‹ Études synthétiques de géologie expérimentaleChapitre 87 sur 184 · DENSITÉS COMPARÉES DES MÉTÉORITES ET DES ROCHES TERRESTRES · texte numérisé non relu

DENSITÉS COMPARÉES DES MÉTÉORITES ET DES ROCHES TERRESTRES

Il ne répugne pas à la pensée de croire que ces parties plus profondes de la Terre offrent des ressemblances avec le globe idéal que nous venons de construire, par la superposition des divers types de météorites. On peut supposer, en un mot, que Tun des globes complète l'autre, et que les roches péridotiques de notre planète cachent des masses pénétrées de fer natif et analogues aux météorites du typé commun.

On comprendra mieux cette comparaison, peut-être lia sardée, au moyen du tableau suivant, dont la première colonne contient, avec leurs densités, les principaux types de météorites, tandis que la deuxième colonne renferme les principales roches terrestres :

Densilés.

Météorites alumineuses. 5.0 à 5.5

Météorites péridotiques.

Météorites du type commun 5.5 5.8

Poiysidéres (Sierra de Chaco).

Syssidéres (Pallas) ... 7.1 7.8

Holosidéres (Gharcas) . 7.0 8.0

Densités .

Terrains stratifiés 2.6

Granité et gneiss 2.7

Laves pyroxéniques 2.9

Péridot 5.5

Lherzolite 5.5

Quand on dit que les masses terrestres ne renferment pas de fer natif, il est bien évident qu'il ne s'agit que de celles que les éruptions rendent ordinairement accessibles à nos investigations, masses qui, à raison de la grande dimension de notre planète, n'en forment qu'une sorte de revêtement.

O:WlftiE0 N5 l£l£OIIIES ITBC IfOS ROCHES PROFORUS.

K>a s^ f^nwTe qu'au dessous de ces masses alumineuse <^ cet i:iimi enlslande^ par ex^nple, deslaTes si analogues ai tyr^ d^ mêlêorites de Jurinas; qu'au-dessous de nos rocit*5 f«fr^>>tiques, dont se rapproche tellement la météorite <** rv.issîr^yT il ne se troure pas des massifs Ihenolitiques. •àiis k^wis commence à apparaître le fer natif, c*est-à- •^ir^ «^ ui soient semMables aux météorites du type commun ; jixis. t^ exi'îilinuant plus bas, des types de plus en plus riches ^a fcr, c<u\ les météorites nous présentent une série, dt* fni-k-^ cr\H>anîe, depuis ceux où la quantité de fer re- 3c^<e:i:e à p«eu pnê^ la moitié du poids de la roche, jusqu'au

V^hI.: les lùts riendraîent à Tappui de cette manière de

jLxii. et îcct en rendant hommage à la belle applica- :j.ix. zl/^ ^«ir JLmj^^èfe au magnétisme terrestre, de raclion .ihf< ^-.•-^i-ts >cr les aimants on parait reconnaître que les ...dji f bèn^-mènes n'en sont pas ainsi complélemenl .:u.^<w Ccfrtiins physiciens sont amenés i se rapprocher ô^ *^ >v . c».t>--'-'^ émise, antérieurement à la découverte de r:>::r>-x:J:^--"cl>c:e, notjimment par Halley et Chladni, oi ^^: c - Tiii^c:? à i:trî!:<:er ces phénomènes, au moins en partir, i r:fi:>Cfr:e ce misses internes de fer, dont Tiiii ,,t'u:^ rev:::. riLletti^ être modifiée par les actions aliiJo>rTi»: :';-':'S ^^ scuLires*

I j:r^ :a:^, k r.^:ine, qiie sa forte densité avait prolu- :- 01- -: r ,i«:^^i rccî^rlite, dans les régions profondes, aurait , . — , iY^ -^jvT^M. E::cilhardt, associé à du fer natif. En :>^.. : cis. >i :lj^:>-e est ir.lê au fer dans une proportion qui ^ jssf t> r^ • *'^ ^ ^^^^i ^'^^ P^^^'' ï^ rendre fortement 3^, , / • >>^ Ct: re<::i;\Hilerque, si, dans TOural, le plaliii' Xi vr;-î -> '^ -" tr- CTè en place, il est souvent incrusté de iVr

