‹ Etymologie & histoire des mots "Orléans" et "Orléanais"Chapitre 5 sur 5 · Acte de donation par le duc d'Orléans (31 juillet · texte numérisé non relu

Acte de donation par le duc d'Orléans (31 juillet

La forme en e ne se rencontre que dans le témoignage de Perceval de Cagny, du pays de Beauvoisin, où la ville est appelée Orleens (II); dans une chronique normande anonyme où reparaît le traditionnel Orliens (12), enfin dans le Journal d'Enguerrand de Monstrelet (13).

Voilà certes plus de témoignages qu'Q n"en faut : il âe me paraît guère contestable que la finale du mot Orliens,

il) 6 vol. in-S», 1841-49, dan» la collection dès publications dé la ; Société de l'Wstoire de France, (2) Qotchebat, t. IV, p. 40.

id.

t. IV, p. 51.

Id.

t. IV, p. 94.

Id.

t. IV, p. 329-,

Id.

Id.

Id.

. Id.

t. V, p. lSr7et«ii*

Id.

an

Id.

t. IVt p. 4t5.

Id.

t. IV. T.. sFa: .

Id.

t. iV, |. LliO.

DijilizodbyGoOglc

apréa avoir pris dès le xm" siècle le son an, raTOîr.aSBnni et vulgarisé dans le ziy*, le fit enfin prédominer, à l'exclusion de tout autre, dès la fia de cette période; quant à récriture, naturellement conforme, dans le principe, k la prononciation, originaire du mot, elle en partage toutes les vicissitudes ; incertaine au xiii" siècle et pendant la durée du XIV', elle s'assouplit de plus en plus au son nouveau qu'elle représente, et vers la fin du irv* siècle, c'est par la syllabe an que ce nouveau son est presque habituellement figuré.

Cette discussion serait incomplète, si je ne disais quelques mots de certains documents où le nom d'Orléans apparaît à l'occasion du siège de 1429 et qui sembleraient devoir infirmer ma conclusion. Dans son important mémoire sur le Compte des dépenses de Charles VU {1), M. Loiseleur a publié une pièce très-précieuse pour l'intelligence des événements militaires et du système financier de cette époque, je veux parler du compte d'Hémon Raguier, trésorier des guerres sous Charles Vil ; cette pièce, qui n'était jusqu'alors qu'imparfaitement connue, a été fidèlement transcrite d'après une copie déposée à la Bibliothèque nationale (2); elle ne saurait avoir philologiquement une grande valeur, car elle est de trois siècles au moins postérieure au siège (3) ; il se pourrait toutefois que le manuscrit reproduit par M. Loiseleur fût lui-même

(1) Compte des dépenser faitet par Charles "VU, powr secourir Orliant pendant le siège de 142S, précédé d'Etudes sur l'administration des finances, le recrutement et le pied de solde des troupes d cette époque, par M. Joies Loiselear, bibliothécaire de la ville d'Orléans, in-S». Orléana, 1866.

(2) N' TS58 du BDpplément français , voir Compte des dépenses, p. 77.

^] M. LoÏËelenr déclare, en effet, que i l'écriture > du mannsent deParii « pamt Stre de la fin du xvin* siSde. ■ Compte des dépenses, p. 17.

DijilizodbyGoOglc

"SDe copi« exacte du compte original, et, dès lors, j'O «rois devoir en parler brièyement. En effet, tandis que Orléans est devenu dans les documents du xV siècle la forme, pour ainsi dire, usuelle, c'est Orliens au contraire qu'on voit le plus souvent figurer dans le Compte de Raguier; Orléans n'y appanût guère qu'une fois sur six, comme on peut le voir par le tableau suivant (1) : Chap. I (p. 164) neuf fois Orliens, deux fols Orléans; Il (p. 166) deux fois Orléans;

in (p. 167) trois fois Orliens; IV (p. 168) une fois Orliens;

V {p. 169) cinq fois Orliens;

VI (p. 170) sept fois Orliens;

VII (p. 171) une lois Orléans;

VIU (p. 172) une {ois Orliens; IX (p, 173) une fois Orliens; X {p. 173) une fois Orliens, deuxfois Orléans; XI (p. 174) cinq fois Orliens, une fois Orléans; XII (p. 176) cinq fois Orliens. une fois Orléans;

XIII (p. 178) deuxfois Orliens , une fois Orléans;

XIV (p. 179) trois foisOWï'ens;

XV (p. 180) deuxfois ÔHieM^, une fois Orléans.

n serait inutile de prolonger cette comparaison : le Compte, tel que l'a publié M. Loiseleur, comprend trentetrois chapitres où se retrouve partout, en une proportion semblable, le mélange des deux formes.

Ce n'est pas tout : en dehors des textes français, quelques documents étrangers nous montrent la forme en maintenue dans diverses langues où elle correspond néces-

(1) La mânnBcrit original n'eut pas diviBs par chapitres; M. LoîmleoT prévient le lecteur (p. 162, note) qu'il a introdoit cette divitîon pour plaa de clarté et ds conunodité.

DigmzcdbyGoOgle

^âaintment au Bon e; je veux parler de oei^ines pièces r»- ' Cueillies par M. Qulcherat, savoir :

1* un document provençal, rédigé par le greffier As l'hôtel-de-Tille d'Àlbi, et dans lequel 11 est question de la - « Viala d'Orlhenx » et de « lo bastar d'Orlhenx > (1);

2* un fragment de la Chronique italienne de Guerneri Bemi où Orléans est appelé Orliensa (2) ;

3" une lettre écrite par les agents d'une ville ou d'un prince d'Allemagne et dans laquelle on lit « Orlyentz », t vor Orlien » et i der bastard von Orlyens » (3).

Il est vrai que, par compensation, d'autres documents étrangers nous offrent la forme an, par exemple :

1° une relation du siège, en allemand, due à Eberhard de Windecken ; notre viii^ . jv est appelée « der stadt Orléans (4) » ; ^

2° une lettre du duc de Bethford, écrite en anglais, et qui contient également la forme Orléans (5).

