SYNTHÈSE CHIMIQUE DES MËTÉORITES
Déjà nous l'avons mentionnée dans la première partie de cet ouvrage (p. 339), à propos des systèmes orthogonaux de cassures, ou diaclases, qui la traversent, mais elle mérite de nous occuper encore, au point de vue des expériences synlliétiques qui servent à en expliquer la constitution minéralogique.
CiuutUntion hréchiromie da ter 9 appllcatkMi * rhUtoIre des tnb
niétéorui^iu». — Cc quc l'ou remarque, avant tout, sur la section polie de chacun des échantillons, c'est une structure éminemment bréchiforme (fig. 498 et 199). Malgré sa ténacité, la masse de fer a été réduite en une multitude de fragments anguleux, qui ont ensuite été cimentés par un réseau de veinules irrégulières, les unes microscopiques, les autres atteignant 20 millimètres de largeur. Sur une section de plus de 300 centimètres carrés, il est diflicile d'en trouver la surface d'oin seul qui ne présente, soit des fragments désunis, soit au moins un simple craquelé. Dans certaines parties, les plans de fissures forment trois systernes, disposés à angle droit l'un sur l'autre, de manière a simuler un clivage cubique.
Les fragments dans lesquels le fer a été brisé sont encore juxtaposés, de manière à montrer que leur position relative s'est très-peu modifiée après la rupture; parlois leur écart ne dépasse pas |^ de millimètre. Après Taction extraordinairement énergique qui a brisé le fer, les fragments, à peine déplacés, ont donc été ressoudés entre eux. De la pyrrhotine est venue les cimenter en partie ; ensuite est arrivée de la magnétile, et, ce qui prouve cet ordre Je succession, c'est que des fissures tapissées de la dernière substance traversent la pyrrhotine, aussi bien que le fer lui-même. Le faible déplacement relatif des morceaux peut
« Comptes reiidui de V Académie des sciences, t. LXIXIY, p. 4«2 cl 1508, d t. LXXXY. p. 1253.
EîPËRIBNGBS REUTIVES AU FER DE SAINTE-CATHERINE. 529
provenir de ce que la force agissante n'a duré qu'un temps très-court, et qu'ils ont été immédiatement réempâtés.
J'ajouterai qu'une partie considérable des masses de fer de Sainte-Catherine, peut-être même la plus grande partie, est en très-menus fragments, ordinairement anguleux, dé la grosseur d*une noix ou d'une noisette, qui sont restés incohérents ; c'est à cet état, parfois pulvérulent, qu'il en est arrivé en Europe près de 500 kilogrammes. La plupart de ces morceaux sont enduits de magnétite à leur surface ; ils présentent donc les mêmes caractères que les fragments de la brèche dont il vient d'être question, à la seule différence près qu'ils ne sont pas soudés entre eux. Souvent ces fragments présentent des surfaces arrQudies, qui paraissent avoir été polies ou striées par des frottements intérieurs.
Beaucoup d'entre eux sont magnétipolaires et d'une manière très-prononcée.
Quelle qu'en soit la cause, l'état concassé de masses de fer métallique, qui se montre ici d'une manière particulièrement évidente, est très-instructif pour l'histoire des roches météoritiques ; elle nous présente la phase première et significative d'un phénomène bien remarquable.
La rupture une fois produite, rien de plus facile à comprendre que les fragments, ainsi formés, se soient partiellement arrondis, peut-être par leur frottement mutuel, puis que ces fragments se soient souvent désunis. On s'explique ainsi, par exemple, des conglomérats, tels que celui de la sporadosidère de la Sierra de Chaco, formés de morceaux de fer arrondis et de très-petits grains de fer, associés à des masses pierreuses. En effet, lorsqu'une masse de fer est brisée par l'action de gaz très-comprimés, une partie de ce fer se réduit en très-menus débris, et même en poussière, ainsi qu'on le constate en faisant agir les gaz de la dynamite.
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Il est donc naturel de supposer que du fer a dû se pulvériser également lors de ruptures aussi violentes.
