme et i du romantisme ; et depuis la Préface de Cromwell

il n'avait plus jamais abordé les théories littéraires. Autour de lui, chacun s'abandonnait à son instinct, à son inspiration personnelle, et semblait faire fi des systèmes. George Sand n'écrivait plus des Lélia^ mais des Jacques^ des André^ des Leone Leoni, Musset vantait le vers de Voltaire et s'amusait, de parti pris, à cultiver la rime indigente, en attendant qu'il lançât contre les théoriciens du romantisme les plaisanteries de ses deux bourgeois de La Ferté-sous-Jouarre, Dupuis et Gotonet. Quant à l'ancien apologiste des doctrines nouvelles, Sainte- Beuve, il faisait amende honorable à Racine, il avouait que, malgré tous ses développements passés sur le pittoresque et la couleur locale, il n'y avait pas de « lac bleu » qui valût les « lacs mélancoliques » de Lamartine ^ « Tout le monde a pu remarquer, confessait Michiels, la soudaine contrition qui ramène un grand nombre d'esprits vers le siècle de Louis XIV; on dirait qu'après nous être permis une espèce de saturnale poétique nous

1. Premiers Lundis^ II, 207; Portraits contemporains^ 11, 106.

allons faire amende honorable et reprendre le cours de notre vie habituelle. Gomme des enfants mutins échappés un instant de la classe, nous n'aspirons plus qu'à nous rasseoir sur les bancs de l'école, en face du professeur qui tient déjà sa férule prêtée »

Mais cette réaction n'est ni sérieuse, ni sincère. 11 y a là un simple malentendu. On n'a pas expliqué au public en quoi consistait notre « palingénésie littéraire » ; on lui a laissé croire que c'était « une mode introduite, chez nous, par l'imitation des auteurs étrangers, un essai de réforme dirigé contre les prosopopées, lestropes et les métaphores officielles». Ainsi, jugeant que le «changement s'est borné à quelques formes de phrases », dès qu'il s'est heurté aux phrases détestables des enfants perdus du romantisme, il a préféré « revenir aux tournures orthodoxes ». Mais il ne s'y trompera plus, il « appréciera mieux la situation de son esprit », quand il sera mieux informé. Il saura alors qu'entre la doctrine ancienne et la doctrine nouvelle, il y a une différence essentielle, la différence du principe et de l'inspiration; il saura que le système classique procède du socialisme et du matérialisme, que le système romantique procède de l'individualisme et du spiritualisme. Capable

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