Globe, 4 octobre. — Passage non modifié, cf. L, I
W, f^nUOES SLK SAINTE-BEUVE
la rl/îprisant, Tci, point de prétention ni d'enflure, 7fiir mélodie soutenue^ des idées voluptueuses et de fraîches couleurs; la langue de Marot (îst retrouvée, mais avec plus d^éclat^.
ou hifm :
I^st-il besoin de faire remarquer le vif et naturel mouvement de ce début : « Migfnonne, iillons voir... /^ ? Et pour le style, quel progrès! <lii(» (rimajïfes! « La robe de pourpre :^, « laissé <*li(»()ir s(îs beautés », cet âge qui « fleuronne en sa v(tU> nouveauté », « cueillir sa jeunesse », ^ moissonntT ses désirs »! Et ce retour si plein à la fois d(» tristesse et d'insouciance : < Las ! le l(Mnps, non; mais nous nous en allons! > Malherbe a-t-il bien osé biffer de tels vers, et Drsf^n'iutx les ûvaff-il Ins^ ?
Sainto-Houve va même plus loin encore. Une lois, — dans une note, îl est vrai et comme s'il désirait dissimuler sa hardiesse au bas des pages, — ee n*esl plus seulement le talent personnel du poète, eVsl son système qu'il loue. 11 le rapproche, comme ferait un romantique. d*André Chénier; comme un
l < »\\ > ï^ . l o oo t o b ro - — M iHl i tié lia n< le s éditions. S, W ; t " l ;
i' ■;;,»*€'. lî ivtt'bre. — Supprim^^ dans U 1- éditioB (cf. la V..'!:' S. iU. r, ivtjibii avtv riKvHfioatU^n dans le* autm, C«T2et
romantique, il laisse entendre que Tœuvre de Malherbe et de Boileau est peut-être regrettable.
On peut comparer cette imitation exquise de Bion avec la seconde élégie d'André Chénier. On trouvera même entre la manière de ce dernier et celle de Ronsard plus d'une ressemblance à Vhonneur de tous deux. Une facture originale des vers; des formes de phrases antiques et neuves à la fois; une allure pressée, inégale et libre ; point de traînantes appositions, d'épithètes oiseuses, de mouvements compassés. C'est que Ronsard est venu avant les préceptes de Malherbe et de Boileau; c'est qu'André Chénier a su s'en affranchir^ et cela par instinct de génie plutôt que par système d'innovation. L'un n'avait pas appris, l'autre avait oublié les pas artistement cadencés du menuet poétique ^
Ainsi les mérites de Ronsard et de Chénier leur viennent de ce qu'ils ont échappé aux règles de Malherbe et de Boileau ! Ces règles sont donc mauvaises, à certains égards au moins? Où est le temps oîi Sainte-Beuve vantait « le poète de la raison », le « maître et le rival de Racine » et félicitait ceux qui avaient le « courage d'y revenir »? Maintenant il le renie pour son maître, ou
1. Globe ^ 4 octobre. — La première phrase seule est conservée dans les éditions (Cf. L, 1, 130, n. 1.) Mais l'idée a reparu sous une autre forme et appliquée à un autre poète, du Bellay. Voir plus loin.
semble le renier. Il le traite même quelquefois avec une ironie assez âpre. Quand il explique comment Desportes et Bertaut, malgré les apparences, sont les disciples de Ronsard et qu'il signale à ce sujet Terreur de Despréaux, qui « a fait loi », il cite en note les deux vers de l'Art poétique.
Ce poète orgueilleux, trébuché de si haut Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.
et il ajoute irrévérencieusement :
Quelques vers auparavant, Boileau fait honneur à Marot de Tinvention du rondeau et le loue d'avoir '< trouvé, pour rimer des chemins tout nouveaux >/. Pour le poète du Juste et du vrai, c'est commettre bien des erreurs en peu de lignes ^
A Tépoque oti furent écrits les articles du Globe, Sainte-Beuve paraît donc hésiter : tantôt il cède à Tattrait du romantisme et tantôt il se reprend, mais pour y céder encore et toujours davantage. Il semble avoir peur de quitter la doctrine consacrée, et pourtant il Tabandonne ; il n'est pas romantique, mais de jour en jour il le devient. Et ces variantes, jusqu'à ce jour ensevelies dans le journal d'oii nous venons de les tirer, dénoncent clairement ses incertitudes.
1. Globe, 8 novembre. — S, 127, n. 1 ; C, 104, n. 2 ; L, 1, 180, n. 2.
Les dernières appréciations nettement défavorables à la Pléiade et h son œuvre, que nous avons relevées, sont de novembre 1827. A partir de cette date, et de plus en plus, Sainte-Beuve s'abstient de critiques, parce qu'il s'attache davantage à la cause romantique. On peut, dans les articles étrangers au Tableau, suivre pas à pas, pour ainsi dire, les étapes de cette conversion ^ Dès la première moitié de 1828, elle était complètement achevée.
Le 30 avril, Sainte-Beuve publiait au Globe son XI® et dernier article : La satyre, Mathurin Régnier, ses démêlés avec Malherbe; et en quittant ses lecteurs, il leur disait :
Pour compléter ces études sur la poésie française au XVI'' siècle, il nous resterait à parler de d'Aubigné et surtout de Malherbe; mais il a déjà été question de ce dernier et de sa réforme, dans un article à part (t. V, n° 5). On n'y reviendra