Sur la foi de tous ces textes, faut -il donc admettre que la prononciation en (in) se serait maintenue à côté de la forme en a? Devant le témoignage décisif des documents français, cette conclusion n'est pas possible. Le Compte de Raguier ne prouve pas d'ailleurs que le mot Orltens ne se soit pas prononcé comme OHians ; loin de là, puisqu'il réunit par- ' fois les deux formes en un même chapitre, à quelques lignes d'intervalle , nous pouvons affirmer par cela même que le son de la finale ne diffère pas de l'une à l'autre, ce qui

(1) QdiCheKjLT : Procès de condamnation, t. IV, p. SOOsWl Jj'h à'Orlheno! correspond, suivant l'habitude de l'écritiire provençale

après une liquide, à un t, cf. filhol prononcé filioli senhor pronohcS senior, etc.

(2) Id.,t. IV, p. 519.

, (3) Id., t. V,p. 347.

: (4,) Qqicoibat, t. IV, p. 489-

(5) Id., t. V, p. 13tt, . ,, ,, „ ., ...

jioas nuDÂiM k proDoncar en comma an; il reste seaUment ' & noter que cette pièce, en dépit de l'usage le plus commun au XV" siècle, conserve la prédominance à l'orthographe en. Or, cette fidélité à une orthographe alors vieillie n'a rien qui doive surprendre; elle peut dépendre uniquement des habitudes personnelles du copiste, surtout si c'est un légiste accoutumé par la pratique professionnelle au maintien des termes traditionnels. Bien plus grave assurément serait le témoignage des documents étrangers, où en se prononce certainement avec le son de l'e; mais il ne leur faut attribuer, si je ne me trompe, qu'une valeur très-secondaire; entre des textes provençaux, italiens ou allemands et des textes français, il ne saurait y avoir d'hésitation possible, et personne ne soutiendra que les seconds nous renseignent moins sûrement que les premiers sur l'orthographe et la juste prononciation d'un mot de notre langue. Rien ne prouve d'ailleurs que les formes en e, provençale, italienne et allemande, n'aient pas été transcrites, sans que la prononciation fût en cause, de documents français qui avaient conservé cette lettre, et l'on ne saurait en outre ne pas tenir grand compte du texte allemand qui mentionne la forme en a, surtout du texte anglais de Betbford, témoignage fort important, puisque le duc avait pris une part considérable aux événements du siège et, par suite, avait dû reproduire le nom de notre ville tel qu'il avait pu l'entendre prononcer sous les murs mêmes d'Orléans.

Mais le changement i'e en a n'est pas le seul que notre mot ait subi du £v° au xvi° siècle ; comme on l'a vu .par les exemples cités, Vi médial est devenu e ; Ch'liens est maintenant Orleens ou Orléans. Qu'est-ce donc que cette transformation nouvelle? Ici encore, je touche à une question délicate; c'est d'un besoin d'équilibre que provient ce ebangement : il est de régie, en eCtet, que Vi latin se

change en é français devant an {gigantem — gè-ant) ; or; dans les mots français écrits par ien et où cette syllabe a commencé par avoir le son é-n', tant que ce son s' eat maintenu, l'ï précédent s'est également conservé; le jour où é-n' est devenu soit an, soit en (prononcé an), par compensation Vi s'est changé en e. Comme exemples de cette règle, je citerai :

ni-é-n't devenu nb-ent {en =- a«) nè-ant {ne-entem) \ ci-é-n's » ce-ens ( » ) cé-ans {hiccehicinttcs); li-é-n's t le-ens { » ) lè-ans [iîUc inttis) (1).

On peut y joindre les trois mots suivants, originaires d'un même radical, et dont la forme française eu i ne s'est pas, jusqu'à présent, retrouvée, mais dont la syllabe en , par contre, a le son an dans tous les exemples connus : pene-ent {en = an) pené-ant (penitentem); pene-ence { » ) pené-ance (penitentià) ; pene-encier { » ) pené-ancier (penitentiarius) (2) .

La transformation ^Orliens en Orléans est une application de ce principe : tant que la dernière syllabe conserva le son de \'e, \'i continua de se maintenir; dés qu'elle eut pris le son de l'a, Xi subit la loi commune, et à'Orliens (Orliins) le mot devenant Orliens (Orlians) ou Orlians se changea régulièrement en Orléans. A la vérité, ce ne fut pas non plus l'œuvre d'un jour; dans cette phase nouvelle comme dans les précédentes, la vieille forme ne céda" point sans lutte, et bien que nous ayons vu le changement d'en en an se produire dès le xni° siècle, c'est dans le courant du XIV' seulement que les textes nous montrent V'e se substituant à l'i. Je n'ai pas à revenir sur les exemples

(1) Snr ces digérants mots voir Littré, Dictionnaire, aux mot* néant, céans, lêans.

(2) Littré, Dictionnaire, aus motapênitenf, pénitence, pénîtentitf.

.cités en grand nombre et qui attestent la prédominance, chaque jour plus marquée - au xiv' siècle, et surtout au XV', de l'orthograplie eans (Orléans). Je n'ajouterai que deux, observations : la première, c'est que \'î lui-même, tout eu essayant de se maintenir contre l'e semble ne pas être demeuré tout-à-fait ce qu'il avait été jusqu'alors. Attaché, comme on l'a vu, à la dernière syllabe, il faisait corps avec elle, et le mot entier était en réalité dissyllabique ; il n'en est plus de même, peut-on croire, au xV siècle, et si la voyelle i ne s'est pas encore partout changée en e, partout du moins il semble qu'elle se soit détachée de la dernière syllabe; c'est du moins ce que paraît indiquer un passage de Martin le Franc (1440), où le nom d'Orléans compte comme trissyllabique :

De la Pucelle dire veul

Laquelle Orlyens délivra (CAampioJi des Pâmes) (1),

On remarquera l'y, jusqu'à présent inconnu dans l'écriture de notre mot : peut-être a-t-il pour objet de figurer plus nettement la prononciation distincte de ïi , à moins ' que ce ne soit une variation d'écriture aanS importance et dont je retrouve d'autres exemples, avec les variantes Orlyans (2), Orlyentz (3) et Orlyen (4) dans divers documents français , mais de provenance anglaise , et dans le texte allemand anonyme dont j'ai déjà parlé.

La seconde observation, c'est qu'à défaut d'autre preuve la présence de Ye substitué à Yi suffirait à nous indiquer la véritable prononciation de la finale ens : pour en fixer le juste son, il nous a fallu recourir à des comparaisons de textes et de dates généralement trés-délicates ; ce travail n'est pas nécessaire , lorsque la syllabe en question se

(1) Cité dans QuiCBEBAT, Procès da condamnation, t. V, p. 44^

(2) QuicHEiUT, id. t. IV, p.40Set424.

