FORMATION CONTEMPORAINE DES ZÉOUTHES. SOS
En faisant en 1854, des fouilles dans rétablissement ther* mal de cette localité, on a rencontré au fond d'un bassin romaifi, au milieu du béton, une substance blanche, sur laquelle M. le D*^ Labat avait appelé mon attention et que ï. le général marquis d'Espeuilles a bien voulu me com« rauniqucr*.
A première vue, cet échantillon, par sa blancheur, rappelle certaines variétés de craie ou de farine fossile : il happe à la langue; mais il diffère de Tune et de Tautre substance par une cohésion plus grande ; il n'a rien d*onctueux au toucher et prend bien le poli.
Le dépôt dont il s'agit présente une cassure feuilletée qui annonce le produit d'une concrétion. La cassure transversale, quand elle a été polie , fait mieux encore ressortir cette texture ; on y reconnaît nettement une série de couches faiblement ondulées, minces comme des feuilles de papier, qui diffèrent les unes des autres par leur degré de blancheur, ainsi que par leur éclat. Sur un centimètre d'épaisseur, on compte au moins trente-six de ces alternances bien distinctes, ce qui, pour tout l'échantillon, correspond à plus de deux cents zones successives.
Vue en tranches minces, la substance est translucide et agit sur la lumière polarisée.
Quand on en examine avec attention la cassure , on y distingue une multitude de particules très-fines, foncées et opaques, qui, malgré leur petitesse, se détachent nettement sur le fond blanc, surtout après que la tranche des feuillets a été polie. Ce sont de petits filaments rappelant certaines variétés de gœthite; il y a aussi des grains d'une autre nature qui n'ont pu être convenablement isolés et déterminés.
Saint-Httioré (Hièvre), depuis répoque romaine. Compie* r^nr/uj, t. LXIXIII, p. 421,
* CetècbiminoD a 30 centimètres sur 22 et 65 miUiinètres d'épaisseur.
â04 APPLICATION AU MÉTAMORPHISME.
Entre les feuillets, il existe parfois de petits orbicules, arrondis et très-aplatis, à texture radiée et cristalline, agi>santsur la lumière polarisée, qui, d'après un essai chimique, paraissent consister en gypse; il est possible que, par s<m mélange, ce gjpse contribue à l'action de la masse sur la lumière polarisée.
D'après une analyse faite au bureau d'essais de l'Éc-ole des Mines, la composition chimique de la substance a étr trouvée de :
Silice 76,60
Alumine 12,60
Peroxyde de fer 2,50
Chaux 1,80
Magnésie traces
Eau , 6,50
Un essai de M. Terreil a, de plus, indiqué, sur une autn* partie du dépôt, des sels alcalins (chlorures) et des sels oi^^iniques.
A raison de sa forme, de sa structure essentiellement concrétionnée et de sa cohésion, il parait diflicile d'admettre que la substance dont il s'agit consiste en un sinipli* dépôt mécanique apporté par l'eau; on doit le considiTiT comme un précipité formé par voie chimique. La teinpérature des sources principales avoisine 31 degrés.
Le silicate de Saint-Honoré diffère considérablement, par la composition, des halloysites et des autres silicates d'alumine hydratés qui ont déjà étésignalés, comme produis par différentes sources thermales, notan)ment à Plombières, à Bourbonne-les-Bains et à Bourbon-l'Archambault.
La forte proportion de silice par rapport à l'alumine 1 1 la faible quantité d'eau sont caractéristiques du dépôt dt^
FORMATION CONTEMPORAINg DES ZÉOUTflES. S05
Saint-Honoré qui, d'ailleurs, n*est probablement pas homogène, mais offre un mélange d'espèces distinctes, même après qu'il a été isolé de l'oxyde de fer, ainsi que des sulfates et chlorures reconnus à l'analvse.
Parmi les silicates d'alumine dont ce dépôt s'éloigne le moins, quant à la composition, sont la pyrophyllite et la pagodile.
