‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 50 sur 57 · VICTOR HUGO ET N \ P O L E O N III · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO ET N \ P O L E O N III

La tradition n'a pas été interrompue. Louis XVIII lui-même voulut la continuer ou la reprendre, Louis-Philippe y marcha, M. Thiers accéléra le pas, Napoléon III prit la course, regrettant de ne pouvoir saisir M. Hugo, qui avait résolu un peu tard de le devancer. Et que de gens partout pour aider ces Napoléons futurs, vivre à leur ombre et les supplanter s'il y a lieu!

On pourrait réussir. Le public est fait à ce jeu et s'y prête. Ne sommes-nous pas égaux? Seulement, il n'y a point d'ordre, et les concurrents sont trop nombreux; ils se pressent, ils se culbutent, sont écrasés. Recommençons ! Celui qui arrivera finira la révolution; car enfin il faut qu'elle finisse, ou c'est la France qui finira. Louis-Philippe, Thiers, Napoléon III, tous les journaux bien pensants ont (ait cette promesse séduisante. M. Gambetta la renouvelle en promettant que la révolution ne finira pas. Il a peut-être raison.

Il nous semble que cette idée de faire durer la révolution pour la terminer est assez dans le génie de M. IIuoo, et selon nous il aurait trouvé le vrai moyen de l'établir en proposant tout de bon le culte de Voltaire ; car il en est venu là, ce fameux poète qui disait que Voltaire est bête, ce qui d'ailleurs est la pure vérité. Mais alors il ne comprenait pas.

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On a tout fiitrepris, tout essaye', pour terminer la révolution. On parle de tout recommencer. Nous pensons que c'est ce qu'il faut faire, mais toutefois nous ne répondons de rien. M. Hugo lui-même, aidé d'un <piatrième Napoléon ou d'un second Louis-Philippe, ou d'un premier Marcère, n'y ferait pas grand'chose*. Qu'on l'abolisse, qu'on la prolonge, qu'on la recommence, la révolution durera, tant que durera ce qu'elle a institué. Pour nous en tirer il faudrait consulter l'Eglise. Mais nous sommes trop voltairicns, c'est-à-dire trop bêtes. Nous mettons humblement cette opinion sous le couvert de l'ancien Hugo.

1. Il y avait aioi'S un ministre du nom de Marcère, lequel venait, sans doute, de faire ou do dire cluelquo sottise. De là cette allusion. Ce M. de Marcère est devenu sénateur.

LA MOUT DE VICTOll HUGO 347

gens. Pans, où toujours l'on trouve beaucoup de Tous et beaucoup de nigauds pressés de les imiter, n'a peut-être jamais donné pareils exemples de déraison. Ce serait répugnant, même si l'impiété ne tenait pas dans cette parade politico-littéraire le haut du pavé.

C'est bien une parade. Certes, nous ne contestons pas que Victor Hugo n'ait, à bon droit, de très sincères admirateurs. Qui donc, dans son oeuvre littéraire, ne trouverait beaucoup à admirer? Mais nous refusons toute sincérité aux démonstrations actuelles. Le puissant écrivain, le poète lyrique éclatant entre tous , n'a presque rien à revendiquer dans tout ce tapage, où l'enthousiasme voulu et l'imbécillité qui s'ignore vont de compagnie.

Au début, les lettres étaient de la fête et disputaient à la politique le jDremier rang. Aujourd'hui, sous prétexte que Victor Hugo fut, en même temps que grand T^okie, penseur et ami des misérables, on prépare une sorte de carnaval humanitaire et révolutionnaire, où la littérature n'est qu'une comparse. Il ne s'agit pas seulement de faire honorer au peuple ce que le poète a écrit de plus mauvais ; on veut aussi lui persuader que, si cet homme a fini dans la gloire, c'est parce qu'il fut l'ennemi des principes d'ordre, renia Jésus-Christ et condamna toute religion.

Qu'on ne se réeric pas en nous citant (!<' beaux vers de l'illustre virtuose en l'honneur de tout ec qu'il faut croire et défendre. Nous ne nions nullement que Victor Hugo se soit toujours déclaré spiritualistc, ni qu'il ait parfois noblement chanté Dieu et l'âme immortelle ; nous sommes même convaincu qu'il ne songeait guère h détruire une société qui lui donnait tant d'encens et tant de millions; mais nous disons, comme le disent les faits, que ses funérailles sont Iç triomphe de la révolution et de l'athéisme.

Ce triomphe flétrissant, on ne peut nier que Victor Hugo l'ait en partie mérité, et on peut douter qu'il ne l'ait pas voulu.

Il l'a mérité en ne cessant de flatter, depuis trente ans, non seulement les passions révolutionnaires, mais aussi les représentants les plus violents, les plus avilis de ces passions. A Jersey, à Guernesey, il saluait le drapeau rouge et déclarait qu'on peut tuer « le tyran » :

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.

A Paris, il se montra très vite jDlein de bienveillance pour les notables de la Commune, et s'il se prononça plusieurs fois contre le matérialisme, il eut soin de ne jamais se brouiller avec les matérialistes. Il y avait de ce côté des dispensateurs depo-

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