(3) Qdichehat, id. t. V, p. 347.

(4} QuiCHCBAT, id. ibid, - .

ee —

trouve précédée d'un e : la sabstitutioD de V9 à Vt &fkû.t au lieu par suite d'uo besoin d'équilibre , là oà die e«t accomplie, nous sommes assurés que U finale elis se prononçait ans. Au reste, les exemples de ce mode d'écriture, sans être fort rares, ne sont pas très-communs ; on peutsn Toir quelques-uns dans la Chronique de Duguescltn :

Sachiez que d'Orléem j ta li dues membruB (1), dans le Témoignage de Perceval de Cagny : « Les Euglois des bastilles devant Orlèens, etc.. » (2). ' Pour achever l'étude de notre mot tel qu'Q apparaît jusqu'au XVI* siècle , il resterait à déterminer la valeur de Ys finale : s'il fallait admettre comme répondant à l'exacte prononciation du temps les formes étrangères citées plus haut (3), l's se serait encore prononcée distincte au XV* siècle; mais, l'allemand aussi bien que les langues du midi attribuant d'ordinaire aux consonnes finales leur valeur réelle , l's de notre mot ,, même muette , devait nécessairement conserver, en provençal, en italien et en allemand, sa lénitude de son ; si l'on suppose d'ailleurs que ces formes peuvent avoir été calquées sur la nôtre, quelle qu'en fût la prononciation, on reconnaîtra qu'elles ne pouvaient l'être sans conserver l's ou une combinaison de lettres équivalente à l's,- de là le provençal Orlkenx, l'italien Orliensa, l'allemand Orlientz. Quant à la fonne française, l's finale s'étant assourdie, même avant le Xv' siècle , dans tous les mots analogues, rien ne nous force de supposer (^'Orliens ait fait exception à la règle commune, et que l's ne s'y soit pas éteinte dés le sm* ou le XIV* siècle. D'un passage de Benoit, cité plus haut (4), oa

(1] Publiée par M. Chanière duos les DoeumenU inédits pour itrvirà l'Kistaire de Franee;2yùl. ia-4>, t. I[, p.l4i9,v. 17644. (2| QuicaBBAT, Pwei», etc. t. IV, p. 4.

{ïespralt mâaie induire (lae cette codsouds était assourdie dès le sd° siècle, puisque notre mot s'y trouve écrit OHien,' mais l'isolement de cette forme laisse supposer quelque oubli dû copiste ou une altération du manuscrit. '

Usuel encore à la âo du xiv" siècle , Orliens s'est e£Eacé peu à peu, dès les premières années dn xv*, devant Orléans ; on l'a vu , dans le sV, essayer encore de se maintenir, mais vainement, et, dès la seconde moitié de ce siècle, c'est à peine si l'on en retrouve de loin en loin quelque exemple : à partir de cette époque, c'est Orléans qui décidément prévaut,' et notre ville n'est pins désignée dan? les textes que par le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Je ne puis songer à en accumuler les preuves : U suffira de se reporter à divers textes connus de cette époque; je ffiterai particulièrement les publications de M. Vallet de Virivilke (Chronique de Charles VII, Chroniqite de la. Pucelle , Histoire de Charles VII) , surtout une curieuse Chronique du siège d'Orléans, publiée dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (1), et empruntée k un manuscrit dont l'écriture, au témoignage de l'éditeur, est de la an du quinzième siècle (3) ; enân le Mystère du siège d'Orléans , publié par M. de Certain dans les Documents inédits (3) , et où le nom d'Orléans reparut à chaqirt" page.

De la an du xv* siècle à nos jours nous n'avons plus k noter de variations nouvelles; toutefois, il n'est pas sans intérêtde le faire remarquer : aujourd'hui même la prononciation de notre mot n'est pas uniforme, et, tandis qu'à Orléans on le prononce invariablement comme il'- âst écrit,

(1) S< série, t. III, p. 500 et sniv.

{2) Ibid. p. 500.

{3t ti m^itiiv dtt sii^e ff.OrUant. (Ciâls<^B> dM dfiMtnKits'.M. dit» pour servir à l'histoire deFrance, 1 vol. in-*".) ; • ,- ,. ...■;

DigitizcdtyGoOgle

il sQ^t de s'avancer jusqu'à l'extrémité des &abom^ pour recueillir plus d'une trâce , vivante encore , de l'ancienne dénomination. Bans la direction delaBeauce, par exemple, et dès le village de Saint-Jean-de-la-Ruelle ou celui des Aydes, plus d'un vigneron, Adèle aux traditions d'un antre âge, ne parle de la vUle qu'en l'appelant Orlians; pour d'autres, comme si la forme moderne s'était combinée avec celle du moyen âge, c'est Orléians: il semble qu'en a'efforçant de s'habituer à la prononciation nouvelle, on n'ait pu y réussir tout-à-fait, qu'obstinément V? se soit maintenu, et que de ces deux tendances contraires soit née, par une sorte de compromis, une forme mixte où apparaissent soudés l'un à l'autre Vi du moyen âge et Ye moderne. Si l'on s'éloigna au contraire vers la Sologne, c'est également Orliatis , comme le remarque avec raison M. le comte , Jaubert (1), ou plutôt Orlians, les populations de cette région ayant l'habitude d'épaissir et d'allonger le son de certaines voyelles, particulièrement de l'o (pmtme pour pomme) et de l'a (voyage pour voyage).

Tel est donc le terme actuel de cette longue évolution, telles en sont les phases. Afin de rendre plus sensible la filiation logique des formes que je viens d'étudier, et pour ne pas en interrompre la succession par des observations de détail, j'ai cru devoir négliger provisoirement deux variantes très-curieuses, mais qui ne marquent ni l'une ni l'autre une étape intermédiaire dans la série des transformations normales; toutes deux sont du xm' siècle, et se rattachent au type Orliens : ce sont les formes OUiens et Ov,rîiens :

1* OUiens se rencontre dans un petit nombre de textes ,

- (1) Qlauain du etntrt de la France, 2* édit. 1 vol. ia-4>, Puù, 1884, V* Orlians.

