FAITS ACQUIS CONSTITUANT LE MÉTAMORPHISME
Quelquefois les roches qui avoisinent le granité ou la syéoite sont tellement modifiées qu'elles prennent elles-mêmes tout-à-fâit les caractères d'une roche éruptive. Ainsi, dans les Vosges, le schiste argileux passe, par degrés, à des pâtes de nature feldspath ique, quelquefois porphyroïdes, et à des porphyres verts parsemés de feldspath triclinique et d'amphibole. Des faits semblables ont été observés dans beau* coup d'autres contrées *.
On sait en outre que la roche éruptive a souvent subi elle* même des modifications dans le voisinage des roches encaissantes K
Les diverses transformations que je viens de signaler forment donc» autour des granités et des autres roches éruptives, comme des auréoles irrégulières. Ëlie de Beaumont â montré que, suivant que la roche est acide, c'est-à-dire avec eicès d'acide silicique, ou qu'elle est basique, les gîtes métallifères en relation avec elle présentent deux types distincts, n en est de même des auréoles métamorphiques dont il est question, et les observations de M. Delesse ont contribué à le faire reconnaître. Ainsi, d'une part» les zéolithes qui ont si souvent pris naissance près des roches trappéennes n'ont pas été signalées près d'épanchements de granité. D'autre part, cette dernière roche, à l'exclusion de toute autre, a produit certains minéraux, tels que les silicates alumineux connus sous les noms de mâcle et de staurotide, si communs dans les schistes argileux de la Bretagne. Des schistes micacés et feldspath iques enveloppent très-
' Aox enrirons de Dublin, d'après la description de V. Scouler, les modifications Knîeot identiques à ce que Ton a obserré dans les Vosges [bulL de la soc. géologique de France, l'*série, t. YII). Beaucoup de porphyres irerts pyroxéniques et de jaspes de l'Oural ont été attribués par G. Rose» Rodenck Nurcbison et M. Le Play à un métamorpliiafiie. Comptée rendue, t. XI Y, p. 857, Heise nach Vrai, t. Il, p. 185.
' D'où le nom d'endomorphisme proposé par H. Fournet ; souvent elle est imprégnée d'oo silicate hydraté magnésien, d'après M. Delesse.
fréquemment les massifs de granité sur de grandes épaisseurs dans les Pyrénées et ailleurs; on ne connaît rien d'analogue auprès des trapps.
HéuunorphiMie récloBal^ — Je u'euteuds parler, je le répèle, que des massifs schisteux dont Torigine métamorphique est clairement démontrée; il ne s'agit pas ici des gneiss anciens, des micaschistes et autres roches subordonnées, qui sont inférieures aux terrains stratifiés fossilifères.
Des massifs considérables de roches sédimentaires, occupant des pays entiers, montrent souvent un métamorphisme prononcé, lors même qu'il est impossible de découvrir au milieu de ces terrains le moindre affleurement de roches éruptives *.
Cette modification est facile à constater dans les contrées où elle est assez peu intense pour n'avoir pas fait disparaître en entier le caractère sédimentaire de la roche; tels sont le pays de Galles, le Taunus et les Ârdennes. Dans les terrains silurien et dévonien de ce dernier pays, par exemple, les roches sont en partie devenues schi^ teuses, et, sur de grandes étendues, la chlorite s'est développée entre leurs feuillets en innombrables cristaux microscopiques ' ; le feldspath s'y est glissé aussi quelquefois ; de plus, une multitude de veines de quartz, les unes parallèles, les autres obliques aux feuillets, se sont isolés
* Le nom de métamorphisme régional que j'ai proposé me parait plus Juste que celui de métamorphisme normal, et moins vague que la dénomination de métamorphianjc général,
' La différence dans la nature des combustibles minéraui, lignite, bouille, anthracite, qui varient suivant les terrains, peut être considérée comme un premier exemple de métamorphisme opéré loin des roches éruptives et sur des substances peut-éire plus impressionnables que les roches piciTCUses. C*est ain»i qu'il n'y a que de Tanlbraciie dans les Alpes ti dans les sdiistes talqueuxde la Basse-Loire, et que le terrain éocèoedc la Toscane renferme une houille véritable (Monte-Bamboli).
