‹ Études synthétiques de géologie expérimentaleChapitre 95 sur 184 · MASSES DE FER NICKELÉ D^OYIFÂE · texte numérisé non relu

MASSES DE FER NICKELÉ D^OYIFÂE

drique des roches du premier et du troisième types, n'y a pas fait reconnaître de potassium ; mais, dans chacune d'elles, on a constaté la présence du cuivre, en même temps que celle du calcium. Ce sont des résultats semblables à ceux que le type n* 2 a fournis.

A part l'état de dissolution dans l'eau, les sels déliquescents ont été rarement reconnus dans les roches terrestres. Cependant le chlorure de calcium a été signalé comme mélangé au sel gemme et aux roches qui l'accompagnent, c est-à-dire au gypse et à l'anhydrite, ainsi qu'à la boracite *.

Halgré ces exemples, on ne devait pas s'attendre à rencontrer des substances déliquescentes dans des roches métalliques ayant l'aspect du fer. Quoique le chlorure de fer se soit depuis longtemps trahi dans quelques fers météoriques ou holosidères, en venant graduellement suinter à leur surface^ divers savants * ont longtemps supposé que ces masses de fer ont pu accidentellement absorber du chlore depuis qu'elles sont sur notre globe, et que, par conséquent, elles ne contenaient peut-être pas de chlore en arrivant des espaces. A la suite des observateurs qui ont signalé avec précision la présence du chlorure de fer dans les fers météoriques, M. Ch.- T. Jackson, M. Lawrence Smith et d'autres, il convient de mentionner M. Shepard, qui, en traitant par l'eau la météorite de Bishopville (États-Unis), avait reconnu dans sa dissolution des chlorures de calcium et de magnésium, en même temps que des hyposulfîtes. Aujourd'hui les roches du Groenland, qui. d'ailleurs diffèrent tout à fait de celles de

' C'est dans les mêmes oondîtions que s'est rencontré, en masses considérables, le chlorure double de calcium et de magnésium hydraté, désigné sous le nom de tachydfite, substance non moins déliquescente que la camallite ou cliIorm*e double de potassium et de magnésium, à laquelle elle est associée.

* bans son Handbuch der Uineralchemiet publié en 1860, H. Rammelsberg mentionne encore conrnie douteuse, dans les météorites, la présence du chlore, de même que cellederancnic(p. 952).

5;t œiPAUJSOX des météorites avec nus ROCUES FR0F0M)ES.

BishopTille par leur éclat métallique, nous mootrenl le chl> rure de calcium eu quantités très-notables.

n ne parait pas douteux que le chlorure de calcium. aussi bien que le chlorure de fer, n'apparlienne, en propre, à ces roches. Car, ce qui est non moins remarquable que la présence de ces sels, c^est Tabsence du chlorure de sodium : ce dernier, si répandu partout sur notre globe, qui se rencontre au moins par traces dans la plu|)art ce nos roches, n*a pas pénétré dans Tintérieur des masses d'Ovifak. Cependant, depuis qu^elles occupent leur situatinn aoluelle, elles sont en présence de ce sel, puisqu'elles S4.uil sans cesse humectées d'eau de mer. Ce fait, ainsi que la n^partition intime des chlorures dans Tintérieur du fer d'Ouf;ik, prouTC suffisamment que ces chlorures en faisaient origicairement partie constituante.

Comme Ta fait remarquer M. Nordenskiôld , malgré IV.u de mer qui les mouille continuellement, les blocs de fer natif ne s^étaient pas décomposés d'une manière sensible >ur le rivage où il les a découverts. Mais, transportés ioia de leur patrie et arrivés â des latitudes moins élevées, au b^-il de quelques semaines, ces mêmes blocs avaient subi une altération évidente. U en suintait constamment un liquida pass;iut du vert au brun ; la transformation dont il ^'ii.t était p;\rticulièrement prononcée sur Tun des blocs qu^Ki avait } U;cé dans une pièce chaude du navire. Dans lesiniin-es où ces grands blocs sont déposés, malgré les précautions >]u<* Ton a prises, la décomposition continue à marcher avec rapivlité.