< ^u 1 1 E:<:re ê:ê rencontré, comme on va le vuir,

ASSOCIATION DU PUTDfE NATIF A DES ROCHES DE PÉRIDOT. 547

encore engagé dans des fragments de serpentine ^ Par cette association, ce métal parait donc nous apporter une nouvelle preuve de Texistence des roches magnésiennes, de la famille péridotique, à des profondeurs considérables, associées au fer chromé, si habituel aussi dans les météorites. Mais ce sujet est assez important pour nous arrêter d'une manière spéciale.

g 5. ASSOGUTION DU PLATINE NATIF A DES ROCHES

A BASE DE PÉRIDOT.

Le platine, abondamment répandu, à Tétat de pépites ou de grains isolés, dans les terrains de transport de certaines régions de l'Oural, n'a pas encore été rencontré en place, c'est-à-dire dans les roches qui le contenaient originairement. Il a été détaché de cette matrice par les triturations et les charriages auxquels sont dus les dépôts de gravier et de sable, où on l'exploite aujourd'hui.

Toutefois, les recherches qui ont été faites sur ce sujet par plusieurs géologues, ont rendu très-probable que c'est dans la serpentine que ce métal était d'abord disséminé, au moins dans la contrée de Nischne-Tagilsk. Le grand nombre de galets de serpentine accompagnant le platine conduit à cette conclusion, que confirme aussi l'abondance du fer chromé, et il n'est d'ailleurs pas sans exemple que l'on ait trouvé des grains de ce métal encore engagés dans la serpentine.

H. Jaunez-Sponville, ingénieur des mines et usines du prince Demidoff, a bien voulu, à ma prière, faire soigneu-

' 6. Rose, Beise nach lirai, t. 11 , p. 300. — Le Play, Comptes rendue de V Académie des sciences, 1846, t. XIX, p. 853.

548 CO)IPARAISOM DES MÉTÉORITES AVEC NOS ROCHES PROFO^ÏDES.

sèment rechercher, dans les exploitations qu'il dirige aux environs de Nischne-Tagilsk, des échantillons contenant le platine encore fixé dans sa gangue, et il m'en a remis quelques-uns qui sont instructifs pour cette question. J'en avais antérieurement reçu de M. Tacadémicien d'Eichwald d'autres, représentant des roches dans lesquelles le platine nV>t pas disséminé, mais qui sont particulièrement caractéristiques pour les brèches et conglomérats où Ton exploite ce métal, dans la même contrée de Nischne-Tagilsk. Parmi d' nombreux cristaux octaédriques et des grains de fer chromé, on distingue des grenailles de platine logées entré les fragments pierreux ; le ciment de ces brèches est souvent du carbonate de chaux magnésien.

* Hoche die pyrozéae oaliliie, avee péridiot, flcr^aaae et fcrehwWi iBttnemeBt MMieiée mm platlae. Un grOS galet, d'un verl

foncé et du poids de près de 2 kilogrammes, porte, en quelques points de sa surface, des indices de platine, qui est reconnaissable à sa couleur, à son éclat, ainsi qu'à son inaltérabilité par l'acide nitrique. Mais un examen plus attentif a fait constater que ce platine, au lieu d'appartenir à dt's veines traversant l'échantillon, représente seulement un enduit superficiel de métal ; c'est, comme on l'avait supposa d'abord, une simple trace, qui a peut-être été produite parle frottement énergique des pépites, comme celle que laisse un crayon sur une feuille de papier. En effet, cet enduit métallique disparait complètement, et au bout de quelques instants, sous l'action de l'eau régale.

