VICTOF\ HUGO ET NAPOLEON III
coiiiplc sur M. Hugo, « lie fui pas nutîlre ^ \\\\ mécoiitoutoiiKMif Irop vif, cl le poète d'un dépit trop marqué. »
M. do Cassag'uac raconte ensuite comment l'ompereur exprima ses regrets de cette séparation désormais consommée. Il venait de lire la circulaire de Victor Hugo adressée aux électeurs de Paris en 1848, dans laquelle il prédisait qu'un jour les démagogues renverseraient la colonne po^ir en faire des gros sous. « Avec un sourire triste : « Connaissez- « vous cela? me dit-il en me tendant le papier. N'est- « ce pas que c est beau et fier? Eh bien ! j'ai h me re- (( procher et à regretter une grande faute. Victor « Hugo se montrait affectueux pour ma jjcrsonne ef « rallié h ma cause. Un jour j'ai été trop exigeant, et (f je l'ai blessé. Un homme de sa valeur eût été une « force pour mon gouvernement, et eût jeté de l'éclat (( sur mon règne. »
Notre témoin pense encore que s'il avait pu
rapporter cette conversation à M. Hugo, il l'aurait
ramené, parce que, dit-il, « on peut ne pas revenir
d'une haine justifiée ; mais un homme comme lui
revientd'un malentendu. » Oui; mais si, par hasard,
Napoléon l'avait sifflé ? ce que fit en ce moment toute
la France : c'est autre chose que M. Hugo entend
bien, et dont un homme comme lui ne revient pas.
M. Granicr de Cassaonac se ressent de sa vieille o
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hugolàtiie, et Napoléon lui-même en avait un peu. C'est presque involontaire. Qui n'a été atteint de ce mal? cpii n'en a longtemps gaidé quelque chose? Nul talent n'a été plus furieusement à la mode que celui de M. Hugo. Les premiers qui l'ont suivi n'ont pas tous à regretter la passion qu'il leur inspira. Pour un moment, ÎNI. Hugo a ôté la France à Déranger et aux voltairiens de gargote. Beaucoup de romantiques devinrent chrétiens. L'aurore de cet astre sitôt gâté fut belle et parut bonne. Elle dura assez pour que la foule prît l'habitude d'applaudir. Certaines admirations violentes n'ont besoin que d'être illégitimes pour devenir incurables. Elles se l'atiguent du juste avant d'abandonner le pécheur. C'est peut-être le cas de M. Granier. Quant à Napoléon, il était fait pour suivre et pour s entêter. Pas une erreur de son époque ne l'a manqué, ni religieuse, ni politique, ni littéraire; et, comme son époque, il rapportait tout à lui, content de luimême, indifierent au reste : Dieu peut me faire du mal, Hugo peut me faire du bien. — Une fois là, il y restait. En ce point, ils se ressemblaient, M. Hugo et lui. Chacun voulait bien de l'autre pour second, mais lui d'abord ! Néanmoins, Napoléon n'était point méchant, et avait cette supériorité de ne vouloir point se venger. Extérieurement, il était modeste. M. Hugo paraît n'avoir aucune sorte de mo-
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destic. 11 est le tonnerre, l'emphase et la rancune. C'est un de ces gréants (jui ne veulent voir autour d'eux que des nains: Va pour Napoléon, mais que ce soit Napoléon le Petit !
11 y a quelque chose de cela partout en France. La o-randeur légitime est éteinte, et l'on voit en son lieu quelque chose d'orgueilleux et de bas qui veut et ne peut grandir. Cela s'est nommé le peuple souverain, et se compose des fils spirituels de J.-J. Rousseau, un histrion. Le peuple souverain est un peuple d'aspirants à la royauté. Tous prétendent être rois, non par la naissance, mais par la taille, La taille royale est un produit de la culture politique. Tous veulent passer sous Yarrhe triomphale en liahit cV eiupereiir. Croyez-vous qu'en faisant ce beau vers M. 'Hugo ait songé à d'autres qu'à lui-même?
La Révolution est la sorcière de Machetli qui montre à chacun l'habit d'empereur. On n'admirera jamais assez le bon sens du Français qui n'a pas le^ désir de devenir Ni^poléon. La révolution nous a| communiqué cette gale. Napoléon III et Victo^ Hugo ont été de nos jours les hommes qu'elle a I« plus tourmentés. (3nveut être Napoléon, empereur^ pontiié... et pourquoi pas dieu'?
1. En 1S78, co propos p;init excessif: m:iis M. Hugo, n\oit, eut X'archk triomphale poiiv chiunbio i'iméraire ; il y fut déposé en cercneil d'empereur, puis déclaré dieu.