Cotte !rrande tendance à absorber Teau et à s'oxyder se fait également rt^marquer sur le type n* 3. Déjà, quelques jour^ après que je Tavais fait scier en plaques, les surfaces mises à nu commençaient à s*humecteret a se rouiller. L*incgalilé avec laquelle procède cette oxydation annonce que

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les sels déliquescents, qui en sont la cause indirecte, sont loin d*étre uniformément répartis dans la pâte métallique, où ils sont disséminés en particules très-fines.

On ne doit pas attribuer seulement, comme on Ta admis jusqu'à présent, l'altération rapide dont il s'agit à la présence du chlorure de fer : le chlorure de calcium y contribue évidemment pour une forte part. Ce qui vient à l'appui de celte assertion, c'est que le type n" i , sans comparaison le plus altérable, est aussi le plus riche en chlorure de calcium: il en contient une quantité six fois plus grande que le deuxième type.

Quant à la forte résistance que ces mêmes masses opposent à la décomposition, tant qu'elles restent dans les contrées polaires, elle s'explique par la faiblesse de la tension de la Tapeur d'eau aux basses températures qui y sont habituelles.

Ce contraste fait d'ailleurs ressortir combien l'eau, à l'état de vapeur, pénètre plus facilement que l'eau liquide dans les pores des corps solides.

Il est à remarquer que, si les masses d'Ovifak, au lieu d'être dans des conditions climatériques aussi exceptionnelles, s'étaient trouvées dans nos climats, elles auraient sans doute déjà disparu depuis longtemps, ou au moins se seraient réduites en menues parcelles. Car ces roches apportent en elles, avec les sels déliquescents qu'elles contiennent dans leur tissu, un germe puissant de destruction*.

Le chlorure de calcium, dont Ilaussmann avait autrefois faitjudicieusement une espèce minérale, sous le nom d'Aydrophilite, et qui, depuis lors, a été rayé du catalogue par beaucoup de minéralogistes, mérite d'y être maintenu. Bien que ce corps ne se présente qu'en particules très-fines, sa

* Panni les «utres roches qui se décomposent aussi sous Tinfluence des sels déliquescents, je citerai certains blocs de calcaire, parsemés de périclase, de la Somma.

57i RESSEMBLANCE DES MÉTÉORITES AYEG NOS ROCHES PROFONDS.

présence est maintenant incontestable dans certaines roches.

C^Mpimi— étm melMi «l'eTilîiik, 4l*wi« ipart, atmI

Ce n'est pas seulement par leur grande dimension, mais aussi par leur constitution chimique, que les masses d'Orifak sont très-remarquables.

D'abord, leur composition, ainsi que certains traits physiques, les distinguent des types de météorites jusqu'à présent connus. '

Dans les types lithoîdes d'Ovifak, la netteté des cristaux des silicates contraste avec Tétat confus de la cristallisation qui est habituel aux météorites. Tandis que, dans ces dernières, les silicates sont généralement en cristaux très-petits, mal formés, on distingue dans les roches d'Ovifak, même à Tœil nu, des clivages nets, avec Tangle rentrant qui caractérise un feldspath du sixième système. L'eiamen, au microscope ou même à la loupe, d'une plaque mince et transparente montre, d'une manière très-nette, des cristaux incolores, minces et allongés, mâclés suivant des plans parallèles et appartenant à un système doublement oblique, de manière à produire, par leur juxtaposition, sous raction de la lumière polarisée, tout à fait les mêmes dispositions que les cristaux de labradorite de certaines dolérites. Ils ne présentent pas d'ailleurs le fendillement, comparable à celui du feldspath des trachytes, que l'on remarque dans les météorites de la famille des chondrites et même de celle des eukriles.

La présence d'une forte quantité de sels solubles, et particulièrement du sulfate de chaux, est un second caractère à rappeler *.

On sait que les météorites renferment presque constam-

* Dans I» imHèonte d'Orçaeil, les sels solubles sont cependant encore en proportioD plus cinisidèrable, diaprés les délerminaiions de M. Doëi et de M. Pisini.