Comme autre exemple d'un dépôt récent de silicates produits par des sources minérales, je mentionnerai des fragments du filon quartzeux par lequel jaillit, à Gauterets, la source de Mahoura. Sur des échantillons donnés par M. Jules François, les géodes quartzeuses présentent un enduit nacré argentin, ayant quelque ressemblance avec du talc. M. Terreil a trouvé que ce dépôt consiste en silicate (l'alumine avec magnésie, potasse et soude, et qu'il est mélangé de carbonate de chaux et de magnésie.
to Mwees AfinttidM. — Eu reucontraut des zéolithes disséminées à l'intérieur des roches volcaniques anciennes, et jusque dans leurs moindres cavités, on avait cru d'abord que ces minéraux se sont formés par ségrégation, dans la masse même de la roche, et qu'elles ont pu retenir leur eau à de hautes températures, sous l'influence de la pression. Plus tard, d'après de nombreuses observations, on fut conduit à admettre que les zéolithes ont été déposées par des infiltrations qui auraient pénétré dans les roches. Cependant, dans les conditions ordinaires des laboratoires, on n'arrivait pas à reproduire, sous forme cristalline, des silicates hydratés ; aussi, croyait-on qu'ils se sont formés à une température assez élevée et sous une pression qui ne permettait pas à leur eau de combinaison de se dégager. Au Ueu de conjectures, nous possédons maintenant une
démonstration, pour ainsi dire expérimentale, qui précise bien les circonstances du phénomène.
La maçonnerie romaine, quoique actuellement très-compacte, a donné accès à l'eau thermale, tant par ses pores que par les innombrables cavités de toutes dimensions qu'elle renferme. L'eau qui l'imbibait constamment était forcée, par la pression, d'y circuler; le massif de maçonnerie était ainsi, non-seulement baigné, mais encore traversé par l'eau minérale. 11 y avait un courant^ très-lent, il est vrai, mais continu. Un renouvellement incessant permet à l'eau qui ne renferme que des traces de matières salines d'accumuler des dépôts en quantité notable. Des actions très-faibles se multiplient ainsi, avec l'aide du temps. C'est une circonstance qui manque dans la plupart des expériences tentées pour imiter la nature, mais dont l'importance, comme application à divers phénomènes géologiques, sera facilement comprise.
A la faveur de l'alcali que cette eau renferme, elle rés^^'d graduellement sur certaines des substances qu'elle traverse, et peut-être même, sans qu'il y ait toujours véritable diss*>lution, mais par une sorte de cémentation ; elle y engendn' alors des silicates doubles hydratés qui appartiennent au groupe des zéolithes. La réunion de ces deux circonstance^ : circulation de l'eau et réaction chimique, est la condition de ces formations modernes.
Pour que les silicates se forment et cristallisent, il n'est pas besoin, à beaucoup près, d'une chaleur ausM élevée qu'on l'a supposé; une température voisine de ôO degrés suffit, au moins pour certains d'entre eu\. Les zéolithes ont par conséquent pu souvent se proiiuire dans les roches, sous la simple pression atmosphériqut* et jusqu'à la surface du sol. Il est remarquable de voir ces silicates cristalliser très^nettement, par voie aqueuse*
FORMATION CONTENPORALNE DES ZÉCUTUES. i07
à une température où ils sont réputés insolubles dans Teau.
Toutes les roches ne se prêtent pas également au développement des zéolithes. Ainsi, du granité tout à fait friable s'est trouvé soumis, dans la maçonnerie, aux mêmes conditions que la briquei sans qu'il se soit comporté comme cette dernière substance. De même, dans la nature, on n'a pas signalé de zéolithes formées aux dépens de la pâte même des granités, ni de celle des porphyres à base de feldspath orlhose : cependant ces porphyres sont souvent boursouflés et renferment des concrétions siliceuses, comme il s'en est quelquefois formé, dans d'autres roches, avec les zéolithes.
Mes expériences montrent des contrastes du même genre ; ainsi, au milieu de Veau suréchauffée, j'ai constaté que du pyroxène augite et du feldspath orthose restent tout à fait sans altération, tandis que les silicates de la nature des verres ordinaires, chauffés dans le même tube, en présence deFeau, se transforment rapidement en silicates hydratés, tels que les zéolithes.
Les deux substances où les zéolithes se sont si facilement développées à Plombières sont la chaux et la brique. Toutes deux sont précisément de la nature de celles qui entrent dans la fabrication des mortiers hydrauliques. Il est trèspossible que la connaissance des composés, parfaitement définis et cristallisés, que nous voyons s'y former par l'action de l'eau, contribue à mieux faire conualtre la nature des combinaisons des matériaux hydrauliques, et notamment, les réactions qui se font, par voie humide, entre la chaux et la pouzzolane.