D'ailleurs, la présence du platine a été recherchée dans ce caillou, au bureau d'essais de l'École des mines, d'abi^ni par voie sèche, puis par voie humide, et les deux rcsultab ont été négatifs.

Toutefois, comme la roche présentait de l'intérêt, à c^um*

ASSOCUnON DU PLATINE NATIF A DES ROCHES DE PÉRIDOT. 549

de son association au platine, on en a fait l'analyse quantitative, qui a donné les résultats suivants :

Silice ... 47,60

Chaux 11,50

Magnésie 26,00

Protoxyde de fer, dosé à Tétat de peroxyde. . 7,60

Alumine 5,00

Perte par la calcination 4,50

Coupée en tranches minces et examinée au microscope^ la roche dont il s'agit se montre composée, en grande partie, d'une masse très-clivable, chatoyante, dans laquelle les caractères optiques ont fait reconnaître à M. Des Cloizeaux le pyroxène sahlite\ Un autre minéral en grains transparents, moins clivable, à surface rugueuse, consiste en péridot. Quelques petits grains noirs de fer chromé y sont disséminés. Ces caractères physiques correspondent bien à la composition élémentaire qui vient d'être signalée.

La brèche platinifère renferme aussi des fragments d'un vert d'herbe, d'une roche analogue à ce gros galet, mais encore mieux caractérisée. On y distingue nettement le pyroxène sahlite, reconnaissable à ses propriétés optiques (rouge extérieur, bleu intérieur, pour la bissectrice négative), avec de nombreuses inclusions rectilignes, très-allongées et orientées parallèlement à trois directions, qui correspondent aux clivages de la substance. Des grains de péridot sont disséminés au milieu de ce pyroxène. Le tout est traversé par des veinules de serpentine.

dm péHdIot et de serpeailBe avec fer chromé, dans laquelle

le piaUae mmt encfire flxé. — Daus uu fragment de rochc où le

^ùmpteêrMdus de r Académie dee tcieneet, t. LXXX, p. 703» 1875.

550 OmPARAISM DES MËTfORITES AYEG NOS ROCHES PEOVOHBGS.

platine se montre évidemment fixé, ce métal est en petits cristaux mal formés et associé [à des grains de fer chromé» parfois cristallisés. La gangue pierreuse qui renferme les uns et les autres, a les caractères d'une serpentine ; mais, si Ton en examine au microscope des tranches minces, on reconnaît, au milieu de la serpentine proprement dite, de nombreux grains, transparents, biréfringents, agissant fortement sur la lumière polarisée et offrant les caractères optiques du péridot (dispersion très faible, p<^t pour la bissectrice positive). Il s'y rencontre, çà et là, des lamelles de diallage. Une roche, semblable à cette gangue du platine, se retrouve en abondance parmi les fragments de la brèche platinifère, avec la difTérence que, dans cette dernière, la substance agissant sur la lumière, comme le péridot, est souvent plus abondante, au point de former environ la moitié du volume. La serpentine forme de petites veines qui traversent en tous sens les fragments anguleux de péridot; cette disposition, qui est comparable à celle de certains marbres brèches, se reconnaît avec le faible grossissement d'une loupe. Çà et là, la forme cristalline du péridot s'est même conservée. L'analyse de l'un de ces échantillons a donné :

Eau chassée k 120 degrés 4,0

Eau chassée au rouge vif . 10,7

Magnésie 26,2

Protoxyde de fer (dosé à Tétat de peroxyde) et alumine, cette dernière Tacide nitrique. ] en très-petite quantité. 19,2

Chaux 0,3

Soude 0,1

Résidu blanc, léger, presque entièrement com-

,, ., .. . I posé de silice 38,6

1 acde nitrique. .( ^^^ ^^^^ ^^

Parties solubles dans

Parties insolubles dans

ASSOCIATION DU PUTIHE NàTIF à DES ROCHES DE PÉRIDOT. 551

Si les caractères optiques n'étaient pas concluants par euMnêmes, on reconnaîtrait, par la nature attaquable de la substance et par la prédominance de la magnésie, que le minéral transparent ne peut être que du péridot.