' L*analyse a lait reconnaître à M. Sauvage l'existence de la chlorite* même dans les variétêb de phyllade où Tœil ne la distingue pas. C'est dans les mêmes oonditions que se trouve la séricite dans les schistes du Taunus.
FAITS ACQUIS CONSTITUANT LE MÉTAMORPHISME. i50
dans leur intérieur, et ces veines renferment souvent elles- Diémes les minéraux qui viennent d*être cités ; enfin les grès se sont changés en quartzite. Or, il n'est guère permis d'admettre que des terrains stratifiés et fossilifères aient pu posséder originellement ces caractères minéralogiques; aussi chacun admet-il qu'en général ils doivent leur nature actuelle à une transformation subie depuis leur dépôt.
Mais, quand le même phénomène se présente dans une phase plus avancée, il faut un examen plus attentif pour le constater, et même on n'y arrive pas toujours avec certitude, parce que le type primitif a été plus ou moins complètement efTacé par les actions chimiques postérieures à la formation de la roche sédimentaire. Ainsi, dans les puissants massifs de roches cristallines des Alpes, on trouve, de même que dans les Ardennes, le schiste chloritique avec veines de quartz et souvent de chlorite ; mais il y est en général mieux cristallisé (Zillerthal en Tyrol, Salzbourg). Il est associé à une série d'autres roches schisteuses cristallines, de nature variée, qui alternent entre elles d'une manière irrégulière, notamment le schiste talqueux^ les schistes verts, le schiste amphibolique et même certaines diorites schisteuses, quelques variétés de gneiss, le quartzite, des calcaires schisteux et souvent micacés, plus rarement des dolomies et des gypses, parsemés également de minéraux variés (environs d'Airolo). Cependant malgré l'état éminemment cristallin de ces roches, la plupart des géologues qui ont décrit les Alpes les ont considérées comme étant d'origine sédimentaire.
La conclusion que certains terrains cristallins et fort développés, tels que ceux des Alpes, sont métamorphiques, s'appuie sur plusieurs preuves, qui sont, du reste, à peu près du même ordre que celles qui démontrent le métamor-
phisme opéré dans le voisinage des roches éniptives. Je signalerai les suivantes :
l"" L'analogie de composition qui unit certains groupes de roches cristallines aux roches sédimentaires est frappante encore aujourd'hui, malgré les modifications que les premières paraissent avoir subies. On y trouve, en effet» comme dans les roches sédimentaires, des bancs de calcaire, de dolomie, de gypse, de roche quartzeuse ou quartzite, enfin des schistes chloritiques et talqueux qu'il serait souvent impossible de distinguer des roches de même nature, qui sont subordonnées à des terrains siluriens bien caractérisés.
Je rappellerai aussi que la composition élémentaire de certains schistes argileux des terrains de transition est souvent très-sensiblement la même que celle du granité et du gneiss.
2"" Une même contrée présente des passages, incontesta* blement graduels, des roches cristallines aux roches stratifiées fossilifères. Ces transitions insensibles, qui empêchent d'établir une ligne de démarcation entre les roches des deux catégories, et sur lesquelles Werner s'était fondé pour donner le nom de terrain Je transition (Ueber gangsgebirge) au groupe où elles sont le plus fréquentes, ont été trop souvent décrites pour qu'il soit nécessaire de s'étendre sur ce sujet *. Il est toutefois des localités, surtout dans les Alpes, où des roches cristallines sont enchâssées au milieu de roches sédimentaires peu modifiées.
5"" On sait que la cristallisation qui s'est opérée à proxi* mité des roches éruptives n'a pas toujours effacé la trace des fossiles. Il en subsiste encore des vestiges bien distincts au
* Les schistes verts iormenl, dans diverses régions des Alpes (Grisons, Piémont, etc.»» un ptsssge entre les roches évidemment sédimentaires et les roches cristallines (Mtider. Phy$ikaliêch4 Géographie^ 1. 1, p. 148).