Joseph Deloiime^ pensée xx
3. L., I, 6. — On sait que Philarëte Ghasles, et Saint-Marc Girardin se partagèrent le prix.
Mais au moment où Sainte-Beuve étudiait les poètes du xvi^ siècle et préparait ses articles pour le Globe^ un petit événement se produisit, qui a exercé sur sa vie comme sur sa carrière une influence incalculable. Il rencontra Victor Hugo.
Dubois, esprit ouvert et vraiment libéral, avait fini par trouver que ses collaborateurs étaient injustement sévères pour Victor Hugo, et il avait conçu ridée de le « réhabiliter » par un article plus favorable, à. l'occasion de ses récentes Odes et Ballades, Détourné par mille autres occupations, il choisit Sainte-Beuve pour le remplacer. Sans doute il le jugeait moins ancré dans ses préventions que les autres rédacteurs plus âgés; peut-être aussi pensait-il que son ancien élève recevrait plus docilement ses avis et accepterait plus facilement de donner à ce compte rendu le ton sympathique que le directeur désirait. ,« Je remis donc le livre à Sainte-Beuve, raconte-t-il, lui disant de le lire, de me communiquer ses impressions et son jugement,
no ÉTUDES SUR SAINTE-BEUVE
auxquels je mêlerais les miens ^ » Ainsi guidé, Sainte-Beuve, assez disposé par lui-même à sentir le mérite des Odes^ les sentit sans doute mieux encore ; et surtout il osa mieux les mettre en lumière. Ses deux articles du 2 et du 9 janvier firent du Globe un allié inattendu pour le chef des vrais romantiques.
Des relations de plus en plus intimes s'ensuivirent, comme on sait, entre le poète et le critique. <( Hugo avait dans le commerce intime... et de l'attrait et une sorte d'autorité impérieuse qui devait aisément subjuguer Sainte-Beuve, dont l'esprit avait quelque chose de féminin, et à qui, dans sa mobile et facile inconstance, il fallait toujours un maître du moment-, » C'est en littérature comme il est naturel, — et non en religion ou en politique, — que s'exerça d'abord et surtout cette influence. Dès le premier entretien, Victor Hugo avait mis la conversation sur ses théories d'art poétique. Il avait exposé ses procédés de style, de facture des vers, de rythme. Sainte-Beuve, versé comme il l'était dans la poésie du xvi*" siècle, n'avait pas manqué de saisir la ressemblance qu'offraient avec ces « idées neuves » les idées de la Pléiade et d'y voir des preuves ou au moins des arguments : « il était
1. Lair, Un maître de Sainte-Beuve (Correspondant^ 25 avril 1900, p. 320).