‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 95 sur 139 · Lair, Correspondant^ p · texte numérisé non relu

Lair, Correspondant^ p

tout préparé à faire des applications et à trouver lui-même des raisons à Tappui ». Une seconde visite acheva de le séduire. Il s'enhardit alors à soumettre ses essais au jugement de son nouvel ami ; « rentré chez lui, il fit un choix de ses pièces de vers et les envoya à Victor Hugo, ce qu'il n'avait osé jusque-là avec personne* ». Hugo lui répondit sur-le-champ :

Ce samedi [mi- février 1827].

Venez vite. Monsieur, que je vous remercie des beaux vers dont vous me faites le confident. Je veux vous dire aussi que je vous avais deviné — moins peut-être à vos articles si remarquables d'ailleurs qu'à votre conversation et à votre regard — pour un poète. SouflFrez donc que je sois un peu fier de ma pénétration et que je me félicite d'avoir pressenti un talent d'un ordre aussi élevé. Venez, de grâce, j'ai mille choses à vous dire, ou faites-moi savoir où je pourrais vous trouver.

Votre ami,

Après de pareils éloges, comment iauteur inconnu et anxieux de Joseph Delorme n'eût-il pas été converti?

\. Lundis^ XI, 532; — Portraits contemporains^ I, 489. 2. V. Hugo, Correspondance, 1815-1835, p. 262.

Mais, tout séduit qu'il fût, il y avait encore lutte dans son esprit. Les idées, les habitudes littéraires que lui avaient laissées ses sérieuses études classiques ne pouvaient subitement s'évanouir; les hardiesses du romantisme ne pouvaient toutes lui paraître subitement heureuses. 11 eut donc une période d'incertitude et de flottement. Si l'on suit attentivement ses écrits de février 1827 à juillet 1828, on retrouve bien des traces de ces hésitations*.

On les trouve aussi dans le premier texte du Tableau. Le 14 avril 1827, dans son article sur Malherbe, Sainte-Beuve écrivait :

Les changements matériels introduits par Malherbe dans la poésie sont moins nombreux qu'on le croit généralement. Il complet que Venjatnbernent (ïiin vers sur un autre était contradictoire avec la rime et le proscrivit, bien que Ronsard Teût toléré d'après une fausse analogie tirée du grec et du latin. Il bannit également rhiatus dans tous les cas ; mais ici on a quelque droit de lui reprocher un scrupule mal entendu. S'il est en effet des concours de voyelles qui choquent et qu'il importait d'interdire, il en est aussi qui plaisent et qu'il convenait d'épargner. Les anciens trouvaient une singulière mollesse dans les noms propres de « Chloé », « Danaé », « Laïs », « Leucothoé » ; quoi de plus doux à pro-

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