‹ Etuves improvisées pour la désinfectionChapitre 21 sur 34 · MOYENS DE PROTECTION · texte numérisé non relu

MOYENS DE PROTECTION

L’ypérite manifeste ses ravages à la facon d’un acide violent, corrosif, et les autopsies pratiquées ont montré qué, chez les hommes atteints gravement, la mort survient par corrosion du tube digestif qui se présente alors sous forme de tissus rongés, perforés, semblables à celui des morts par ingestion d’acide sulfurique par exemple, ou qu’elle survient au bout de quelques jours par un œdème du poumon provoqué par une brûlure identique des bronches et des bronchioles.

Il était donc d’absolue nécessité de soustraire complètement à l’action corrosive de l’vpérite l'appareil digestif et l’appareil respiratoire: ce qui s'obtient par le port du masque.

On comprend également l’importance qu'il v a de ne pas ingérer des aliments ou des boissons qui ont pu être en contact avec le gaz corrosif.

Les gouttelettes liquides d’ypérite sont notablement plus dangereuses que ses vapeurs.

La proportion de vapeur d’ypérite dans l'air est d'autant plus grande que la chaleur est plus élevée, dans les heures chaudes de la journée par conséquent.

La contamination d’une partie quelconque du corps touchée par ces gouttelettes liquides est immédiate, mais 1l est constant qu’elle ne se décèle généralement qu’un temps assez long après le contact, douze, vingt-quatre et même quarantehuit heures.

D'autre part la portion du corps qui a subi cette souillure latente est capable, par simple contact, de la reporter sur toute autre partie du corps.

Pendant le séjour que nous avons fait au Nème B. C. P. en remplacement du Médecin Major, mort au champ d’honneui, nous avons pu constater l’éclosion d'accidents beaucoup plus tardifs dus à l’ypérite chez un nombre assez élevé de chasseurs.

Des accidents analogues ont été constatés dans certaines Unités de la Division, 1l n’y a donc pas d’erreur possible et il s’agit bien d’accidents très tardiis occasionnés par l’ypérite, soit que l’homme ait subi le bombardement, soit qu’il n’ait fait que traverser, 24 heures et souvent plus, après le bombardement, des zones ypéritées.

Nous pouvons ranger en deux groupes les hommes que nous avons traités pour accidents tardiis par ypérite.

1°) ceux qui ont subi le bombardement par obus corrosifs;

2°) ceux qui n’ont pas eu à le supporter, mais qui ont traversé les zones ypéritées un temps plus ou moins long après le bombardement.

PREMIER GROUPE: Ceux-ci, appartenant à deux compagnies différentes, qui ont tous mis leur masque, convenablement, qui

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l’ont gardé jusqu’à ce qu'on leur permit de le retirer, qui se sont,

| en un mot, conformés aux prescriptions répétées des circulaires

sur la protection contre les gaz, ceux-ci n’ont présenté que des brûlures, aucun accident des veux, du tube digestif, de l’appareil respiratoire.

Ceci démontre entièrement l'efficacité du masque: les brülures, plus ou moins profondes, se sont localisées aux omoplates, aux cuisses, aux genoux, aux parties sexuelles et à l'anus, nous avons noté également quelques brûlures au cou, délimutées très nettement par les bords du masque, et aux mains.

Les brûlures du cou et des mains, sans doute par l’action directe de l’ypérite sur la peau, sont apparues dans les 24 heures qui suivirent le bombardement. Sur les autres parties du corps, protégées par le drap des vêtements, les brûlures ne commencèrent à apparaître que le deuxième jour.

Certains hommes, atteints par le bombardement, qui n’accusaient tout d’abord aucune brûlure, ont présenté au bout de quelques heures seulement, et presque brusquement, de larges étendues du dos couvertes de pustules rouges, ponctuées, donnant l’apparence de poussées de suette miliaire ou de scarlatine. Cette poussée se manifestait brusquement à la suite d’un effort violent, d’une marche, etc, déterminant une transpiration plus ou moins abondante.

Ce fait permet d'expliquer le pourquoi de ces accidents un peu tardifs. L’ypérite imprègne les vêtements et la chaleur du corps provoque une vaporisation plus ou moins abondante du corrosil qui détermine les brûlures de la peau.

