‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 34 sur 57 · LES MISER \ R 1. 1-; S · texte numérisé non relu

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Après les bévues, — et je me borne à une idée et à un chapitre, — les excentricités de hmgue méritent bien un regard. Je n'en jetterîii qu'un seul, et, quand il serait aisé de nouer des gerbes, je ne ramasserai qu'un épi. Ecoutez cette phrase, tirée de la description d'un homme qui se noie :

Il est dans l'eau monstrueuse. Il n'a plus sons les pieds que de la fuite et de l'écroulement. Les flots déchirés et déchiquetés par le vent l'environnent hideusement, les roulis de l'abîme l'emportent, tous les haillons de l'eau s'agitent autour de sa tète, une populace de vagues crache sur lui, de confuses ouvertures le dévorent à demi ; chaque fois qu'il enfonce, il entrevoit des précipices pleins de nuit; d'affreuses végétations inconnues le saisissent, lui nouent les pieds, le tirent à elles : il sent qu'il devient abîme, il fait partie de l'écume, les flots se le jettent de l'un à l'autre, il boit l'amertume, l'Océan lâche s'acharne à le noyer, l'énormité joue avec son agonie. Il semble que toute cette eau soit de la haine.

Hélas!

La description continue ainsi pendant quatre pages. Il y a certainement de beaux traits, et un certain effet d'horreur est obtenu; mais, encore une fois, hélas!

Un trait de gaieté pour finir :

« 'Iholomyès, fit BachercUe, contemple mon calme. — Tu en es le marquis », i-cpondit Tholomyès.

Holà! E. V.

UNE \MIUTION 1)K VICTOR IIIJCO

Mai 18(i2.

M. 11. de Pèiic a raconté clans la chronique de la Fratuc, à propos des Misérables^ que M. Victor Hugo déplorait, en 1848, de ne pouvoir être à l'Assemblée nationale le représentant des galériens. Voici à quelle occasion il manilesta ce regret. On eut en 1848 diverses idées, principalement celle de spccialiser les candidatures. Chaque profession voulait faire corps et présenter son candidat. M. Cousin aspirait à devenir le candidat des domestiques. Les gens de lettres, artistes, auteurs dramatiques, eurent, eux aussi, des réunions préparatoires. Trois noms sortirent du scrutin dans cet ordre impertinent : Michelet, Alphonse Esquiros, Victor Hugo. Le jour où il obtint ce premier et modeste succès, M. Victor Hugo, loin de se montrer triomphant, paraissait très abattu ; il sortit tout jjcnsif, l'œil morne et la tète baissée. Ses amis lui demandèrent d'où venaient les ombres qui voilaient son vaste iront. Je cite Isl. de Pêne :

« C'est que j'aurais voulu, reprit le poète d'une voix profonde comme sa méditation, arriver à l'Assemblée, non comme le représentant des auteurs dramatiques... belle gloire!... J'aurais voulu que l'on eût fait voter les bagnes; oui, les bagnes, et

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être le candidat choisi par les galériens de France. » Les auditeurs d'Olympio, bien qu'habitués à ses excentricités calculées, furent ébaubis et même ahuris. Les bras leur tombèrent, dit M. de Pêne.

« Oui, continua à peu près le poète, ce sont les bagnes que j'aurais voulu représenter. II y a des hommes dans les monstres qui les peuplent. Il n'y a pas de monstres incurables. Dieu n'a pas pu le vouloir. Relevez ces fronts abaissés, ignorants, abrutis. Faites-leur regarder le ciel. Ils sont hommes, vous dis-je; mais ils ne le savent plus, ou ne l'ont su jamais. Dites-leur qu'ils sont hommes; dites-leur qu ils sont citoyens; faites-les voter avec tout le peuple, et je vous dis que le lendemain il y en aura de guéris. Quant à moi, si j'avais l'honneur d'être l'envoyé de ces misérables à la Chambre, dût-on m'asseoir dans un coin à part, plus obscur, inférieur; sur un siège différent, plus bas, dont mes collègues s'écarteraient, je me sentirais fier de ma mission, et c'est ce que j'eusse accepté des deux mains avec enthousiasme, »

En parlant ainsi, M. Hugo songeait, comme toujours, à étonner, et, de plus, il récitait un chapitre des Misérables. Il y a longtemps, en effet, que l'ancien pair de France a commencé ce roman; il y a longtemps même qu'il eût pu le publier. Mais, malgré son dévouement aux misérables, il a tenu en

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poitcfcuille le livre qui devait les réhabiliter, afin (l'en tirer plus d'argent. Le fait a été rapporté par plusieurs de ses amis ou admirateurs. Je cite l'un d'eux :

(( Victor Hugo a été long à faire les Misérables, plus long- à les publier. Une raison matérielle, une question d'intérêt, retenait le manuscrit dans l'ombre jusqu'il cette année 1862. Lorsque parut, voilà trente ans, Notre-Dauie de Paris, l'écrivain, en cédant son premier grand poème en ])rose à l'éditeur Gosselin, lui vendit en même temps, par avance, au prix de trois mille francs le volume, tous les romans qu'il pourrait publier pendant une période de trente ans, à dater du traité.

« Vint le succès mémorable de Notre-Dame de Paris, qui augmenta de cinquante jiour cent la valeur du poète en librairie.

