AVANT-PROPOS VU
ceau est d'une sereine impartialité. Quant à sa valeur littéraire, nous n'avons pas ici à l'apprécier.
L'étude sur les Misérables montre le prosateur dans toute sa force, comme l'étude sur les Contemplations y montre le poète. La première partie des Misérables est, en efFet, au point de vue de la prose, le meilleur ouvrage de Victor Hugo. Il y abuse moins qu'ailleurs de l'énumération et de l'antithèse; il y cède aussi moins qu'ailleurs à sa constante préoccupation du gigantesque, — ce qui a tant fait dire à ses claqueurs qu'il était sublime et tant prouvé qu'un grand écrivain peut être en même temps un écrivain sans mesure et sans goût.
Victor Hugo n'entendait pas être seulement un grand poète, ou plutôt le grand poète, et un prosateur puissant entre tous : il se tenait aussi pour homme politique profond et pratique, pour un maître, peut-être le maître, de la tribune.
Les autres prétentions d'Olympio passaient la mesure; cette dernière était absolument malheureuse. Louis Veuillot le lui fit voir. De là, une fureur et une haine qui éclatèrent dans les
NUI \ V.VNT-l'UOl'OS
Chùlimcnts. Le poclc, réfug'ic on Belgique, vengeait roiateur sifflé. Il le vengeait par l'ou- Irage et la diffamalioii. On trouvera dans ce volume les vers de Victor Hugo et la miséricordieuse réponse de son critique.
Les articles de Louis Veuillot sur Victor Hugo à la tribune sont de 1850 et 1851. Nulle part le poète-orateur n'a été aussi complètement apprécié. Ces esquisses, tracées à la hâte, tandis que le virtuose déclamait et posait, sont saisissantes. Elles ne prouvent pas seulement que l'orateur était toujours médiocre et vulgaire, souvent grotesque ; elles prouvent aussi que Victor Hugo, auquel depuis on a voulu faire rétrospectivement un rôle politique , n'avait dans la Chambre et sur l'opinion aucun crédit.
Je crois inutile d'indiquer les autres études qui forment ce volume; elles sont nombreuses et très variées. Victor Hugo aimait beaucoup à se produire et Louis Veuillot, journaliste, eut souvent à le juger. H le fit toujours très sérieusement pour le fond, et presque toujours avec ironie quant à la forme. C'était obligatoire. Le grand homme prêtait à rire.
Nul n'a fait tant de vers, ni si beaux ni si drôles.