INTRODUCTION
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Au cours de cet épouvantable choc de deux civilisations que fut la Grande Guerre, mêlées atroces où s’anéantissaient ‘dans des torrents de sang une partie des forces vives de notre race et les plus purs chefs-d’œuvre, parmi cette dévastation inon discontinue qui torturait jusqu’à l’âme de notre sol, nomibre d'initiatives se sont révélées d’où sont sorties des œuvres inouvelles, modestes bien souvent dans leur genèse, mais qui ont eu, au cours des années de la guerre, des applications nombreuses, variées, s’adaptant aux besoins du combattant, applications qui en ont fait de réelles novations pratiques.
Créées au jour le jour, les unes naissant le matin pour mourir le soir, elles apportaient à nos hommes ce qui, au seuil de la imort toujours prête, pouvait leur faire supporter avec courage les dangers, les fatigues, elles leur apportaient un peu d’espoir. Elles créaient entre les hommes des liens d'amitié, de solidarité let de reconnaissance. La plus petite chose, susceptible de leur
devenir prolitable, se muait pour eux en une œuvre de génie et l’auteur devenait à leurs yeux un quelqu'un vers qui se tendait leur confiance. Et quand ce quelqu'un était un des leurs, vivant au milieu d’eux et avec eux, partageant leurs fatigues, leurs dangers, leurs peines et leurs joies, il jouissait alors d’une autorité sans conteste, il pouvait leur demander les plus grands sacrilices, ils étaient toujours prêts.
Que de lois nous avons pu nous en rendre compte pendant les longs mois des tranchées du Soissonnais, de Artois, de l’Aisne, où, sous les bombardements les plus épouvantables, souvent dans des trous d’obus pour tout abri, comme sur les pentes du Chemin des Dames, nos braves poilus trouvaient parfois que la mort était lente à venir. Comme ils bénissaient alors ces brancardiers, de régiment ou divisionnaires, qui, stoïquement, se glissaient jusqu’à eux, pauvres gars déchiquetés par la mitraille, pour les ramener sur les postes où les attendait quelque allégement à leurs souffrances.
Et c’est parce qu'ils vivaient la même vie, qu'ils partageaient les mêmes misères, qu'ils avaient les mêmes besoins, c’est pour cela que, durant les longues heures des lignes, d’aucuns ont pu laisser vagabonder leurs esprits à la recherche d’utiles solutions et qu'ils ont pu créer des œuvres qui connurent le succès parce que simples et tout simplement pratiques.
Quand nous nous reportons en arrière, depuis cet aprèsmidi où la mobilisation fut annoncée par voie d'affiches et par les tambours dans les villes coquettes de la banlieue parisienne; quand nous revoyons cette stupeur stéréotypée sur le visage des femmes, le calme des hommes, les randonnées des gendarmes en auto pour déposer dans les mairies les affiches aux drapeaux tricolores appelant aux armes les enfants de France pour la défense de la Patrie, puis, le lendemain, ces convois interminables sur la grande ligne du P. L. M. l'enthousiasme des jeunes gens accrochés aux wagons en vraies grappes humaines
roulant à la mort avec des chansons, puis aussitôt notre affectation à un Groupe de brancardiers divisionnaires, le départ de Fontainebleau dans la nuit, lembarquement pour l'inconnu, les côtes de Meuse, puis la Marne, la marche en avant à la poursuite de l'ennemi fuyant en panique, les batailles de l'Ourcq, de Soissons, du Soissonnais, puis dans un régiment d'infanterie. les tranchées de l’Artois, le plateau de Lorette, les boyaux repérés, les luttes corps à corps d’Ablin Saint-Nazaire, de Souchez, de Carency, du Cabaret rouge, de la route de Béthune, du bois et de la ferme de Berthonval; quand nous évoquons à nouveau nos souvenir qui font dérouler devant nos veux cette période tragique en un film dont tous les détails se précisent encore, nous nous rendons compte que nos recherches personnelles sont nées du milieu où nous avons vécu, de l’ambiance qui nous empoigna, de la soufirance de ces héros qui, stoïques, supportèrent toutes les misères et tombèrent face à l'ennemi, dans des mêlées efirovables où souvent les poitrines se touchaient.
Ceux qui n’ont pas vécu la vie du combattant, dans les abris et les postes des premières lignes où l’on ne pouvait songer à changer la paille sur laquelle se succédaient sans cesse de nouveaux hôtes, où la vermine se multipliait avec rapidité, ceux-là n’ont pas connu le Front. Si la chasse aux totos fournit des sujets de dessins amusants... pour les gens de larrière, c'était pour le poilu qui descendait des lignes non pas un passe-temps, mais un besoin pressant de se débarrasser de ces parasites dangereux à plus d’un titre.
Combien de fois nos hommes, dans les cantonnements de repos, sur les bords d’un ruisseau serpentant capricieusement au travers des prairies verdovantes, le torse nu, les chemises pendues aux branches des saules, en pleine chasse, combien de fois ne nous ont-ils pas supplié de leur donner un moyen de les débarrasser, eux, leur linge, leurs vêtements, de ces hôtes in-
tempestiis ?
C'est pour résoudre ce problème que, durant les séjours dans nos postes de bataillon de Carencv, du Cabaret rouge, alors que les fatigues avaient déjà raison de nos forces, qu’étendu sur notre lit de paille nous prenions quelque repos, c’est pour le résoudre que nous réunissions en notre esprit les éléments qui, coordonnés, allaient nous permettre de construire notre étuve improvisée, laquelle par transformations, par adaptation, devait nous conduire à la création sur divers Fronts de centres de désinsectisation, et au cours de 1918, sur les Fronts de la Somme et de l’Argonne, à la désinfection possible dans les secondes lignes elles-mêmes des vêtements ypérités.
Petits gars de France qui avez veillé sur nous comme nous avons veillé sur vous, et vous enfants de la France lointaine qui vintes soutenir les efforts de vos frères blancs avec une fidélité et un dévouement inégalables, c’est pour vous que nous avons médité, pour procurer un peu de soulagement à vos misères, c’est vous qui fûtes l’âme de nos recherches, c’est votre souvenir qui a tracé sa marque indélébile sur tous nos travaux. Et c’est parce que vous les avez jugés utiles que nous nous berçons aujourd’hui de lespoir de pouvoir être également utile à nos contemporains, que nous nous résolvons à tirer de l'ombre ces quelques notes que nous offrons à votre mémoire, à vous tous, héros morts pour la défense de notre belle et douce France!