Scapin
o2 ÉTUDES SUR SALNTE-BEUVE
Michiels résolut à la fois de se défendre et de se venger. « Quel motif pouvait donc m 'arrêter désormais ? Le système de critique suivi par la Revue me semblait faux, intolérable et, si je ne l'avais point combattu en public, c'était par considération pour M. Sainte-Beuve. Cette raison étant supprimée, je me trouvais libre et en droit de ne pas ménager mes expressions, car on ne m'avait témoigné aucun égard. Ne malmenait-on pas d'ailleurs des poètes, des philosophes que je vénérais? Je dépouillai donc M. Planche de sa parure empruntée, de ses habits de théâtre, et je le laissai tel que la nature l'avait fait, c'est-à-dire un homme très vulgaire appuyé par une odieuse cabale. Vint ensuite le tour de M. de Sainte-Beuve. Comme je ne déguisais pas mes intentions, il apprit bientôt que j'allais faire un examen de ses ouvrages. L'inquiétude le saisit alors, lui qui affiche aujourd'hui des air si majestueux. Connaissant mon admiration et mon amitié pour M. Michelet, il employa une tierce personne à le prier de m'écrire en sa faveur. Je reçus donc du grand historien, le 30 septembre 1840, la lettre que voici :
Mon cher Monsieur,
Une personne qui doit le savoir très bien, quoiqu'elle n'écrive pas dans les revues de Buloz,
m'affirmait hier soir que, loin d'avoir envenimé l'article en question, Sainte-Beuve l'avait adouci et y avait mis quelques mots d'éloges.
Ne pourriez-vous ajourner un peu l'article que vous préparez? Peut-être alors le modifieriez- vous ? — En tout cas, je vous prie, comme ami et dans votre intérêt, de ne point attaquer la, personne et le caractère. Vous savez que les critiques de ce genre mettent le lecteur en défiance et l'indisposent quelquefois contre celui qui les fait.
Vous avez trop d'avenir pour le compromettre légèrement dans ces luttes stériles.
J'irai vous voir. Croyez à mon amitié sincère.
MiCHELET*.
Il faut avouer que cette lettre était bien maladroite. Sainte-Beuve avait dit à Michiels qu'il n'avait pas connu l'article. L'ami complaisant qui se faisait son avocat (sur quel fondement et d'après quels témoignages?) le contredisait directement. C'est ce que vit d'abord Michiels : « Cette lettre me prouva de nouveau que non seulement M . Sainte- Beuve n'avait pas ignoré l'article, comme il m'en donnait l'assurance, mais qu'il l'avait eu entre les mains. Je répondis h M. Michelet que je me tiendrais strictement dans les bornes de la littérature et ne parlerais que de l'homme public. Je n'avais