LA PEINE DE MOUT
un verdict de culpabilité, tout en reconnaissant des
circonstances atténuantes. Vérital)lement, il y en
avait! M. Charles Huo-o a été condamné à six mois o
de prison.
Ce qui donne un caractère particulier à ce verdict, c'est la présence et la plaidoirie de M. Victor Hugo. Depuis longtemps, l'auteur de Notre-Dame de Paris et du Dernier Jour d'un co/ida/nnc n'était plus populaire que dans la bourgeoisie, et là se trouvaient les derniers romantiques. Nous supposions bien qu'il n'en restait guère, mais nous pensions (pi'il y en avait encore. 11 paraît qu'il n'y en a plus. Un article de M. Hugo fils, défendu par M. Hugo père, et condamné par des juges tirés de la seule classe où l'on ait pu sincèrement admirer Claude Gueux , assurément c'est une surprise agréable pour les gens qui doutent du bon sens public.
Au moment de paraître devant la cour, les jeunes rédacteurs de V Evcnement se sont empressés de rassembler des textes à l'appui de leur thèse : car, nous l'avons dit, ils sont convaincus qu'ils combattent la peine de mort. Avec une naïveté qui a quelque chose de touchant, ils ont donné la plus belle place parmi ce choix d'autorités à M. Victor Hugo lui-même, prenant dans Claude Gueux et dans la préface du Dernier Jour d'un condamné ce qu'ils y
Irouvaicnt déplus l)cau, et se mettant à couvert sous ces chcfs-d'anivre d'autrefois, qui sont encore des chefs-d "œuvre pour eux. Juste Ciel ! voilà pourtant ce (|ue nous avons admiré, ce (|ui a eu viugt éditious, ce que nous avons donné à traduire à toute l'Europe ! Rendons justice à M. Ilugo et à ses élèves: ils font maintenant beaucoup mieux que cela. Nous venons de dire que les bourgeois ne sont })his roznantiques ; M. Hugo, à dix ans de distance, ne l'est presque plus lui-même, et ses enfants, dans quelques années, ne le seront plus du tout. Personne aujourd'hui ne voudrait, ni n'oserait, ni ne saurait écrire certains passages de Claude Gueux et de la préface du Dentier Jour d'un condamne . On serait mis à l'amende. C'est ce que le jury vient de constater en condamnant l'article de l'Evénement, cent fois moins répréhensible au point de vue du goût, de la morale, des lois et de la raison, que ces ouvrages qui ont rendu leur auteur illustre, et qui l'ont fait entrer à l'Académie comme les Visigoths dans Rome. Lui aussi, M. Victor Hugo, l'a constaté h sa manière : sa plaidoirie, quoique fort enflée de vieux vent, est sage et quasi cicéronienne, à côté de ces beaux ronflements de l'ancienne période hugotiquc. Plus de poings sur la hanche, à peine quelques petites trivialités, des velléités de périphrases. C'est un Burgrave ! Si peu fourni qu'il soit de cette pré-