Nous reviendrons d’ailleurs sur cette vaporisation dans Îles pages consacrées à la destruction de l’ypérite dans les vêtements, destruction qui doit être totale et très rapide.

DEUXIÈME GROUPE: Nous nous étendrons plus spécialement sur les accidents qui surviennent chez les hommes du deuxième

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groupe, ceux qui n'ont pas eu à supporter le bombardement, mais qui ont traversé des zones ypéritées et cela plus ou moins longtemps après le bombardement.

Ces hommes n’ont pas mis le masque, ils n’ont fait que tra verser les zones dangereuses, ils n’ont absorbé aucun aliment ni aucune boisson en provenant, mais leurs vêtements ont eté imprégnés par l’ypérite volatilisée, ils en ont respiré pendant un temps plus ou moins long, ils n’ont pas changé d’eflets et n’ont été soumis à aucune désypéritation.

Nous avons dressé une carte schématique d’une région vpéritée dans la nuit du 13 au 14 avril 1918 que nous reproduisons ici, pl. IL. Il est facile de se rendre compte des régions fortement ypéritées, soumises au bombardement et des régions voisines, ypéritées plus ou moins soit par l'éclatement d’obus disséminés, soit par l’étalement du gaz corrosil. Avec cette carte, d'aprés le point occupé pendant le bombardement par les hommes qui ont accusé des accidents tardifs, ou d’après le chemin parcouru par. eux dans la nuit ou le jour qui ont suivi le bombardement, par la densité d’ypérite accumulée dans les zones parcourues d’une part, par la durée du séjour dans les différentes zones, d’autre part, on peut établir un rapport entre les accidents tardifs et leurs causes.

Nous avons constaté que les hommes rangés dans ce deuxième groupe n’ont pas été soumis au bombardement mais qu’ils ont traversé les zones plus ou moins vpéritées plus de 12 heures, d’aucuns plus de 30 heures, après le bombardement.

Pendant 3 jours aucun d’eux n’a ressenti la moindre atteinte. Puis quelques-uns ont manifesté des accidents pharyngiens, des exsudats purulents, des lésions du larynx, une aphonie qui est allée en augmentant pendant plusieurs jours, devenant complète chez quelques-uns vers les 7° et 8° jours.

D’autres ont vu apparaître une petite tache rouge, soit aux genoux, soit aux cuisses, aux testicules, mais ils n’y ont pas pré-

té attention, ce n’est que vers le 6° ou 7° jour que cette tache est devenue brune, se transformant parois en phlyctène, du jour au lendemain profonde, toute la région voisine apparaissant teintée en rose, ponctuée de granulations rouges, sous-cutanées, semblant luser vers l’intérieur des tissus. Ils ressentaient alors une démangeaison assez vive, une douleur cuisante analogue à celle d’une brûlure véritable.

Quelques autres ont accusé des accidents bronchiques. moins tardifs, ce qui est d’ailleurs naturel, puisqu'ils ont été produits par un contact direct de lvpérite avec les muqueuses.

Tous ces blessés ont eu de la diarrhée le lendemain de leur passage dans la zone vpéritée et quelques-uns des épistaxis assez abondantes 2 ou 3 jours après l’intoxication.

La grosse majorité de ces accidents est apparue beaucoup plus tardivement que dans les cas du premier groupe, au bout d’un laps de temps variant de 4 à 10 jours après l’intoxication.

Tous ces hommes ont été soumis aux traitements jusqu’alors conseillés, quelques-uns ont présenté une amélioration légère mais peu sensible, Après quelques tâtonnements, par une thérapeutique un peu personnelle, nous avons pu obtenir des résultats certains, des guérisons rapides et complètes.

Ces accidents tardifs ont des tendances très marquées à la récidive: tel homme qui se croyait guéri et cessait de venir à la visite journalière nous revenait au bout de quelques jours, notamment dans les cas d'accidents laryngés ou bronchiques.

Nous dûmes même, pour éviter toute interruption dans le traitement, prescrire des ordres très sévères afin que ces hommes soient conduits chaque jour à la visite médicale jusqu’à ce que nous les déclarions guéris.

Après notre départ du Bataillon nous ne pâûmes suivre ceux de ces blessés qui n'étaient qu'incomplètemient guéris et, plus d’un mois après, nous reçûmes, dans notre service à l’'ambutance, deux de ces hommes évacués pour récidive d'accidents bron-

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