‹ Études synthétiques de géologie expérimentaleChapitre 82 sur 184 · EXPÉRIENCES RELATIVES AU FER DE SAINTE-CATHERINE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES RELATIVES AU FER DE SAINTE-CATHERINE

Un autre caractère très-remarquable des échantillons qui nous occupent, c'est que le fer natif est enveloppé, sur une grande partie de sa surface naturelle, par un enduit noir, très-mince, qui en forme comme la croûte et qui a les caractères de l'oxyde de fer magnétique ou magnétite. Cet enduit présente une multitude de facettes cristallines, parmi lesquelles, malgré leur petitesse, on distingue, au microscope, des rhombes, indiquant le dodécaèdre rhomboïdal régulier.

De plus, la pyrrhotine est également recouverte d'un enduit semblable de magnétite, qui présente le même caractère cristallin que celui qui s'est appliqué sur le fer. Il y a continuité entre l'un et l'autre.

Non-seulement la pellicule de magnétite couvre la surface des échantillons formés par l'association du fer natif et de la pyrrhotine, mais aussi elle a pénétré dans l'intérieur, sous forme d'enduits, qui se sont appliqués sur les parois de très-nombreuses fissures, et toujours à l'état cristallin. La magnétite s'est même introduite jusque dans l'intérieur du fer natif lui-même, où elle forme de petits nids irréguliers.

En général, l'enduit oxydé a une épaisseur bien inférieure à un millimètre, et adhère très-fortement à la substance sur laquelle il s'est appliqué ; de telle sorte qu'il est diflicile de le détacher à l'état de pureté pour en faire un examen chimique. D'après un essai, il parait lui-même renfermer du nickel.

L'idée qui se présente est que ces masses métalliques, lorsqu'elles étaient encore à une température élevée, ont été soumises à une action oxydante, telle que celle de l'oxygène ou de l'eau. Au lieu de s'arrêter à la surface, l'oxydation a pénétré dans l'intérieur et par des fissures très-étroites. Il n'est pas hors de propos de rappeler que l'on a récemment fait agir la vapeur d'eau sur le fer, fortement

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échauffé pour lui donner un enduit d*oxyde magnétique, également très-adhérent, qui le préserve de roxydation.

Il importe toutefois de remarquer que la pellicule oxydée qui s'est formée sur les fers météoriques de Braunau, lors de leur passage à l'état incandescent à travers l'atmosphère, diffère beaucoup, dans son aspect, de la croûte que nous venons de signaler; ainsi, sur l'holosidère de Braunau, h croûte est mate, sans cristallisation et avec des indices de ruissellement.

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pyrrhotine qui cimente les fragments de fer est intimement mélangée de graphite.

Cette association du graphite au sulfure de fer est trèsfréquente dans les météorites; tel est paiticulièrement le cas pour les rognons de sulfure enveloppés dans le fer de Caille et dans celui de Toluca (Mexique). Pour ce dernier, le carbone très-divisé peut être reconnu à l'œil nu, daus un nodule sulfuré, à cause des taches noires et irrégulières qu il y forme. D'un autre côté, le graphite des météorites contient souvent du soufre, à un état de combinaison encore inconnu, ainsi qu'il résulte des expériences très-délicates de M. Lawrence Smith. De plus, dans chacune des deux localités dont il vient d'être question, le sulfure est séparé du fer par une écorce minâe dephosphure ou schreibersite, lequel est lui-même mélangé de graphite.

Une association aussi habituelle ne peut être fortuite. La réaction suivante, que j'ai essayée, peut en rendre compte. Si l'on fait passer du sulfure de carbone, à la température du rouge naissant ou du rouge prononcé, sur une barre de fer, celle-ci se recouvre bientôt d'une pellicule d'un jaune

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de bronze et à éclat métallique (fig. 200). Cette substance est cristalline et Ton y distingue la forme de lames hexa* gonales bordées de facettes rectangulaires. Elle est soluble dans les acides, avec dépôt de soufre et présente les caractères de la pyrrhotine. Le soufre déposé est mélangé de graphite, de même qu'il arrive pour la pyrrhotine des météorites.

Dans les météorites, le sulfure de fer est donc mélangé de carbone, comme si cette combinaison résultait de Faction du sulfure de carbone sur le fer. C'est une supposition à laquelle était déjà arrivé M. Berthelot, lorsqu'il examina le graphite du fer météorique de Cranbourne^ Dans cette

Fif. no. — ProdoetioQ artificielle de la pyrrhotine associée au graphite, sur une barre de fer soainlse,aa ronge, à l'action des vapeurs de sullùre de carbone. ~ Grossissement de deux fois.

même hypothèse, l'association du carbone au phosphure de fer correspondrait peut-être à l'action du sulfure de phosphore sur le fer métallique. 11 est à remarquer que le sulfure et le phosphure renferment du nickel, comme le fer natif auquel ils sont associés. C'est dans des nodules de cette sorte que le sulfure de chrome et de fer (daubréelite) a été découvert par M. Lawrence Smith.

Parmi les actions par lesquelles on peut expliquer la rupture d'une masse aussi tenace que le fer de Sainte-Catherine, nous ne connaissons guère que celle de gaz fortement comprimés, tels, par exemple, que nous pouvons les produire artificiellement par l'explosion de la dynamite.

D'après ce qui vient d'être dit, il ne serait pas impossible

* ÂmuUei de chimie et de physique, 4* série, t, XIX, p. 428,

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que les gaz ou vapeurs qui ont produit Texplosion eussent eux-mêmes fourni les substances qui en ont ensuite et immédiatement cimenlé les fragments. Car l'émanation qui a produit ces substances* et la magnélite en particulier, a pénétn^ profondément dans les fissures capillaires. Or, c'est exacte* ment ce qui arrive, quand les gaz de la dynamite, après avoir brisé et craquelé le fer, y font pénétrer les poussières ambiantes jusque dans les moindres fissures'. C*estceque nous montreront les expériences exposées plus loin.

£corce de Itmonlte et antres predvito d'aliératloM. RcâU-

coup des échantillons du fer natif de Sainte-Catherine sont enveloppés d'une masse ocreuse, formant une écorce, dont l'épaisseur dépasse plusieurs centimètres, et qui pénètre irrégulièrement dans l'intérieur. Elle est souvent àuw, susceptible d'un beau poli, et ne se laisse pas rayer par une pointe d'acier. Parfois, la limonite est cloisonnée, de manière à rappeler la structure bréchiforme de la masse métallique dont elle dérive. En quelques parties, on y distingue un dépôt bleu et pulvérulent de phosphate de fer ou vivianite, et un enduit mince jaune verdâtre, qui parait èln* aussi un phosphate de fer. Ailleurs, c'est un enduit vert de carbonate de nickel hydraté. D'un autre côté, des parties encore brillantes ont résisté à l'oxydation, et consistent, soit en schreibersite, soit en un alliage de fer et de nickel moins altérable que la masse. Au milieu de toutes les parliez ocreuses, se distinguent de très-nombreux grains de quarti hyalin, tels qu'en contient le granité. Ils proviennent sans doute de la roche sur laquelle reposait le bloc de fer, quand il s'est oxydé ; du mica altéré y est aussi disséminé. Ces masses ocreuses sont habituellement magnétipolaires,

* Compin rendue, t. LXXXV, p. 957.

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