DigmzcdbyGoOgle

parmi lesquels je citerai ce passage Jde la Bataille ûes Sept Arts :

Le primat d'OHtejts et Ovide

Ramenaient en lenr aïde (La bataille des Sept Arts) (IJ.

Cette forme n'est autre qvCOrliens modiâé par l'assimilation, fréquente, dans le vieux français, ier h l; ainsi se sont transformés, par exemple :

Charles

en Challes (2);

Gharlemaigne

. Challemainne (3);

parler

> palier {4);

esperlenc

. espellenc;

merle

9 melU;

marie

> malle (mxirmila, auj. marne) ;

perle

. pelle.

Chambellan, qui s'est conservé dans la langue moderne, est également une forme avec assimilation pour chamberlan, lui-même pour ckambrelan — camerulanus.

A ces exemples on peut ajouter quelques mots dont \'r représente une s antérieure :

misculare — mesler, merler, d'où meller; m^isculiis — masle, marie, » malle; vassallettus — vaslet, varlet, » vallet (5).

Nous retrouverons un autre exemple d'un changement

[1) Ce &bUaii, composé par Henri d'ANDBLi, a été publié par M. h.binai danalea Œuvres de Rutebeuf (t. II, p. 415J ; l'édition do M. Jubinal porte Orliens; M. Léopold Delisle, qui cite ce vera dans les Ecoles d'Orléans (p. 9), écrit OClîens.

(2) Oaydon, édit. Oueasard et Siméon Liice, préface, p. xsij. et xxiij;.

(3)- Id. ibid., p. xxij.

(4) Pour ce mot et les suivants, voir Littré, Dictionnaire .

(5) Pour ces mots, voir Littkk , Dictionnaire.

DigmzcdbyGoOgle

analogue dans l'étude complémentaire que je ferai du mot aurelianensis .

2° Quant à Ourliens, dont je ne connais que l'exemple suivant < à Bilart d'Ourliens, por les gaiges de li et in autres valez por le tens desus dit », dans un Compte , déjà cité , du charroi des engins pour l'expédition d'Aragon en 1385 {1} , c'est également un équivalent régulier d'Ortiens : il n'est pas rare de voir dans le vieux. français le son au ou o remplacé par ou ; exemples :

ou — au;

oussi — aussi;

ouser — oser (2).

Aujourd'hui même, dans l'Orléanais, particulièrement en Beauce , ce changement de son est , pour aiusi dire , habituel, et l'on prononce :

o'utre fOMT autre : t heu d'autres »; pouvre » pauvre: * jjomb/"" homme, pouv' femme»; couse > cause : • à couse donc î » ; foute » faute : t c'est t& foute aussi, à toué t>.

Comme on le voit, ces deux formes sont moins des types nouveaux que des variantes tde tj^tes déjà connus ; ellds n'interviennent pas dans la série des transformations pour relier deux termes dont elles seraient les intermédiaires , et qui ne sauraient s'expliquer autrement ; elles n'en sont pas moins importantes, et bien ijue procédait de certains accidents de prononciation , méritent d'être signalées et classées.

Je crois avoir montré comment s'est formé le nom de notre viUe , et combien d'étapes il a franchies avant de parvenir au terme actuel de son évolution : A'Aurelianis

(1) Historiens de France, t. XXII, p. T28 c;cf., ci-deasuB, p. 48. (2} Pour ces formes, voir Littbé, Dictionnaire, et Buasuy, Glot-

transformé d'abord en Aurelians, il est deverm successivement ^Aurelians Aurlién's ou Orlié-n's, d'Ortié-n's Ortiens (prononcé Orliins) , avec les variantes Olliens et Ourliens; i'Orliens (prononcé Orliins) Orliens (prononcé Orlians), enfin d'Orliens (prononcé Orlians) Orleens (prononcé Orléans) ou Orléans. Connne on le voit, toutes ces fonnes s'expliquent mutuellement, tontes s'enchaînent l'une à. l'autre, la première amenant celle qui la suit aussi naturellement que cette dernière à son tour prépare celte qui doit suivre; assurément une évolution pareille ne s'accomplit ni en un jour ni en un siècle : à l'antique Aurelianis il n'a pas fallu moins de onze cents ans pour qu'il devînt ce qu'il est demeuré depuis trois siècles ; d'autre part, les formes diverses qu'il a revêtues ne se sont pas succédé de telle sorte que l'une disparût lorsque l'autre commençait à poindre : Aurelianis ne cessa pas d'exister lé jour où apparut Aurelian's, non plus (\Xi'Awrelian's ne s'effiiça soudainement devant Orliens, ni celui-ci devant Orlians ou Orlians devant Orléans,' évidemment ce travail de transformation ne pouvait être que l'œuvre de longs siècles; mais, pour être lent, il n'en est pas 'moins réel, et si l'analyse en est parfois délicate, s'il y faut employer toutes les précautions d'une dissection patiente et minutieuse, les résultats qu'elle fournit n'en sont pour cela ni moins qurieux, ni moins assurés.

Ce travail serait incomplet , si je n'ajoutais quelques lignes sur le mot c Orléanais », dont l'histoire est nécessairement unie à celle du nom même d'Orléans. Ce dernier,

DigmzcdbyGoOgle

comme on l'a vu, se rattache au latin Awelianis; Orléanais , ce semble , devrait se rattacher parallèlement au dérivé à'Aurelianis, Aurelianensis. Il n'en est rien cependant : Orléanais procède directement d'Orléans; il n"appartût dans la langue qu'à pari;ir du jour où notre ville prend le nom moderne d'Or/éaïïs, c'est-à-dire vers la fin du XV' siècle.

n fallait bien cependant que les habitants d'Orléans fussent désignés par un nom spécial : or, de même qu'Aurelianis avait produit Orliens, et par celui-ci la forme actuelle , il est naturel de supposer que son corrélatif Aurelianensis a pu donner naissance au terme, maintenant disparu, dont le moyen âge s'est servi pour la désignation dont je parle : les textes confirment cette supposition : si l'on cherche, en effet, comment se disait « Orléanais », « les Orléanais », pendant la période qui s'étend du xn' au xvi\ siècle, on voit tour à tour employés :

l* certaines locations, telles que :

(a) la ou le cité d'Orliens :

Et te citi d'Orliens fort bq demunnilla |1) ;

(b) la gent d'Orliens :

Et que la gent d'Orliens dont il y ot foison (2) ;

(c) Cil d'Orliens :

Cil d'Orliens adonques veillièreat (3) ;

OU Icil d'Orliens :

leil d'Orlitn» viennent sor lea destriçri (4) ;

[Ij Hugues Capet, édit. de M. le marquis de La Orange, p. 191. (2) Id. p. 193.

