Géognosie, 1. 1, p. 884 ef
mécaniques. Gela explique pourquoi on retrouve des caractères uniformes dans des terrains d*âges très différents, auxquels s'est imposée la schistosité. Dans les Alpes, les couches liasiques, crétacées et nummulitiques, en présentent de nombreux exemples ^
La cause de la schistosité paraissant reconnue, on peut retourner la question et, dans certains cas, se servir de cette empreinte signiGcative d'anciennes actions mécaniques, à peu près comme on se guide, d'après les dislocations des roches sédimentaires, pour discerner les actions mécaniques subies par Técorce terrestre. La position de ces feuillets, considérés dans leur ensemble géographique et topographique, est comparable a l'appareil enregistreur, fréquemment employé dans les expériences, pour représenter des mouvements.
Caractères 4e la stmcCvre 4ite ett ^9^mimii. C'cst particulièrement dans les massifs centraux des chaînes de montagnes que cette disposition redressée du gneiss et tieses congénères mérite l'attention, à cause de la tendance à une régularité géométrique qui s'y manifeste fréquemment. Déjà de Saussure avait remarqué que le massif du Mont-Blanc < se divise en grands feuillets, qui ont leurs plans exactement parallèles entré eux, et, ce qui est bien remarquable, qu'ils sont parallèles à la direction de la chaîne* >. De plus, ce grand observateur avait constaté que ces feuilletSi qui sont à peu près verticaux dans le centre du massif, prennent des positions inclinées dans les parties latérales, et qu'ils plongent symétriquement vers l'axe central, de manière à présenter, dans leur section transversale, la forme d'un éventail entr' ouvert (fig. 160). En
* Toir àce sojet les études de HH. Lory et Uetm.
* Yo^get dam Uê Alpe$, g 569.
4S6 AFPUCiTlON A U SCHISTOSITÉ.
outre, comme l'avait déjà remarqué Jurine, la protogiue, qui forme la masse centrale, se lie par des passages graduels à des gneiss et à des talcschistes qui renTeloppent sur une grande épaisseur, excepté du côté méridional ^
Un autre trait de structure complète le premier : les terrains stratifiés ont été recouverts par des masses cristallines diverses, formant surplomb, qui ont été poussées, au milieu d'eux, comme dans une déchirure, en forme de boutonnière, suivant ^l'expression d'Élie de Beaumont. C'est donc un ren-
* A t » l l KlIœl-
Fig. 1$0 -> Coupe générale, d*;iprés M. Alp. Favre. da massif du Vont-Blanc, faisaat \w la «" ^ture en éventail des roches cristallisées et stratifiées qui le composenL — Échelle de ï^ «
versement de l'ordre normal. De même que les schistescri<tallins qui leur sont immédiatement juxtaposés, les roches stratifiées plongent vers Tintérieur du massif*.
Une structure semblable a été reconnue, ensuite, dan^ d'autres massifs centraux de la chaîne des Alpes, particuli<'rement au Saint-Gothard, dans les Alpes bernoises, au Mvoux, dans la chaîne de Belledone, ainsi que dans les Pjrt^ nées, à la Maladetta et ailleurs.
Comment expliquer une disposition, qu'on croirait ainrmaie et exceptionnelle, si elle ne se reproduisait dans u:i
* FaTre, op, cit., t. III, p. 298.
• Voir, dans rouvrasc précité de U. Favre, les planches XVIU, XIX et XXII.
grand nombre de massifs? Deux hypothèses principales ont été proposées, selon que l'on considère les feuillets des roclies cristallines, comme les indices de couches, ou que l'on suppose que ces masses, n'étant pas rigoureusement solides au moment de leur intercala tion, se sont alors laminées.
Si on admet cette dernière supposition, c'est-à-dire que les roches cristallines jouissaient d'une certaine plasticité, comparable, par exemple, à celle des glaciers, leur nature feuilletée^ ainsi que les principaux caractères de la disposilioD de leurs feuillets, paraissent pouvoir s'expliquer assez simplement.
D'abord la poussée de bas en haut, qui a porté ces masses jusqu'à une altitude de plus de 4000 mètres, lors même qu'elles n'auraient été que faiblement plastiques, a dû nécessairement y déterminer une schistosité, dont le feuilleté était parallèle aux parois de cet énorme jet, c'est-àdire à peu près vertical. Il en a été ainsi, tant que les masses sont restées encastrées et comprimées entre deux parois latérales.
Mais, lorsque ces masses, approchant de la surface, ont commencé à se dégager des puissantes pressions qu'elles Tenaient de subir, leur régime a dû se modifier.
Des expériences spéciales ont été faites pour éclairer le mode d'écoulement qui correspond à cette dernière condition.
