FORMATION DES GALETS, DU SABLE ET DU LIMON. S
dans la trituration des roches quartzeuses, du sable proprement dit.
Malgré les chocs violents qui résultent d'une vitesse comparable à celle des vagues les plus rapides, les éléments du granité ordinaire n'éprouvent jamais une simple désagrégation, à moins que le feldspath ne soit en décomposition préalable. Le tout se pulvérise, et le peu de sable qui se forme, en même temps que le limon, est toujours très-fin. Les fragments les plus gros n'ont jamais dépassé le grain des sables de Fontainebleau; leur diamètre n'atteint pas un quart de millimètre.
Les grains de ce sable artificiel ne sont arrondis qu'accidentellement. On reconnaît sous la loupe qu'ils sont entièrement composés de quartz en fragments anguleux, entremêlé de quelques paillettes de mica.
Le feldspath a disparu à peu près entièrement, quoiqu'il domine de beaucoup dans la roche granitique. Il est entièrement passé dans le limon, et cette circonstance s'explique parfaitement par la facilité de ses clivages, et peut-être aussi parla réaction chimique qu'il parait exercer sur l'eau dans cet état de division extrême.
Il en est de même sur les falaises où une roche granitique altérée est soumise à la trituration des vagues; elle ne fournit qn*un sable quartzeux, pauvre en feldspath.
C'est par le même motif qu'en dehors des grès arkoses qui ont, pour ainsi dire, été formés sur place, les grès à débris feldspathiques sont rares. Cette circonstance peut faire supposer que certains grès quartzeux et micacés, à grains anguleux, sont un produit de la trituration granitique ^
Puisque des sables grossiers ne résultent pas de la tritura-
' Dans les mêmes circonstances, le calcaire foarnirait uniquement du limon : aussi ne conmlt-oa guère de isable purement calcaire, à part celui qui provient de la simple désafrégatîoo de* certains calcaires, tels que le calcaire oo!ithique, le calcaire à milIioUtes, où les Kkbalês prééiikUieDt.
S54 APPLICATION AUX MÊNONÈNES DE TBANSFORT.
tion du granité et des roches quartzeuses, il faut chercher ailleurs leur origine.
Quand les roches, au lieu de se broyer ^tiis le choc mutuel des galets agités par l'eau, s'écrasent sous H pression des glaciers, elles produisent aussi du sable ; mais ce sable est composé de débris anguleux et irréguliers de toute gfMseur. Il est continuellement entraîné et rejeté par le torrent qui sort du glacier et qui en fait le triage.
Le quartz y prédomine : il y est souvent accompagné de mica (ou de chlorite, dans les Alpes). Mais le feldspath y est aussi d'une extrême rareté ; par conséquent, il doit disparaître dans cette opération par des causes du même genre que dans les sables d'origine aqueuse.
Je rappellerai d'ailleurs ici que j'ai obtenu des sables tout à fait comparables par leur irrégularité aux sables des glaciers, quand j'ai, à la manière des glaciers, opéré la trituration des roches par pression et frottement.
Bien que les glaciers occupent une faible partie de la surface du globe, la quantité de débris de toute dimension pro* duite par leur action triturante ne laisse pas que d'être considérable. Ainsi, le seul glacier de l'Aar, qui, avec ses affluents, n'a qu'une surface de 60 kilomètres carrés, fournit par jour, d'après les observations de H. Dollfus-Ausset, 100 mètres cubes de sable, qui est emporté par le torrent *. V ablation des vallées par les glaciers parait donc bien supérieure à celle que produisent la plupart des cours d'eau, à égale superficie du bassin. Aussi les glaciers des régions polaires doivent-ils fournir journellement d'énormes volumes de sable, que les courants provenant de la fusion des glaces vont porter dans toutes les régions de l'Océan, et jusque sous l'équateur. Depuis qu'il existe des glaciers, les mers
* CoUomb, XI» Sémoire sur les glaciers actuels» àhêuiUm dmMùm, 1* •èrie, t II fA^