« A trois mille francs le volume ! l'auteur de Notre-Dame de Paris! ! Et voyager trente ans, ses trente plus belles années, dans de pareilles conditions, c'est-à-dire, le pot de terre à côté du pot de fer, l'homme de génie, sans profit pour lui et les siens, exploité, rançonné, brisé par l'homme de spéculation!!! Cela révolta M. Victor Hugo, et, plutôt que de laisser l'éditeur ou ses ayants cause profiter du traité trop beau qu'il lui avait consenti, il garda ses Misérables iusqu en 1862. H fit des poé-

sics, des drames, des voyages. Plus de roman, rien qui ressemblât à un roman. Gosselin l'aurait eu à trop bon marché. »

Ces détails prouvent que M. Hugo entend la science économique mieux que la science cléricale. Le poète sait compter. Il a très bien esquivé les charges d'un contrat dont il comptait accepter les bénéfices. Croit-on qu'il n'eût pas publié de romans, si le prix de trois mille francs eût été plus avantageux à l'auteur qu'à l'éditeur? Comme écrivain humanitaire, comme réformateur et rédempteur, il a fait attendre quinze ou vingt ans ses clients, parce que cette attente, qui, dans sa pensée, devait prolonger leurs souffrances, accroissait ses profits.

12 (lôcpmbro 1870.

Peut-être que toute la littérature française n'ofVre rien d'aussi siui>iilier que Messieurs les fils Hugo, rédacteurs du Rappel. Dès Heniani, le plus jeune était en âge de ne plus teter sou pouce, et, à l'heure qu'il est, le plus vieux fourre encore ses doigts dans son nez! Cette enfance a pris de la barbe, du ventre, du gris, tout ce que l'on prend au cours d'un demi-siècle, mais point d'âge; elle a perdu tout vestige de la robe d'innocence, et n'a point réussi à enfourcher la culotte. Ainsi costumés, ces amours d'enfants, lestes et frais dans leur corpulence de sapeurs, continuent de jouer autour de papa. C'est plus rare que beau.

Ils jouent à imiter papa. Chose curieuse, ils l'imitent parfois très bien, comme ils imitent très bien l'homme qui bat le tambour. Le tambour est leur jouet préféré ou plutôt unique. Ils paraissent même ne jias savoir se servir d'un autre. Et voici la merveille: ils n'ont point de tambour! ils battent le rappel tous les jours et toujours, par beau et mau-

1. Ces études sont postérieures à la chute de l'Empire, ot s'appliquent à M. Hugo rentré en France. Nous les donnons dans l'ordre de leur publication.

vais temps, sur une peau de lapin, avec de vieux barreaux de chaise. Ça fait plouf, plouf; mais ils àiseni plaiiy plan. Leur voix est si furieuse, leurs gestes si passionnés et si précipités, que l'âme sonore de la peau d'àue seml)le avoir passé dans la peau de lapin. Le public s'y trompe, s'amoncelle, se détrompe, et, détrompé, ne leur refuse pas un éloge légitime : ils étaient nés tambours.

Mais enfin, ça {-Axi plouf plouf

Et cependant, comme il y a du tambour et beaucoup dans papa, et aussi quelques plouf plouf ils imitent papa.

L'un a écrit le Cochnji de saint Antoine, ouvrage de trois tomes^ et l'autre a traduit les sonnets de Shakespeare en français de Jersey. Plouf, plouf.

Le poète François Maynard, qui se mêlait, il y a deux cent cinquante ans, d imiter notre Théodore de Banville, et maintes fois sauta par-dessus, promit l'estime publique au recueil de ses épigrammes, d'ailleurs digne du pilon :

Il ne se peut, mon enfant, que tu voyes Tes beaux penscrs, hue/, des bons esprits, Servir iamais de simare aux anchoyes.

Les poètes avaient horreur, eu ce temps-là, des anchois, comme plus tard du Candebec, et aujourd'hui du parapet. Les vers de Maynard échappèrent

à cet huniiliaiit destin; mais les anchois se sont fourrés Jans les fils Hugo. Imitation proplu'ti([ue de papa. Papa voit aujourd'hui les Misérables, IHoninw qui rit et diverses chosettcs de sa main frissonner sur les quais, le ventre serré d'une ficelle où pend l'étiquette infiniment douloureuse du grand rabais.

C'est votre punition, papa, pour avoir élevé ces pauvres enfants dans la littérature et dans l'impiété. Vous pouviez leur donner un métier à leur portée, qu ils eussent pratiqué honnêtement, faisant admirer leur belle condition physique sans donner lieu de remarquer l'étonnante imperceptibilité de leur esprit. Mais surtout vous deviez leur inspirer de la religion. Les rendani modestes, la religion les eût préservés des anchois. Elle les eût empêchés de perdre leur vie à faire plouf] plouf, sur la peau de lapin ; elle eût^assuré leur bonheur en ce monde et en l'autre.

Et voici ce qu ils écrivent à propos de l'établissement des ambulances dans les ég-lises :

« Pascal disait que le catholicisme était une espèce de maladie, et nous accordons bien volontiers au journal des sacristies que l'accumulation dans les églises est absolument pernicieux. »

Père imprudent et coupable! Et moi je vous prédis que vous irez de plus en plus au parapet, et j'y VOIS déjà les Chntiinents et Napolcon le Petit!

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