208 APPUGATION AU liÊTÂNORFUlSliE.
§ 5. DEDUCTIONS CONCERNANT LES INCRUSTATIONS ZéOLITniQCES ET SIU* CEUSES QUI SE SONT PRODUITES, FREQUEMMENT ET EN ABONDANCE, DANS LES ROCHES AMYGDALOIdES ET DANS LA PLUPART DES ROCHES VOLCA- NIQUES ALTEREES.
La généralité de la formation contemporaine des zéolithos })ar les eaux thermales montre le parti que l'on peut tirer de cette étude, dans le but d'éclaircir plusieurs faits de l'histoire dos roches amygdaloïdes et de la plupart des roches volcaniques altérées.
I/ensemble des minéraux disséminés dans les innombrables cellules de la maçonnerie, les zéolithes, l'opale, l'aragonite , constituent une association qui forme fiV** quemraent l'apanage de certaines roches éruptives.
Il y a plus : toute la manière d'être de ces minéraux contemporains, rappelle, dans les moindres circonstances, leur disposition dans les nappes de basalte et de trapp douées de la structure amygdaloide. Si ce n'était la différence de couleur, il serait même très-possible de confondre le> parties de béton chargées de zéolithes avec des tufs basaltiques où se sont formés les même minéraux; les briques, avec leurs boursouflures et leurs druses, imitent d*une manière surprenante les roches amygdaloïdes.
Une telle identité dans les résultats décèle incontestablement de grandes analogies d'origine.
Beaucoup de roches d'origine éruptive se sont, en effrl, boursouflées dans la dernière période de leur refroidissemeul. Ces roches, ainsi que les brèches ou tufs dont elles sont accompagnées, ont reçu des inflllrations. L'eau |H)uvail provenir soit de vapeurs condensées, soit de sources ordinaires, soit d'une simple infiltration des eaux atmosphériques, soit enfin de l'action directe de nappes d'eau douce
DÉDUCTIONS : KOCilES AMYGDALOfDES. 209
OU marines, sous lesquelles les roches ont dû quelquefois s épancher. Dans ces trois derniers cas, en pénétrant dans Imtérieur de la roche, avant qu'elle fût complètement refroidie, Teau se trouvait nécessairement échauffée, et, en se mouvant lentement sur certains silicates, elle pouvait réagir, comme dans les maçonneries de Plombières.
Il est d'ailleurs possible que l'eau pure suffise souvent pour produire des zéolithes. Les roches volcaniques en effet reuferment déjà des alcalis parmi leurs bases. Ëchauffée en présence de certains de ces silicates, l'eau peut devenir bientôt minérale, comme M. Bunsen l'a reconnu pour la roche d'Islande nommée palagonite. L'action énergique qu'exerce l'eau sur le verre à des températures élevées, en lui enlevant du silicate alcalin, appuie aussi cette dernière supposition .
Il convient de rappeler d'abord, d'une manière sommaire, les conditions dans lesquelles se présentent les zéolithes, et les minéraux connexes dans les boursouflures des roches amygdaloîdes, ainsi que dans la pâte même de ces roches. £n rapprochant ensuite ces faits de ceux qu'ont révélés lexamen des masses zéolilhiques contemporaines, non pas ^ulement dans les cavités des maçonneries qui sont visibles à l'oeil nu, mais aussi dans les parties d'apparence compacte, les traits de ressemblance les plus significatifs apparaîtront d'eux-mêmes.
diverses roeheSf écm aéollthee et des
I. — Dans les contrées les plus distantes, les silicates <lu groupe des zéolithes se rencontrent dans des roches dites amygdaloides, avec une uniformité de caractères remarquée par tous les minéralogistes. Ces traits multiples de ressemblance s'étendent même à des massifs d'âges très-différents, lels que les mélaphyres et les diabases des terrains silurien,
210 APPLlCATiOiN AU MÉTAMORPHISME.
permiei), triasique, et les basaltes de la période tertiaire.
Partout, les caractères de ces minéraux permettent de conclure que les zéolithes se sont développées dans des boursouflures et autres cavités de la roche, postérieurement a sa consolidation. Les représentants les plus répandus de cette famille, la stilbite, la heulandite, la chabasie, la mésotyp<\ Tanalcime, la christianite, se trouvent réunis, non-seulement dans le même massif de roches, mais souvent aussi dans une même cavité, suivant un ordre de succession parfois trè>reconnaissable.