(3j QtiîllBUme Ouurt, La Branche des royaus lingnages, dans les Bistoriens de France, t. XXII, p. 266, /.

(4) Gatdon, édit- Gnessard ot Siméon Luce, p. 116.

DigmzcdbyGoOgle

(d) t Les enfanz d'Orlienz » (1) ou « les enfanz d'Orléanz (2) .;

2" surtout un adjectif pris substantivemeot comme le laiia Aurelianensis, et qu'on trouve d'ordinaire sous la forme Orlenois, par exemple :

au xm' siècle, dans le Roman de la Rose :

Après tous cens sa tiiit Frandùae...

Et si n'ot pas nés d'Orlenois, Ainçois l'avoit lonc et traitis (3);

au xiV, dans La Branche des royaus lingnages , de Guillaume Guiart :

Devers la part au roï de France, Qui Dieu pour victoire avoir prie, Sont Bourgoignon et cil de Brie, Normanz, Berruiers, Orlenois (4) ;

au XV', dans le Mystère du siège d'Orléans , en un grand nombre de passages :

Les Orlenois sont à l'esquart... (5);

Je n'é pas autre intention

Que aiyourd'uy n'ayoas victoire

Et de mectre à destruction

Les Orlenois, c'est chose voire (6). ,

De même que le mot moderne Orléanais, Orlenois s'em-

(1) Chronique normande de Cochon, publiée dans la Chronique de la Puceile, par Vallet de Vikitille, p. 401 etpastim.

(2) Id.,ibid. p. 421 et jsossim.

^3) Édit. Francisque Michel, 2 vol. in-12; Paris, 1866 ; t. 1, p. 39, V. 1197.

M. Fr. Michel joint à ces vers une note sur a les Camus d'Orléans > et renvoie à un Catalogue de Proverbes publié par Le Qhând d'Ausst, dans aon Bistoire de la vie privée des Français (édit. de 1815), t. III, p. 403405.

(4) Historiens de France, t. XXII, 184, a bis.

(6) P. 217, V. 5563j cf. pas>i«t.

ployait d'ailleurs uon-seulement comme nom de populatioQ, mais encore :

(a) comme adjectif proprement dit, par exemple dans ce passage des Cris de Paris, par Guillaume de Villeneuve , poète du xyi" siècle :

Aus et oû^noGB i longue alaiuel Puis après cresson de fontaine, Vey-ci bon creaBOn orienois! (1);

(b) comme nom de paya, pour désigner la province que plus tard on appela l'Orléanais, par exemple dans La Mort de Garin le Loherain :

Fùtea moi letrea et sêoléB escris ; Les iinei voisent à Jou&oy l'angevin ; L'autre à Huon, le mien germain coain ; En Orienois envoie â Heméiz [2} ;

dans Aimeri de Narbonne :

Cant vo venrés au pais à' Orienois

En dolce France, tout droit en Loonoia (3) ;

dans La branche des royaut lingnages :

Quant en Ëtit de gnerre venoit Li dus qui Orienois tenoit (4) ;

de même en un grand nombre d'Ordonnances du siv* et du xV siècles , dans une Ordonnance de Philippe VI (29 mai 1346) «en Orienois » (5); dans une Ordonnance de Charles V (juillet et septembre 1376} ; « Et nous plaist que, quant à présent, soit un maistre (des forêts) ou pEus à'Orlenois » (6).

(1) Vers cités par M. Littrb, Dictionnaire, v> aténoit.

(2) Édit. Ed. du Méril, p. 103.

(3) Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 461, d'après la ras. ^5^ (fol. 44, V»), de la Bibliothèque nationale.

(4) Sistoriens de France, t. XXn, p. 263, g.

(b) Ordonnances, t. II, p. 245.

(6) Ordonnances, t. VI, p. 226.

DigmzcdbyGoOgle

Je signale pour mémoire seulement un terme que je rencontre dans un texte latin et qu'il ne faut pas prendre pour un des noms donnés aux Orléanais ; je veux parler du mot Aureîianista, dont le correspondant français, Orléaniste, a fait depuis, en une acception bien différente, une fortune singulièrement brillante. Au douzième siècle, Aure~ lianista signifie «■ partisan des maîtres d'Orléans >, » des doctrines professées dans les écoles d'Orléans », comme on a dit plus tard Janséniste, Moliniste, Spinoziste, Atomiste, etc. Les maîtres d'Orléans avaient alors une grande réputation {1), mais leurs doctrines n'étaient pas, à ce qu'il paraît, goûtées de tout le inonde ; car c'est contre eux et leurs adeptes qu'un écrivain célèbre de ce temps, Alexandre' 4» ViUedieu,.lança cette véhémente philippique dont j'emprunte la traduction à M. Léopold Delisle (2) : « Orléans I nous apprend à sacrifier aux dieux; elle énuraère les « fêtes de Faune, de Jupiter et de Bacchus. C'est une Œ chaire de pestilence, comme nous l'atteste David ■> ; et un peu plus loin : « l'Orléaniste se verra fermer la routé « du Paradis s'il ne change pas de langage. »

AureliatiUte via non patet ad Paradisum,

Ni priua oa mutet.

Je reviens à Orlenois {ovl Orlenoiz, coma% Orliens ei Orliens) : qu'est-ce donc que ce terme nonveau? Bien

(1) LêopoId Delisli, Les Écoles d'Orléans, p. 1 et suivantes.

(2) Id. ibid., p. 7.

Le texte, traduit parM.L. Delisle, aété publié par M. Thurot, iVofices jj( Extraits des manuscrits, XXII, il, 115, d'aprèe le ma. latin 14921 de la Bibliotlièque nationale, fol. 164, r> :

Sftcrillc&re DeÎB noi ndoceC AuralianiB, Indicens faslum Fauni, Jovis atquo Liei, Hec est paaCifen., David taBtuiW, ealhedra.

Ce passage eet une eilusiou à un travail d'AmoDl d'Ûiléans (v. ddeseuB, p. 23) but les Fastes d'Ovide.