ExpérioMe». — De l'argile, préalablement bien malaxée et à peu près desséchée, a été coupée, en forme d'un prisme carré. Après l'avoir placée entre deux plaques carrées, de même dimension que la base du prisme, on l'a soumise à Taclion de la presse hydraulique. Dans cette opération, il est sorti de chacune des quatre faces latérales une bavure, dont
438 APPLICATlOIï A LA SCfflSTOSITÊ.
la forme évasée, par suite du changement de pression, s.' raccordait avec les faces du prisme. La masse ainsi déformée (fig. 161) présente, dans sa cassure transversale, un<" teiture essentiellement schisteuse, qui est ainsi disposée : dans toute la partie serrée entre les plaques, les feuilleN sont à peu près parallèles aux deux parois ; mais dans la parlic
entre deui pliqu«i pinllèlea cl pra diiUnlai. La prïiiion honioaule d« Il pUfv I'' '> acquérir ifibord la itractarc feaillatée, qui l'tpaDOuiten ^lanUil. la daU iït hmiia t" plaquai. — Ëcbille da J.
qui dépasse ces plaques, on voit les feuillets s'infléchir <i s'éloigner de l'axe, de manière à être parallèles aux ilf»» surfaces extérieures du jet, qui vont elles-mêmes en s'èiartant de plus en plus. Le feuilleté est surtout prononce ^ proximité des deux surfaces externes; it l'est, en généralbeaucoup moins vers la partie centrale.
STRUCrORE DITE EN ÉVENTAIL. 45»
Celte expérience, qui a été répétée, donne toujours la même disposition. C'est comme un faoïimile, en miniature, de la structure feuilletée en éventai!.
Ou plomb soumis à une expérience analogue a donné des résultats non moins significatifs. Deux plaques rectangu-
m trantail, oblcnan :
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■e égaler le méul, 1 II ininiére de l'irgila de l'eipérieace préeédeole. Vue ea pu.-uhellede j
laires de plomb (flg. 162 et 165) ont été juxtaposées; sur )a grande face de chacune des deux plaques, on avait tracé, au burin, des lignes parallèles qui, après la déforma-
lion, devaient servir à constater les caractères de l'écoulement. Puis, les deux plaques furent juxtaposées, comme il est indiqué en plan (fig. 163) ; un enduit de cire appliquée sur les deux surfaces les empêchait d'adhérer. Ces deux plaques ont été alors soumises, entre deux pièces de fer, à une pression d'environ 10000 kilogrammes, soit 500 atmosphères, qui a déterminé l'écoulement; la pression était
«U APPUUTION k U SCH1ST06ITÊ.
appliquée perpendiculairement au petit cùlé, comme l'indiquent les flèches. La forme indiquée parla âgure 165 se Iran»-
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forme alors, ainsi que le montre la ligure 164. De i>1iicomme on le voit, le feuilleté s'est accusé, dans la partie eu-
castrée, par de nombreuses rides saillantes et rentrantes, parallèles entre elles et au sens de récoulement. A partir de la portion encastrée, les rides vont en divergeant. Quant aux lignes tracées au burin, elles sont effacées dans la partie très comprimée et très ridée; mais elles sont conservées vers les extrémités, qui ont échappé aux efforts principaux. De même que les rides, Tensemble de ces lignes indique nettement la structure en éventail.
En dehors du fait principal, il y a un fait secondaire qui mérite l'attention : ce sont les bavures 1,1 (fig. 164), que la pression provoque, des deux côtés, sur le plomb, qui s'insinue entre les plaques deferFF qui le compriment et la monture de l'appareil. Quoique solide, le plomb vient se mouler dans les fissures minces, à travers lesquelles il se lamine, tout comme s'il était à l'état pâteux. 11 forme ainsi deux lames minces, ou crêtes, dont la plus grande hauteur correspond au centre du pincement. Les déchirures D et les stries que présentent ces lames marquent les circonstances du mouvement. Ce fait trouve son analogue dans la nature, par exemple, dans Tintercalation à travers les fentes, de certaines roches qui n'étaient plus fluides, mais qui étaient poussées par de fortes pressions.
En ce qui concerne les grands phénomènes mécaniques de récorce terrestre, l'expérimentation, qui ne peut les reproduire qu'en les réduisant à une très-faible échelle, n'est sans doute pas aussi concluante que pour la synthèse des anciens phénomènes chimiques et minéralogiques ; on ne doit y recourir qu'avec beaucoup de réserve, sous le risque d'en abuser. Il parait cependant juste de prendre en sérieuse considération une ressemblance aussi fidèle, quant aux traits caractéristiques, que celle qui vient d'être signalée. N'est-on pas autorisé à en induire une certaine analogie dans les causes, surtout dans ce cas particulier,
442 APPLICATION A LA SGHISTOSITÊ.
OÙ la structure générale du massif montagneux est en relation manifeste avec la texture schisteuse des roches qui le constituent, c'est-à-dire avec un caractère de détail intime, qui rentre essentiellement dans le domaine de Ye\périence?
