FAITS ACQUIS CONSTITUANT LE NÊTAMORPUISME
milieu de roches parsemées de silicates cristallins. Il suffit de rappeler le calcaire silurien de la Norwége avec fossiles, qui renferme, à Brevig, de la paranthine et du grenat, et, à Gjellebeck, de Tamphibole avec de Tcpidote ; le calcaire jurassique à dipyre, d*Angoumert dans TÂriége ; les schistes de la Bretagne, si bien décrits par M. de fioblaye, où les mêmes échantillons renferment à la fois des mâcles de plusieurs centimètres de longueur et des orthis, des spirifères et des calymènes ; le calcaire blanc subcristallin avec encrinés, découvert par Murchison et de Yerneuil dans l'Oural, sur les bords de la rivière Miask, au milieu d'une région de granité, de serpentine et de roches métamorphiques ' ; enûn, dans les Vosges, la roche amphibolique de Rothau, où les polypiers ont été remplacés, sans être déformés, par des cristaux d'amphibole, de grenat et d axinite *.
Dans cette dernière localité, le granité syénitique a pénétré des couches dévoniennes, qui, jusqu'à quelques centaines de mètres du contact, sont entièrement modifiées. Sur certains points» la roche ne consiste plus qu'en un mélange de pyroxène lamellaire, d'épidote et de grenat compacte, avec des mouches de galène. Au milieu de la roche, entièrement formée de silicates de cette nature, j'ai reconnu les empreintes parfaitement conservées de nombreux polypiers [ce sont surtout des Calamopora spongites (Goldfuss)] et des flustres. Il y a plus : les cavités mêmes laissées par la disparition partielle du calcaire de ces polypiers sont hérissées de cristaux des mêmes minéraux qui forment la pâte : le plus abondant est l'amphibole noire en cristaux allongés, d'une netteté parfaite, pénétrant parfois dans les cristaux de quartz, comme on l'observe fréquemment dans les Alpes, au milieu de roches ayant perdu toutes traces de fossiles.
* liitC9ta in Eurvpa and ihe Oural mouniaing, 1. 1, p. 420.
* Atmalu des mines^ 5* série» t. XU, p. 318.
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Du grenat vert d'herbe fait partie des mêmes géodes, et rappelle tout à fait celui de Monzoni en Tyrol, ou de Drammen en Norwége. Enfin, parmi ces divers minéraux, j'ai reconnu aussi l'axinite en cristaux volumineux, dont la présence n'avait pas encore été signalée dans une roche fossilifère.
Les débris organiques si bien conservés à Rothau méritent d'être considérés comme des monuments classiques du métamorphisme. Ils nous apprennent en effetqu'uneroche, incontestablement d'origine sédimentaire, est aujourd'hui formée de silicates anhydres et cristallisés, comme le pyroxène, Tamphibole, le grenat, Tépidote et l'axinite ; et, de plus, que cette roche s'est ainsi profondément transformée, sans se ramollir notablement, puisque les délicatesses de la surface des fossiles y sont bien conservées.
Or, il en est de même pour les massifs de terrains cristallins qui nous occupent ; depuis l'exemple cité par Brochant, de Charpentier, MM. Lardy et Studer ont découvert dans le voisinage du Saint-Gotthard des bélemnitcs au milieu de schistes micacés avec grenat ^
La possibilité d'une transformation parait d'ailleurs démontrée, par les blocs provenant de la Somma, où il y a toutes sortes de passages du calcaire compacte de l'Apennin, avoc pétoncles, aux calcaires lamellaires et aux dolomies chargés de silicates cristallisés.
4° Dans les roches où l'état cristallin est encore plus prononcé, alors qu'on n'y aperçoit plus de formes animales, de> débris de plantes se sont quelquefois conservés. On rencoutre, par exemple, des empreintes végétales dans des roches felspathiques et micacées, si cristallines qu'on pourrait les
* Particulièrement au col de la Kufenen près Airolo. De Charpentier iTait déjà trouté. en 1823, des bélemnites dans le calcaire prétendu primitif du col de Seigue, ^Co*moê, 1. 1, p. 541).
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prendre pour des roches éruplives, surtout si on les jugeait sur des échantillons isolés. Tels sont la grauwacke feldspathisée de Thann, les schistes de Bussang dans les Vosges, la pierre carrée des bords de la Loire, fréquemment associée à Tanthracite, roches que Ton rapporte au terrain carbonifère inférieur ou terrain anthraxifère.
h" Quand les formes végétales elles-mêmes ne s'y rencon* trent plus, ces roches schisteuses cristallines renferment souvent encore des combinaisons charbonneuses qui, selon toute probabilité, sont d'origine organique. C'est ainsi que les schistes micacés d'Âirolo, parsemés de grenats et de longs prismes d'amphibole, contiennent encore, d'après l'essai que j'en ai fait, jusqu'à 5 pour 100 de carbone ^ : il en est de même de beaucoup de schistes ardoisiers.
Il résulte de tout ce qui précède, qu'il serait diffile d'établir une distinction nette entre le métamorphisme de juxtaposition et le métamorphisme régional en se fondant seulement sur les caractères minéralogiques : les deux phénomènes diffèrent surtout par leur étendue.
C'est principalement dans les étages inférieurs de la série stratifiée que les effets du métamorphisme régional sont remarquables.
Cependant, le métamorphisme régional n'est pas exclusivement restreint aux terrains les plus anciens, et, d'un autre côté, il ne leur appartient pas nécessairement. Ainsi, d'une part, on trouve des schistes, devenus cristallins, jusque dans les couches à bélemnites, et même jusque dans le terrain nummulitique , comme dans les Grisons. D'autre part, certains dépôts siluriens sont à peine modifiés, même dans leurs couches inférieures, ainsi qu'on le voit en Russie, en Suède, aux États-Unis.
^ Après aroir enlevé par un acide le carbonate de chaux, on a dosé le carbone par Toxyde de cuine, comme dans les analyses organiques.
L'état si remarquablement cristallin de beaucoup de terrains paléozoïques ne doit donc pas être attribué exclusivement, ainsi qu*on Ta prétendu, à quelque condition générale qu'aurait présentée le globe à Tépoque de leur dépôt, mais bien à des actions particulières qui ont aflecté certaines régions préférablement à d'autres.