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qu'il n'y ait, ce semble, entre la forme latine et la forme française qu'une lointaine analogie, ce n'est autre chose que le latin Aurelianensis. Ce dernier, régulièrement, avait l'accent tonique sur la pénultième ; par suite , et d'après une loi précédemment exposée , toutes les syllabes autres que l'initiale et la tonique se sont assourdies ou perdues :

1° la finale is est tombée selon l'usage : Aurelianeyis-is-;

2° des trois syllabes atones intérieures {re~li-a) , la première a également laissé tomber sa voyelle ; la seconde, suivant une règle déjà signalée, s'est combinée avec l'a en une syllabe unique [lia), laquelle s'est elle-même assourdie en un e muet : Or-le-nois ;

3°. restent l'initiale et la tonique :

(a) l'initiale s'est transformée en or comme celle d'Awrelianis lui-même {Or-lenois, Or-léans) ;

(b) la tonique a subi le changement que subit toujours dans le groupe ens (ensis, ensa, ensum), la voyelle e, changée en oi, de même que dans :

mensis — mois;

mensa — moise ,•

tensa — toise;

pensum — pois (et, plus tard , poids) (1) ; surtout dans les adjectifs ethniques analogues à Aurelianensis : Blesensis — Blésois; Remensis — Rémots; de même Aurelianensis — Orierutis; Orlenois, cependant, n'est pas la seule forme qu'ait revêtue en français le latin Aurelianensis , et Orlenois lui-même se métamorphosa de deux manières :

1° On sait avec quelle facilité les liquides, l particulièrement, se déplacent dans le corps [des mots (bule-

[1) V.iirLiTTRÉ (Dictionnaire) et BORGITI (Gloisaire).

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tellum — bluteau; puîpitum — pupitre.; singuUus — sanglot) (1); le mot chambellan, cité plus haut, provient d'un déplacement de lettres analogue, camerulanus ayant donné cham-bre-lan , d'où chmn-ber-lan , chambellan (2) ; par une série de modifications semblables, notre mot se changea d!0-rle-nois en O^el-nois, 0-reî-lois : je rencontre cette forme dans un passage A'Ogier de Danemarche :

Ains que tu voiee Saaters ne Venoendoia, Paris ne Chartres ne le cit à'Oreliois i3).

2' Il semble toutefois qu'elle n'ait pas pris racine ; du moins je n'en connais que cet exemple^ C'est par une assimilation directe que le mot Orlenois paraît s'être le plus ordinairement modifié, et, comme Orliens était devenu Olliens, Orlenois se changea de même en Ollenois. Il est permis de croire que cette forme a été surtout répandue au xrv' siècle, car c'est la seule que nous offre, par exemple, le poëme de Hugues Capet. Suivant la légende de ce poëme, le héros est originaire, comme on sait, de. Beaugency, dans l'Orléanais, et il y est parfois question de notre contrée; or, c'est par le mot Ollenois que sont désignés :

1° les habitants de la province :

Car ]y vraye cronicque, où I7 fait furent mia Qni a'enaieveat au livre que j'ay à dire enpris, Temoingne quely perez Huon,qiieje voua dis, Fq uoblez chevalier et d'OUenois nouria (4) ;

(1) Sur cea mots voir Littkê, Dictionnaire, et Bubgitt, Glossaire, ouvrages déjà Qitéa.

(2) Voir Littrk; Dictionnaire, v Chambellan.

(3) Edit. J. BaiTois, p. 467.

(4) B. Capet, v. 48-51.

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2" la province elle-même :

Encore ay tant acrut, ja ne voua môntîrcn, Qu'on Ollenois ne pnis plus faite mausion (1).

Mais ce n'est pas tout : Ollenois, à son tour, subit une modification curieuse , et qui devait laisser dans l'histoire

de notre langue une trace singulièrement durable. On sait qu'il n'est pas rare de voir, dans le vieux français, le son (au ou o) remplacé par la son a; c'est ainsi que :

Oberon ou Awberon est deveun parfois Abron [Alberonem) (2) ;

ochoiso» B B achoison (occasionem) ;

domog* i ■ damage (dominatictim) ;

auctorité « » aotorité (awitoritatem) (3).

Du latin au français, le même son s'est pareillement changé en a dans ;

dominum devenu dam on dame ; domina » àame;

aurichalewn b arckal {i).

Par un changement du même genre, Ollenois devint Aliénais, et, avec réduction de II en l, Alenois. On ne se doute guère en général que, sous cette forme, notre mot s'est maintenu dans la langue française, et qu'il fait encore aujourd'hui partie de notre fond national ; tout le monde sait, en effet, qu'il existe une espèce de cresson défini en ces termes dans le Dictionnaire de M. Littré (5) : t Cresson des jardins, nasitor, cresson cultivé, passerage cultivée (lepidium sativum, Linné) » ; or, ce cresson est celui qu'on appelle vulgairement t cresson alénois >, ce qui ne veut

(1) E. Capet, V. U2-U3.

(2) Suon de Bordeaux, édit. Ouessard et Orandmfùson, préface, p, XL ; « Le livre de Svelin de Bourdialx et du roy Abron. a

(3) Sur ces différente mots voir le Dictionnaire do LiTTEÉ et le Glossaire deBuRGUT.

(4) Sur ces mots voir les mémea ouvrages.

(5) V cresson; cf. v* alênois.

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pas dire autre chose que cresson Orléanais, celui-là même

que défiait M. Littré et que mentionnent, du srv* au Xn' siècle, sous les noms divers de cresson orlenois, cresson allenois, cresson alenois, les passages suivants : de Guillaume de Villeneuve :

■ Vey-ci bon oreason orlenois n (1);

de Dnbellay :

« Il se paissoit 'de cresson aliénais , Qui prend au nez d (2) ;

d'Olivier de Serres :

a Le nazitor ou creBson alenois a [3}.

A quelle époque se fit l'altération d' Allenois en Olenois ou Alenois ? n serait difficile de le préciser. Ce qui est sûr, c'est que la chanson de Gaydon, laquelle est, comme on sait, du XQi' siècle, en, offre, sous une forme nouvelle, un exemple curieux. Au vers 503 on lit, en effet :

Drota etnpereres, dist-U, enteadez-moi :

i Je teing dou dac trestout Aloenoia,

Et tout le Perche et tout le Saouoîs ;

Trosqu'i Angiers en corrent mi destroit ».