Aux zéolithes sont associées d'autres espèces minérales, qui paraissent s'être développées dans des conditions peu différentes. En tête de ces minéraux connexes se placent le quartz (agate, calcédoine et quartz cristallisé), l'opale, diverses variétés de chlorite, la terre verte, la lithomar^e, la stéatite, la datholite et Tépidote; puis un certain nombre de carbonates: la calcite, Karagonite, la sidérose; enfin, comme substances plus rares, la vivianite, la barytine, b célestine, la fluorine, le cuivre natif, etc.
Parmi les localités où les zéolithes et les minéraux connexes ont été rencontrés, nous rappellerons :
1^ Gomme masses basaltiques : l'Auvergne ; le Siebengt** birge, la Yétéravie, le Kaiserstuhl, dans le grand-duché de Bade ; le Mittelgebirge, en Bohême ; le Vicentin et les environs de Rome; les lies Cyclopes, voisines de la Sicile; la région nord-est de l'Irlande ; quelques points de l'Écosst^ et des Iles situées à l'ouest de cette partie de la Grande-Bnv tagne ; les Féroê, l'Islande, une partie du Groenland ; certaines régions de l'Inde et de l'Australie, etc.
S"" Comme roches plus anciennes dépendant des uiél.iphyres et des diabases : le Tyrol méridional, particulièrement la vallée de Passa; le Palatinat, aux environs d'Oberstein et d'Idar ; les Vosges méridionales, près de Giromagiiy : !♦•
DÉDUCTlOiNS : ROOHKS AMY(;r)ALOÎDES. 21
Nassau (schaalstein) ; le Hartz (blaetterstein) ; laThuriiigc; risère (variolite ou spilite du Drac) ; les environs du Lac- Supérieur; la Nouvelle-Ecosse et le Connecticut; l'Afrique centrale, etc.
Les zéolithes et les principaux minéraux connexes ne doJTent pas être seulement considérés comme des accidents restreints.
D'abord, les noyaux que ces substances constituent, représentent, en raison de leur volume et de leur nombre-, quelquefois une fraction considérable de la roche. C'est ainsi qu'à nie de Skye, la stilbite forme parfois des nids de 1",50 à l',oO et arrive à faire une partie considérable de la masse *. lien est de même aux îles Cyclopes, où abonde l'analcime, sous forme de noyaux et de veines*; dans le Mittelgebirge', en Islande et dans bien d'autres localités.
De plus, sans être en noyaux aussi volumineux, ces mêmes minéraux sont tellement abondants dans certaines parties de la roche qu'ils en forment une proportion importante. La vue seule y décèle parfois la présence des zéolithes, non moins sûrement que l'analyse chimique. Ainsi, en Vété ravie*, les cavités diminuent graduellement, et la roche compacte, à laquelle on arrive, renferme encore de la chabasieetde la christianite, de même que les noyaux les plus apparents. D'ailleurs, les zéolithes se reconnaissent également dans les tranches minces de ces roches, lorsqu'on les examine au microscope (basalte du Donnersberg et autres localités de la Bohême).
Les minéraux connexes des zéolithes peuvent, de même que ces dernières, acquérir aussi une grande importance dans la constitution de la roche.
<Boaé Ecosse, p. 238 et 245.
' D'après il. Sartorius de Mfaltershatfsen.
^ Reius. Omgebongen von Teplits, p. 475.
* Ta9che« Geologische Karte von Uessen. Schotten. p. 52 à 57«
^ii2 àppugâtion au métamorpuismë.
Les carbonates de chaux, de magnésie et de fer sont fréquents dans la pâte des roches éruptives. Il y a longtemps que M. Boussingault remarquait que, dans la région des Andes qu'il a explorée si utilement pour la science, les roches cristallines font effervescence, à peu d'exceptions près. Il en est de même des spilites du Drac , dont la pâte, réduite en poudre fine, cède quelquefois au delà de 10 pour 100 à un acide faible ; de la chaux se dissout alors, avec un peu de magnésie et de fer*. A Obercassel, près fionn, la sidérose ne se montre pas seulement dans les géodes du basalte, mais aussi dans la pâte où il est associé à une forte pro|)ortion de zéolithes. D'autres basaltes, du Siebengebirge, de la Vétéravie et de diverses localités, annoncent des mélanj;**^ semblables de carbonates avec des zéolithes*.
