Premiers Lundis, I
de nos jours; déjà le siècle dernier s'était plu, on ne sait pourquoi^ à lui refuser le génie : on ne daigne môme plus le lui contester; la médiocrité du rival et du maître de Racine est dès longtemps chose convenue entre nos talents modernes : Il y a une sorte de courage à revenir à lui^ » Elever une pareille protestation en 1824, ce n'est pas là, on doit en convenir, pactiser avec la révolution littéraire. Ce n'est pas à dire néanmoins que Sainte-Beuve s'enrôle en aveugle dans le camp de ceux qui s'intitulent les défenseurs des classiques, Viennet ou Auger, Joûy ou Baour-Lormian. S'il est humaniste et respectueux de la tradition nationale, en même temps il est jeune et naturellement épris de la nouveauté, il est collaborateur du Globe et imbu des idées plus larges qu'on y soutient. Dès le collège, il avait suivi le mouvement littéraire contemporain : « Nous lisions les nouveaux livres tout haut, en récréation : on ne se figure plus aujourd'hui, on ne peut plus se figurer, dit-il, quel enthousiasme, quel transport ce fut pour les premiers vers de Lamartine parmi ceux de notre âge ; nous tous qui voulions faire des vers, nous fûmes touchés; nous ressentions là le contre-coup d'une révélation, un soleil nouveau nous arrivait et nous réchauffait déjà do ses rayons-. » Éclairé par de