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ment du fer métallique et du fer combiné à divers états, sulfure, phosphure, chromite, silicates, mais rarement on l'a signalé à l'état d'oxyde libre. Dans les roches d'Ovifak, une grande partie est combinée à l'oxygène, sans qu'on puisse déterminer avec certitude quel en est le degré d'oxydation.

De plus, la présence et l'abondance du carbone dans ces masses* tant combiné au fer qu'à l'état libre, constitue un autre fait non moins remarquable.

Aces deux derniers points de vue, les roches d'Ovifak se rapprocheraient des météorites dites charbonneuses. Cependant elles en diffèrent par d'autres caractères, et avant tout, parleur aspect, soit dans les parties métalliques, soit dans les parties silicatces.

Si les roches à fer natif d'Ovifak différente certains égards des météorites connues, elles se séparent d'une manière non moins tranchée des roches terrestres jusqu'à présent observées, même des dolérites et des basaltes, auxquelles on serait porté à les rattacher, à raison de la présence de l'oxyde magnétique, ainsi que de la nature et de la disposition cristalline des silicates.

A la suite des expériences par lesquelles j'ai cherché à imiter les météorites des types connus en agissant sur des roches terrestres, la Iherzolite et le péridot, j'ajoutais, comme je l'ai déjà rappelé : « Rien ne prouve qu'au-dessous de ces masses, qui ont fourni en Islande, par exemple, des laves si analogues au type des météorites de Juvinas, qu'au-dessous de nos roches péridotiques, dont se rapproche tellement la météorite de Chassigny, il ne se trouve pas des massifs dans lesquels commence à apparaître le fer natif, c'est-à-dire semblables aux météorites du type commun, puis en continuant plus bas, des types de plus en plus riches en fer, dont les météorites nous présentent une série de densité croissante, depuis ceux où la quantité de fer représente à peu près

574 œMPARAlSOX DES MÉTÉORITES AVEC NOS ROCHES PROFONDES.

la moitié du poids de la roche jusqu'au fer massif ^ > Des régions qui présentent de vastes épanchements de roches doléri tiques, comme le Groenland, paraissent, plus que d'autres, dans des conditions qui favoriseraient un a|)port de masses très-profondément situées.

D'ailleurs, ces roches basaltiques elles-mêmes, qui renferment au delà de 20 pour 100 de leur poids d'oxyde de fer, pourraient avoir subi, en arrivant au jour, une réduction partielle, de même que dans les expériences que je viens de rappeler. Cette hypothèse serait d'autant plus admissible pour la région qui nous occupe, que le Groenland renferaie, entre le 69* et le 72* de latitude, des couches de lignile nombreuses, épaisses et parfois exploitables % particulièrement dans File de Disko où est situé Ovifak. On y connaît également des gisements de graphite. De telles masses charbonneuses pourraient avoir été rencontrées par les basaltes, dans leur ascension vers la surface'.

* fer aalif it avoir été fonMét

Quelles que soient les régions où se sont formées les roches d'Ovifak, leur constitution chimique est digne de nous occuper encore.

Ce mélange intime de substances qui se décomposent ou se dégagent à une chaleur très-modérée parait, à première vue, incompatible avec la température élevée par laquelle ces corps ont passé, à en juger par les silicates anhydres el cristallisés dont ils sont accompagnés.

« BmllHim de ta SjciéU géoiogiçue de Frmmee, ^série, L Xlffl, p. 414; 5 mirs l^< ^AmHaU9drs Mime*. G* série, I. XUI. p^ 6i, 1868.

* ParliciliètxMueiU à !(oursoak, Pilooi eti AUne Eerdluk. D'après les miaatioiis de X. UceTp ces combusUbles appartiennent à Télage tertiaire miocdie.

^ A cette occasion, je tlois rappeler un travail étendu que H. Lawrence Smith a i ment publie ibiu^ les Amnmiet de chimie H de pkfftique, 1879, et dont U osadu^. appuuv sur de noinbnnises analyses, confirme Topinion de M. Steenstmp, rebtnc l'origine purement terrestre des fers natiCs du Groenland.

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