Effets dus à la proIong^attoB de WÊÈOUweutmmtm i;radaels« fmaU* riearement A eenx qui ont produit le ffeatUeté. — L'examCR (loS
minéraux que renferment les roches schisteuses cristallisées fait supposer qu'un certain nombre d'entre eux étaient dqi formés, quand la schistosité s'est produite. Tels sont les cristaux d'orthose, d'oligoclase, de mica, qui sont alignés, comme dans les expériences qui précèdent. Il en est de même du grenat, dans beaucoup de leptyniles, de micaschistes, et de certains cristaux d'amphibole, dans ces derniènroches.
Mais il est aussi des cristaux qui ont pris naissance \)h\> tard, lorsque la roche avait déjà acquis la schistosité. CV-i ce qui a eu lieu, dans les phyllades, pour des macles, nolaiiiment aux Salles de Rohan, en Bretagne, comme Ta monlif Durocher ^ En effet, les prismes, appartenant à ces subslaiices, ne sont pas ordinairement couchés dans le plan d<-^ feuillets; ils les coupent quelquefois obliquement et perjKndiculairement.
Cependant ces macles, elles-mêmes, ont été, dans certaincas, tordues et gauchies d'une manière évidente, comme (hi le voit, par exemple, à Marsac (Loire-Inférieure) V Ce (1*tnier fait témoigne que la roche qui sert de matrice auv macles, bien qu'à peu près solide, lorsqu'elle s*est feuillt^ tce, a continué à se mouvoir pendant un certain temp^ sous l'influence des fortes pressions auxquelles elle était
* Btdl, Soc. géoL 2« ter., t. IH. p. 552.
* D'après des échantillons recueillis par M. RousseUe, professeur à Gnaàicmt << offenspar lui àrËcole des Mines.
smodise. Telle parail également la cause de cristaux courbés, brisés on écrasés, comme les tourmalines ployées, puis ressoudées parle quartz, qui sont connues dans les schistes tal- (]ucux duTyrol. Quelquefois la pression s'annonce seulement par une déformation qui se reproduit la même, sur tous les ffistaux voisins (fig. 165). C'est ce que prouvent non moins l'iairement les plissements de feuillets qui sont si fréquents dans les roches schisteuses cristallines, gneiss, micaschistes H phyltades.
 ce dernier point de vue, la nature de la substance qui a i-eiDpli les intervalles existant entre les segments des bélemiiites des Alpes, dont il a été question plus haut, mérite l'at-
lenlion. Ces intervalles ne sont pas restés vides ; ils sont en ^'énéral occupés, non par le calcaire argileux qui empâte le lossile, mais par une substance qui s'y est déposée chimiquement, sous rinfluence d'une eau minéralisée. C'est, tantôt de la calcite, tantôt du quartz, tantôt simultanément ces deux substances, qui sont à l'état cristallin. Ces minéraux sont évidemment venus remplir un espace qui était libre Après la séparation des tronçons; ce vide a appelé des iiililtratioos aqueuses et un dépôt de substances minérales. L'expérience a appris que le quartz hyalin, comme la calcite, cristallise facilement dans l'eau suréchauffée. L'association <|ui se constate ici est analogue à ce qui s'est produit à l'époque actuelle à Plombières, où de l'opale mamelonnée s'est déposée avec de la calcite.
4U APPLK4TI0}) A U SCHISTOSITË.
Or,la calcite et le quartz ontici une leslure esseatiellemeat fibreuse, et les fibres de ces deux espèces miDérales sont dirigées parallcleroenl à l'aie de la bélemoite, c'est-à-dire perpendiculairement aux bases circulaires qui terminent chaque tronçon. C'est une disposition semblable à celle des veinules de glace fibreuse que l'argile sécrète dans ses gerçures pendant l'hiver, ou à celle des veinules du gypse et du sel gemme, séparés au milieu de l'ai^ile, en Gbres également
tig. lU.— Sjili'medc diicliwi panllélet, dé<clo|ipta pir éliremcntdinilci icbisua lastrfc ik' !■ Hidelcine (Tarenliifc) et allribuéesia liiit; cesdiiclMei «'iil incrut^ndecilcileitcnl li ttniclurc llbreuie (H les inclusioiu d« Tnfiineùis scbitleui ■pnoac«nt que lenr Mitrwn el leur nmpliwge ont i-té gradueU «t (imallioti. ~ Ëcfaelle de j.
perpendiculaires aux parois. Cette analogie porte à admettre que l'écartement des tronçons des bélemniles dont il s'agit s'est aussi opéré graduellement. Les minéraux, dont nous venons de parler, sont comme les témoins permanents de celte dernière circonstance. Les catcscbisles de la Madeleine, prèsMoutiers, très-connus par les veines blanches de calcaire qui tranchent sur leur fond gris (fig. 166), présentent de^ faits du même genre.
On sait que l'étude des fiions métallifères a conduit aussi à cette conclusion que, dans beaucoup de cas, les failles.
STRUCTURE DITE EN ÉVENTAIL 4i5
qui leur servent de réceptacles, se sont ouvertes peu à peu.
Tous ces faits tendent à faire reconnaître, de toutes parts, dans l'intérieur des roches, les vestiges de mouvements lents et graduels, qui se sont prolongés pendant longtemps.