La chlorite et la terre verte, que l'analyse et le niien)scope s'accordent pour signaler comme mélangées à la pâle de diverses roches basiques, paraissent y résulter d'une décomposition. Certains minéraux, particulièrement Tauiphibole et le pyroxène, ainsi transformés en substance chloritique, ont souvent conservé leur forme cristalline. Celle chlorite a la même origine que celle qui occupe les vacuule> des parties amygdaloïdes, avec les zéolithes et les carbonates. Tel est le cas, pour le spilite du Drac, dont la pâle est intimement mélangée de terre verte et de chlorite, ainsi que de carbonate de chaux. De même, Thypéritc amygdaloide du Nassau renferme une forte proportion des deux uiêine> minéraux, plus d'un cinquième de sou poids de chacun d'eux \ Le mélaphyre du Lac-Supérieur présente un exemple de la même association \
* Gueymaitl. AnnaUi de$ Mina, 4* série, t. WHI, p. 41. Lory. Gôitlogie du h*
pbiné, p. 136.
* Von Dcchcn, Siebengebirj^e. S* édtt., p. 149. — Des Hessen Geoloyiscbe lîartr - ExpUcatioD. — Scholten, p. 52 à 57. — Alsfcld, p. 21. — Laaterbadi. p. 64.
3 Ludwig. Telle explicatif de la bcction de Gladenbach, p. 103, 108.
* Un échantillon a donné fG pour 100 de delessite.
DÉDUCTIONS : ROCHES ÂMfGDÂLOlDES. 215
la présence de Teau, dans la proportion de 3 à 4 pour 100 et au delà, est tout à fait habituelle dans les roches mélangées de carbonates qui nous occupent *.
l'UM€ilre ém cm rochoi pw Tétade des
i. — Dans leurs incrustations microscopiques, comme dans celles qui sont visibles à Tœil nu, les briques zéolithiques offrent des ressemblances frappantes avec des roches volcaniques très-répandues.
Ainsi qu'on Ta vu précédemment, la substance zéolithique imprégnant cette pâte atteint 15 ou 14 pour cent du poids total, comme dans certaines roches naturelles.
En ce qui concerne les infiltrations siliceuses, elles se rencontrent dans beaucoup de roches volcaniques, d'une teneur intermédiaire en silice, comme on le voit en Auvergne, à Santorin, à Aden, aux îles Saint-Paul et à Amsterdam*. Dans les roches volcaniques dites acides, ces infiltrations sont quelquefois très-abondantes, au point que ces roches deviennent, peu à peu, essentiellement quartzeuses, et passent à de véritables meulières. On connaît des exemples de telles silicifications dans les tufs trachytiques de la Hongrie, notamment aux environs de Tokai et de Hlinik, où les roches trachytiques, parfois kaolinisées, sont entremêlées de quartz de diverses variétés, silex, améthyste, etc. (porphyre meulière de Boudant, hydroquartzi te de Szabo), ainsi que d'opale (opale noble qui y est exploitée pour la bijouterie, ménilite, klebschiefer'.) Des faits analogues se montrent dans rUe de Hilo, où les meulières, l'opale et la silice gélatineuse sont associées à la cimolite et à Talunite \
* U pftte da mélaphyre' d'Oberstein renferme 3 pour 100 d'eau , d'après M. Delesse, ^tn^Uê deê Mine», 4* série, t XVI, p. 5tl.
* Pourees trois deraières conti'ées, d'après X. Vélain.
' Siabo. Tracfayt und Rbyolith d«r umgebun^ Tokay. — Naumann. Geognosie, t I,
* D'après M. Virlet et M. Sauvage.
2t4 APPLICATION AU IIÉTAMORPUISME.
En résumé, ce n'est pas seulement dans les boursouflures dés briques, visiblesjà l'œil nu, qu'il s'est produit, sous l'action de l'eau thermale, des zéolithes et d'autres minéraux ; mais aussi dans les parties compactes etjdans les moindres interstices perceptibles à la loupe ou au microscope.