Quelle est cette province appelée par le trouvère Aloenois ? Le chevalier qui parle est le duc du Mans, Riol, . vassal de Gaydon, duc d'Anjou. Nous sommes, on le voit, au cœur même de la France, du moins dans cette région de l'Ouest qui confine au centre. Riol énumère les domaines qu'il tient de son suzerain et qui comprennent une bande de territoire b' étendant du Perche à la vallée de la Saône. Où trouver, sur le parcours de cette bande, une province dont le nom corresponde à cet Aloenois ? Si je

(1) Cf. ci-deBsuH, p. 70.

(2) Ddrkll. VII, 5.

(3) 0. de Sbbbbs, 5SG.

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ne me trompe, ce ne peut être que l'Orléanais, n est vrai que le mot ainsi écrit est gros de difficultés : l'oe, s'il était diphthongue, et, par suite, monosyllabe, ne serait paat embarrassant; car le sou de Ve, comme celui de la diph-:. thongue eu sont parfois ainsi figurés : dans la même chanson je note, par exemple, Hœdon pour Eudon, de Eudes (1), et d'ordinaire :

avcec pour avec;

poet » peut;

paent » peuent =i peuvent (2).

Mais, comme on le voit par la mesure du vers, aloenois compte pour quatre syllabes : a-lo-e-nois ; il parait donc impossible d'admettre que ce soit un équivalent A'alenois, et cependant on ne voit pas à quelle province pourrait s'appliquer ce nom; ne serait-ce pas simplement que l'orthographe alœnois correcte, si l'on admet le mouosyllabisme de la diphthongue, a été déformée pour satisfaire à la mesure du vers.? Cette sorte de licence n'est pas rare chez nos trouvères. On a vu un peu plus haut que le poète auquel on doit Hugues Capet a disjoint, par une diérèse analogue, Yi et l'e d'Orliens réunis partout ailleurs; dans le même poëme, au v. 119, qn lit :

Que dira Katerïne et Agniez et Riqueus, Quant d'ellez ay eus les premiers konnSurs ; M. de la Grange remarque avec raison que cette diérèse est • singulière {3}, * et il en rapproche un autre exemple (v. 320) :

Vassaua, diet rois Hugon, vous estez retenus. Pour ïonnéur de Franche où j'ay moult de mei dfUB. Honneur étant pour honneur, lui-même représentant d'honorem, il faut avouer que la séparation de l'e et de I'm

(1) GATD0N,p.l44, V. 4787.

(2) Sur ces mots voir Littrb, Dictionnaire, etBuBQUT, Glossaire.

(3) H. Capet, note», p. 244 (uote P. 9, v. 21).

est bien étrange, et sans doute on ne jugera plus impossible qu'un poète, auquel sont familières de telles incorrections, se soit permis de désunir les deux éléments d'une diphthongue telle querœ.-ltienn' empêche donc, on le voit, que l'alœnois, même prononcé ïaloenois', ne soit notre vieille province de l'Orléanais , et, puisque la chanson de Gaydou date du xni° siècle, nous sommes par cela même éclairés sur, l'époque où nous apparaît la première trace de cette altération.

Mais nous ne sommes pas encore au tefme de cette curieuse histoire, et voici qu'un ouvrage du xvi* siècle nous réserve une bien autre surprise. Il existe du poëme original de Hugues Capet, dont j'ai parlé plusieurs fois dans le cours de ce travail, une traduction allemande due à une princesse lettrée, Elisabeth de Lorraine, comtesse de Vaudemont, mariée au comte de Nassau-Saarbruck. Cette traduction, au jugement de M. de la Grange, l'éditeur du poëme (1) ne saurait remonter au-delà de 1437 ni être rapprochée au-delà de 1456 ; or, voici comment elle dé< bute :

< L'an 851, après la naissance du Christ, notre cher et ( béatiflque Seigneur, au temps où Lothaire gouvernait c l'empire romain , et Louis son frère le royaume de € France, naquit dans ce dernier état, au pays de Lanoy, < un jeune chevalier, etc.. (3) > .

Qu'est-ce que ce pays de Lanoy, situé en France ? Selon la légende dont le poëme n'est que le développement, Hugues Capet était né à Beaugency ; il ne saurait donc y avoir de doute : c'est bien la province de l'Orléanais que désigne le mot Lanoy; néanmoins, M. de la Grange, craignant avec raison qu'on ne reconnût pas sous cette forme altérée le nom traditionnel, inscrit en note < Lanoy, pour

(1) S. Capet, préface, p. LIX.

(2] Id.,il3id.,p. LXII.

dbyGOOglC

Orléanais, voir au poërae, p. 3, v. 11 (1). > Il reste à savoir d'où vient cette nouvelle forme ; l'ouvrage où elle se rencontre étant une traduction, U feut bien admettre que la priacesse avait sous les yeux un texte français on le nom d'Orléans était ainsi mentionné; or, lemotLanoyn'a, ce semble, qu'une parenté lointaine avec les différents noms d'Orléans jusqu'à présent étudiés. Comment expliquer, par exemple, en s' attachant aux deraiei-s, Ollenois, Allenois ou Alenois, que la première syllabe ait disparu, que l'e se soit changé eu a, que l's anale soit tombée t Voilà, certes, de graves altérations ; aucune pourtant n'est peut-être inexplicable :

1° La chute d'une syllabe initiale est un phénomène assurément très-rare en français, parce que l'assourdissement ou la perte des finales implique, par une compensation naturelle, le maintien de la première ; toutefois, les noms propres, et spécialement les noms de lieu, échappent en partie à cette règle, les habitudes du langage populaire les exposant à des mutilations plus profondes : on peut voir à cet égard ce que dit M. Quicherat dans son ouvrage De la formation française des anciens noïfis de lieu (2). La suppression de l'initiale est surtout fréquente lorsque cette syUahe est un a , lettre qu'on a pu regarder comme une préposition indûment soudée au nom; par exemple, c'est au moyen d'ime suppression de ce genre que se sont formés , solvant M. Quicherat :

du ipi^n

A'dwaticum le fntnçais

» Â~bollena >

A-friacm

* A-jarnarwm a

» A-iantkione •

» A'Stenidmn *

» A-thetiacitm i

(1) Id.,ibid. ibid, (notel).

