Edition Biré, Introduction^ p. vu
étonnant du tout que Sainte-Beuve se fût vu accorder des privilèges spéciaux, entre les auditeurs de TAbbaye-aux-Bois. La raison en est bien simple : il était critique, critique écouté de la Revue des Deux Mondes^ et il préparait un article d'éloges.
J'irai même plus loin, et, sans rien oser affirmer, je demanderai si d'autres critiques n'ont pas joui de la même faveur. Car M. Bertrin me paraît prendre un peu trop au pied de la lettre le mystère qu'affecte Chateaubriand. La vérité, comme Nisard l'écrit sans ironie, est que « de sa gloire de chaque jour, de chaque heure, de cet air qui le nourrit, de cette richesse qui l'empêche de se sentir pauvre, de cette royauté littéraire qui a besoin, comme les royautés qui s'en vont, d'une étiquette quotidienne, d'admiration libre et spontanée, de ces courtisans désintéressés qui lui rapportent ce qu'on dit de lui dans la foule et entretiennent la jeunesse de son esprit par la vivacité de leurs louanges, non, il n'a pas pu se priver de tout cela ; il n'y a pas tenu ; la gloire est un noble appétit qu'on soulage, mais qu'on ne rassasie pas. ))En d'autres termes, ceux qui aiment la gloire ne sont pas toujours ennemis de la réclame^ et Chateaubriand était bien content de voir donner une « demi-publicité » à son œuvre, afin de savourer (( un avant-goût du succès qui attend son livret »