Ainsi, on est en droit de conclure que, dans la contrée de Nischne-Tagilsk, la roche mère du platine consistait originairement en péridot, lequel est plus ou moins transformé en serpentine et accompagné de diallage, minéral qui prédomine dans d'autres parties de la roche.

■oehes aa«lo|^es contenant die l'onniare d'irldlnm. — Un

autre échantillon de la même roche, quoique n'ayant que 10 à 12 millimètres dans sa plus grande dimension, présente non-seulement le fer chromé et le platine en petits cristaux, mais aussi une grande lame d'osmiure d'iridium bien caractérisée.

CawoMBt analogne A In NonTelle-Zélandle. — LeS aSSOcLa-

tions dans lesquelles le platine et le fer^ chromé ont été signalés dans la Nouvelle-Zélande, offrent une ressemblance trèsremarquable avec celles que je viens de signaler. Le platine, ainsi que l'osmiure d'iridium, a été rencontré dans la rivière Tayaka*, à proximité des massifs de la roche très-remarquable formée en grande partie de péridot, découverte par M. de Hochstetter, comme formant les montagnes de Dun, et à laquelle il a donné le nom de dunite. A cette roche de péridot est associée de la serpentine. Un échantillon de roche serpentineuse de Milford Sound rapporté récemment au Muséum* ressemble, à s'y méprendre, à la gangue du platine de l'Oural : il est d'un vert pâle, facile à rayer au

'Ton Hochstetter, fiew-Zealand^ p. 107.

' Far M. FiUiol, à qpii elle a?ait été donnée par M. le professeur Hutton, d'Otago.

559 CMPARAISOX DES MÉTÉORITES AYEC NOS ROCBES PROFO^CDES.

canir; cependant, il agit dans toutes ses parties sur la lumière polarisée*, à la maoière d'un agrégat cristallin. On y distingue quelques cristaux, dont les contours et les caractères optiques annoncent la forme rhombique qui appartient au péridot. D'après cette ressemblance avec la gangue du platine dans l'Oural, il est très-possible que le platine, dont on ne connaît jusqu'à présent que des quantités insignifiantes à la Nouvelle-Zélande, y soit rencontré plus tard, en quantité beaucoup plus importante.

Quant à la gangue du fer chromé massif, elle est cristalline ; c'est une diallage généralement verte, qui est devenue très tendre et qui passe à la serpentine, en prenant une cassure cireuse- Elle a conservé les clivagesmet A'dupyroiène {mk^ = environ 155*; m*h = AT); le plan des axes optiqm^ est parallèle à jf*. '

►. — Dans rWe de Bornéo, où It»

platine a été découvert en 1851, ce métal se trouve, ^insi que Tosmiure d'iridium, la laurite et l'or, dans les alluvions dérivant de la chaîne des Ratons, où ces substances sont accompagnées de serpentine, de gabbro et de diorite'. I>e tout est superposé à une roche serpentineuse, qui constitue sans doute la matrice de ces minéraux.

D résulte des études intéressantes récemment publiées par M. l'ingénieur des mines Yerbeeck sur le district de Riam-Kiwa et do Riam^Kanan, que, dans cette région, des roches schisteuses cristallines, entre autres Titacolumite, sont traversées par des roches éruplives, gabbro et serpentine, qui coupent aussi le terrain éocène. Outre des cristaux de

* Comm^ cela a lien dans la TîUarsite.

*D'aprè$ H. Des Ckùnaux, beau système d'aimeiQX eioentré, à Invers les minces, paraUèks à A. aTcc compeossUoo négaiîTc dans rhuile ; l'hyperbole à 945* de la normale à la plaine.

» IVi^9eWor/)r« .4itM/«i, I. cm, p. 656. — UoMmb Mrbmck, 1856, p. 416.

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