Une force qui a été assez grande pour briser ainsi, en menus fragments, du fer métallique et malléable, en agissant, non plus sur un métal très-tenace, mais sur une roche pierreuse, a pu et a dû la réduire en très-petits débris. La fréquence de brèches météoritiques sur lesquelles l'attention s'est portée depuis longtemps, et qu'Haidinger a qualifiées de tufs^ analogues aux tufs volcaniques, se conçoit bien facilement, en présence du type du fer de Sainte- Catherine. De même que les fragments de fer et à plus forte raison, les fragments de roches, d'abord anguleux, se sont arrondis, peut-être comme dans les œnglomérats de frùUement [Reibungs conglomercU de Léopold de Buch). L'expérience a, en effet, prouvé que des matériaux anguleux s'cmoussent et s'arrondissent assez rapidement, quand ils frottent les uns contre les autres, même sans le secours d'une trèsforte pression. Telle peut être l'origine d'une partie des gi*ains arrondis que renferment les météorites du type commun (chondrites de Gustave Rose). J'ai montré, et on le verra plus loin, que la structure globulaire, telle qu'elle se présente dans certains types, comme celui de la météorite d'Ornans, a été imitée artificiellement et s'explique par une sorte de granulation, opérée au moment où la substance se solidifie \ Mais le plus souvent, les globules des météorites paraissent être de simples débris, arrondis par le frottement. C'est ce qui résulte de l'examen de ces globules, soit à la loupe, soit au microscope,* et ce que M. Stanislas Meunier a fait clairement ressortir pour plusieurs t}7)es, tels que ceux de Saint-Mesmin et de Parnallee. D'ailleurs, ^analy^e chimique de ces globules montre qu'ils sont de même
A BullHin de la Société géologique. S* série, t. XXTI, p. 05. * Beêchreibung der MeleorileH\ p. 07 el 08, pU IV. %• 8 ci 0.
EXPÉRIENCES RELATIVES iU FER DE SÂlNTE-GiTfiERINE. 531
nature que la pâte qui les enveloppe» et que cette dernière présente cette même substance comme à l'état pulvérisé ^
w. — Une surface polie du fer de Sainte-Catherine, traitée par un acide, présente les figures dites de Widmanstaetten. Elles sont très-fines, mais on peut y distinguer une régularité géométrique, de très-nombreux traits brillants, rectilignes et très-courts, y sont, pour la plupart, orientés parallèlement à trois directions, deux perpendiculaires entre elles, la troisième à 45 de grés sur les deux autres. Ces traits correspondent probablement à des troncatures du cube sur Toctaèdre régulier. Le profil d'un cristal, qui est enchâssé dans la masse et a près d'un centimètre de côté, appartient sans doute à cette dernière forme. Au moment où l'acide commence à agir, la surface du fer se noircit.
Au fer métallique, reconnaissable à sa teinte grise, est associée une substance à éclat métallique, d'un jaune de bronze, tirant parfois sur le jaune de laiton, et agissant sur l'aiguille aimantée. Traité par un acide étendu, elle se dissout avec dégagement d'hydrogène sulfuré et formation d'un dépôt de soufre : caractères qui la distinguent à la fois et du bisulfure ou pyrite et du protosulfure et annoncent la pyrrhotine ou pyrite magnétique. Ce sulfure est nickelifère.
A part le soufre, l'attaque de la pyrrhotine par l'acide laisse un résidu noir, en petites lamelles cristallines, qui est du graphite.
Si l'on coupe certains morceaux qui, à en juger par l'aspect de leur surface, paraîtraient homogènes, on y trouve fréquemment une association des deux substances dont il vient d'être question. Dans des petits échantillons que j'ai
^ SI le bisiUcate prédomine soayent dans les globules, cela peut pi*ovenir de ce qu'ordinairemeiit il «t plut tenace que le péridot.
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reçus, tantôt la pyrrhotine enveloppe partiellement le fer comme un noyau, tantôt elle forme des veinules qui traversent le fer et s'en séparent très-nettement.
Dans ce dernier cas, la relation mutuelle des deux substances est remarquable : quoique leur séparation soit bien tranchée, on voit, d'une part, des petits fragments et des grains arrondis de pyrrhotine au milieu du fer, d'autre part, des grains de fer empâtés dans la pyrrhotine, le tout présentant un aspect bréchiforme.
Cette abondance d'un sulfure plus sulfuré que le protosulfure, au milieu d'un fer qui renferme à peine des traces de soufre, est très-digne d'attention. Contrairement à ce qu on pourrait croire au premier abord, à la vue de ces masses métalliques compactes, il est impossible d'admettre que le> deux substances aient été ensemble à l'état de fusion, et se soient séparées par un effet de liquation.
A leur contact avec le fer, les veines de pyrrhotine pn'*sentent parfois une bordure très-mince, mais très-brillante, qui a les caractères du phosphure, nommé schreibersite. Ailleurs, c'est une lame noire, dont la teinte est due au graphite.
Le phosphure de fer et de nickel que j'ai examiné, quoique en faible quantité, est le résidu du traitement de plusieurs kilogrammes de fer. Il est d'un blanc d'argent et très-fortement attirable au barreau aimanté. Certaines parties présentent des formes cristallines assez mal définies, parmi lesquelles parait se trouver le prisme carré surmonta d'un pointenient octogonal. On sait que tel est aussi le système cristallin du phosphure de fer et de nickel dissémina dans certains fers météoriques, auquel Gustave Rose a donnr le nom de rhabditCy de même que du phosphure de fet artificiel obtenu par M. Sidot ^
* Comptes rendu» de r Académie de$ Sekncee, t. LXUV, p. 1435.