(3) QuicHBRAT, Ibid. ibid.

Douay ; Bollèue (Vauclnafi) ; Friac (Lot) ; Jamac (Charente) ; Lançon (B.-du-RhÔEs) ; Stenay (Meiue) ; Thenac (Dordogne) (3).

Que l'a d'A-letiois soit tombé, par suite d'une semblable méprise, on pourrait doue l'admettre.

2° Cette première syllabe ayant disparu, la seconde aurait subi, par une conséquence naturelle, un cliangement dont les exemples ne sont guère plus rares : la syllabe assourdie le se trouvant initiale a pu se raffermir, et , comme elle était suivie d'une liquide (n), c'est en a qu'elle s'est transformée , suivant la règle par laquelle s'explique le cbangement de :

balance, pour belance, de bilancem; jaloux, pour jeloux, de telosus, etc.

3* Quant à la anale devenue oi au lieu de ois, il se peut que l's, muette depuis longtemps, soit tombée, et que, par suite, l'i devenu final se soit changé en y comme celui de roi dans Choisy-îe-Roy, Charleroy; mais il est possible aussi que ce dernier cbangement provienne d'une confusion : la langue française possède un autre Lanoy ou Laimoy, dont l'origine est connue ; il provient du Jatin Âlnetwn et donne, en français, Av/noy, Aunay, et, avec agglutination de l'article, Launoy, Launay, Lannoy (1) ; or, U n'est pas impossible que Iç Lanois qui représente A-le-nois se soit confondu avec l'autre , et cela,- d'autant plus Vilement qu'après tant d'altérations U était davesu lui-même méconnaissable.

On le voit donc, 11 ne serait pas impossible que le mot Lanoy, dont le sens est celui de l' ancien mot Orlenois, ne fût en réalité une forme réduite de ce dernier ; de là une conséquence singulière, c'est que le nom de famille Lanoy pourrait bien n'être précisément que le Lanoy du xvia siècle, corruption A'Alenois : appliqué dans le principe à quelque individu d'origine orléanaise , et , par suite ,

(1) QuiCBiUT, I>e la formation franpaàe des anoieas nom* tU iieu, p. 43.

d'adjectif ethnique devenu nom propre d'homme, il se serait ainsi perpétué dans la langue avec cette valeur restreinte. Je n'ai pas à rappeler combien sont fréquentes les désignations de ce genre : il suffîra de citer les noms de famille :

François, Français ; Lefrançois, Lefrançais ; Langlois ;

Allemand et Lallemand ; Flandrin ; Escot (d'Ecosse); Lombard ;

et, parmi les noms spécialement 'empruntés ans dénominations de nos anciennes provinces :

Angevin, Iiangevin (d'Anjou); Bemiyer (du Berry) ; Bourgoing ou Bourgoin, Bourguignon ; Breton, Lebreton; Champenois ; Lorrain ; Manceau;

Normand, Lenormand ; Picard; Poitevin ;

SaintoQ, Saintoin (de Saintonge).

Dorléans lui-même, en un seul mot, est devenu un nom propre analogue, et il est vraisemblable qu'un autre nom du même genre, DoUéans, en est une variante avec assimilation : je crois qu'à cette liste on peut ajouter désormais le mot ionoy; comme tant d'autres, il attesterait le souvenir d'une nationalité provinciale. Telle est la fortune des mots : tandis que les uns, de la plus humble origine , s'élèvent à d'éclatantes destinées, combien d'autres, jadis honorés ou illustres, sont peu à peu délaissés^ finissent par s'éteindre ou ne se survivent, pour ainsi dire, àeux-mèmes,

que sous la patronage d'un nom de Ëunille ou d'une locution vulgaire !

Orlenois ou Orellois, Ollenois, Aîlenois, Alenois,Lanoy, tellesaontdonclesmétamorphoses successives de notre mot: comment expliquer maintenant que toutes ces formes aient été remplacées par le nom moderne qui en diffère si profondément ? Après ce que j'ai dit plus haut du mot Orléans lui-même , il est facile de répondra à cette question : Orléanais vient, en droite ligne, du mot Orléans. Au moment où le vieux nom de notre ville prenait cette forme moderne, il était impossible que l'usage conservât un mot comme Ollenois, à plus forte raison comme Alenois ou Lanoy : très-différents du corrélatif Orliens, assez du moins pour a' être pas compris sans effort , ils seraient devenus inintelligibles le jour où le nom moderne de la ville aurait pris la place de l'ancien. Au vieil Orliens avait répondu, pendant les su", xm" et xrv' siècles, l'adjectif Orlenois ou Ollenois : il &llait maintenant un mot qui répondît, avec la même régularité de formation , au nouvel Orléans. Il n'y avait pas à chercher bien loin pour le créer : ce mot fut ce qu'U devait être, d'après l'analogie de formation des mots semblables [France et Français, Rouen et Rouennais, etc.), c'est-à-dire Orléanais. Des érudits tentèrent, au dixseptième siècle, de renouveler cette forme pour l'assimiler au latin Aurelianensis, et l'on créa le mot Aurelianois; mais il était trop savant pour être compris sans peine, trop éloigné à'Orléans pour que le peuple l'y rattachât volontiers : Aurelianois n'entra même pas, à vrai dire, dans l'usage, et on ne le rencontre que dans certains ouvrages Orléanais de ce temps, par exemple, dans l'Histoire des Antiguitez d'Orléans par Lemaire (1). La vraie forme, la

(1) Notamment, p. 9: tlias Aurelianois soubsleuom d'Aulerçois >, passage d^à cité ci-desaus (p . !22);

P. 42 : « Le territoire aureliemois ■ ;

P. 75 : a Mceun des Aurelianois ». 8

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seule naturelle et claire , c'était Orléanais, ou , âaivani l'écriture du seizième siècle, Orléanais; mais, tout en l'acceptant comme légitime, n'oublions pas que ce mot est de création moderne, qu'il n'appartient pas au fond primitif de notre vieille langue, et qu'auprès de lui continuent de vivre sous la double forme i'Alenois, et peut-être de Lanoy, deux de ses ancêtres, témoins aujourd'hui méconnus d'un passé lointain et glorieux pour notre ville.

IIJPRIMJBRIE a'iMOX PUGBT ET C**, RUE 1

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