Les briques ainsi transformées présentent une grande ressemblance avec certaines roches volcaniques altérées, massives ou à l'état de tuf, quant à la nature des substances déposées et à leur disposition. Les produits siliceux des briques rappellent les roches acides, tandis que les zéolithes et les globules de palagonite de ces mêmes briques rappellent tout à fait les roches basiques. Ces ressemblances s'étendent jusqu'aux moindres particularités, au point de tromper un] minéralogiste exercé, lors même qu'il recourrait à l'emploi du microscope, s'il n'était averti par les caractères ordinaires de la brique.
De pareils traits de similitude et même d'identité autorisent évidemment à faire un rapprochement, quant au mode de formation.
Or, les circonstances dans lesquelles a eu lieu cette formation contemporaine de zéolithes, accompagnées d'opale, de calcédoine et de carbonates, nous sont parfaitement connues. Nous avons en quelque sorte sous les yeux une eipérience des plus instructives, instituées depuis une longue série de siècles. C'est, on peut le dire, une véritable démonstration expérimentale de faits importants dans l'histoire des roches éruptives et particulièrement des roches volcaniques altérées. 11 s'agit ici de types, divers et très-répandus, de roches volcaniques, contenant des zéolithes, de l'opale, de la calcédoine et d'autres variétés de quartz, de la^terre verte, des carbonates, et caractérisés par la présence de l'un ou de l'autre de ces groupes de minéraux.
Quand nous parlons de l'eau thermale, nous n'excluons
DÉDUCTIONS : ROCHES ÀMYGDALOlDES. SI 5
pas les émanations de vapeur à haute température, telle que Ton en connaît dans les laves actuelles; mais on ne doit pas oublier qu'une eau de 40 à 70 degrés et à peine minéralisée, comme celle de Plombières, a produit des minéraux variés et abondants*
En dehors des roches volcaniques ainsi transformées, dont il Tient d'être question, j'ajouterai qu'il en est d'autres, où la transformation parait s'être faite sous les mêmits influences, mais d'une manière encwe plus complète. Telle est la palagonite qui, comme on le sait, est un tuf volcanique très-hydraté, dans lequel des concrétions, d'apparence spéciale, remplacent les cristaux de la roche primitive. Il en est probablement ainsi pour la serpentine qui parait aussi résulter, dans la plupart des cas, de la transformation de roches à base de péridot. L'hydratation des roches perlitiques, où des concrétions hydratées incrustent des fissures enroulées, provient peut-être d'un phénomène analogue. Ces der» nières roches peuvent être considérées comme des états plus ou moins avancés d'un même mode d'altération, sous des influences aqueuses.
■teouéns Les zéolithes n'appartiennent pas seulement
aux roches éruptives; il s'en rencontre également dans certains gites métallifères, tels que les filons d'Andreasberg au Harz, de Kongsberg en Norv^ége et les amas filoniens du Banat. Une association très-remarquable de ce genre se montre dans les gîtes de cuivre du Lac-Supérieur, où le cuivre gris, par exemple, est souvent disséminé dans la prehnite et quelquefois même remplacé par ce minéral.
Ici les minéraux métalliques se sont souvent enchevêtrés au milieu des zéolithes, de manière à montrer que les uns
216 APPLICATION AU MËTAMORPUISME.
et les autres se sont produits, à peu près, dans les mêmes circonstances.
L'association intime entre des combinaisons de nature aussi différente s'explique par ce que nous voyons à Bourbonne, où les zéolithes se sont déposées, dans une même eau, à côté du cuivre gris, du cuivre pyriteux et d'autres combinaisons habituelles aux gîtes métallifères.
ZéoUlhM émmm Um temOu stemiUlés. — LeS zéolitheS ne SOnt
pas nécessairement limitées aux roches éruptives ou au\ filons. Depuis longtemps on connaît la mésotype et la stilbite dans les calcaires d'eau douce de l'Auvergne, et l'apophyllite a été signalée par Haidinger dans les calcaires fossifères de l'Ecosse *. D'après M. Sismonda, la chabasie s'est développée en rognons cristallins dans le grès tertiain' supérieur des environs de Crevacuore, dans le voisinage des mélaphyres". M. Delesse a constaté, par l'analyse, la présence de silicates hydratés de nature zéolithique, dans de nombreuses roches stratifiées, qui ont été modifiées par des masses trappéennes^ L'exemple de la maçonnerie de Plombières s'applique également à la production des zéolithes dans les terrains sédimentaires.
§ 6. DÉOUGTIOMS DES EXPÉRIENCES ET DES OBSERVATIONS QCl Pa£- CÈDENT EN CE QUI CONCERNE LES ROCHES ÉRUPTIVES ET LES ROCHES MÉTAMORPHIQUES.
Les divers résultats qui ont été exposés dans les § 3 cl i permettent de se rendre compte de certains faits de l'histoire
> Toêchenhuch fur Uineralogie, i82S, p. 642.
* BulL de la Soc. géoL de France, i'* série, t. IX, p. SS9.
' Êtudeê êur le méiamorphiime, {Annaieê de* Minn^ &* sér., t. XII, p. 89.)
l^DCnONS : ROCKES ËRUPTIVES ET IkÉTAMORPHIQUES. 217
des roches silicatées, en général, tant éruptives que métamorphiques.
roches éraptiYc». — Quel que soit l'état moléculaire de Teau dans les laves, elle intervient peut-être à la surface et surtout dans les régions profondes , pour les faire passer à Tétat cristallin, à peu près comme, dans les expériences de laboratoire, pour déposer le pyroxène en cristaux parfaits. Ainsi, dans Tun comme dans l'autre cas, Teau parait favoriser le départ de substances qui resteraient mélangées, et permet la cristallisation des silicates à une température bien inférieure à leurs points de fusion.
C'est peut-être encore par l'influence de cette sorte d'eaumère que les mêmes silicates cristallisent dans une succession, qui est souvent opposée à leur ordre relatif de fusibilité. On sait, par exemple, que l'amphigène, silicate d'alumine et de potasse, qui est infusible, s'est développé , dans les laves de l'Italie, en cristaux souvent très-volumineux, qui empâtent de nombreux cristaux de pyroxène, substance dont on connaît la fusibilité.
Ces anomalies apparentes se présentent d'une manière encore plus frappante dans le granité, qui diffère de tous les produits de fusion sèche que nous connaissons, et l'on a cherché à s'en rendre compte par diverses conjectures. On l'explique à peu près de la même manière ; seulement dans le granité l'action de l'eau parait, d'après les ingénieuses remarques d'Élie de Beaumont, avoir été, encore plus que dans les laves, aidée par quelques auxiliaires, tels que des chlorures et des fluorures. Dans les porphyres feldspa- Ihiques quartzifères, l'eau a pu suffire seule pour donner naissance aux cristaux bipyramidés qui caractérisent celte roche.
318 APPUCATHHi AU MËTAÏCttPiflSME.
La remarquable association de silicates anhydres et de silicates hydratés que présente le basalte, le phonolithe et d'autres roches, n'a plus rien de surprenant, après les expériences dont je viens de rendre compte. Car dans la même opération et dans le même tube, j'ai obtenu, outre le quartz, des cristaux de pyroxène disséminés au milieu d'une zéolithe, c'est-à-dire simultanément deux éléments constitutifs du basalte.
Une autre difficulté s'offrait, quand on considérait, d'une part, l'état de mollesse ou même de fluidité de certaines roches éruptives, et d'autre part, leur faible chaleur primitive, bien établie par diverses circonstances. Celte difficulté est encore levée quand on considère ce qui s'est passé dans les mêmes expériences. Des tubes en verre parfaitement réguliers ont été retrouvés, après Topération, gauchis, déformés, couverts d'ampoules, de manière à prouver qu'ils ont subi un véritable ramollissement. 11 y a plus : quelquefois le tube a en quelque façon disparu ; il s'est transformé en une sorte de boue , présentant probablement une grande analogie , tant comme consistance que comme composition, avec l'état originaire de certaines roches éruptives.
Ajoutons encore que l'eau a eu sans doute son influence, même dans les actions mécaniques auxquelles est due la sortie des roches éruptives. En effet, dans la relation de mes expériences, j'ai insisté à dessein sur l'augmentation de volume qu'a pris le verre transformé en zéolithe par l'action de l'eau ; on doit en conclure, d'une manière extrêmement probable, qu'au moment de leur hydratation, certaines roches ont éprouvé un phénomène de foisonnement, analogue à celui dont on a de nombreux exemples naturels, par exemple lors du changement de