Étymologies lyonnaises. Réponse à M.A. Steyert
La Nouvelle Histoire de Lyon par M. A. Steyert vient de s'enrichir d'un premier appendice de 98 pages, imprimé dans le même format, afin, évidemment, de pouvoir être relié avec elle. Il ne s'agit pas encore de ces Errata que l'auteur avait bien voulu promettre dès le second volume. Il y avait quelque chose de plus pressant. C'était de « répliquer » à une cinquantaine de lignes, mises en notes au bas de ma brochure sur les Noms de lieux dans to région lyonnaise, et dans lesquelles je me permettais de critiquer, en citant son nom, cinq des étymologies dont il a usé dans son Histoire. Il a vu là une manifestation d' « hostilité » à l'égard de son œuvre. La preuve? Elle est bien simple. Une « revue judéo-maçonnique » ayant invité les savants à relever les erreurs qu'il devait y avoir dans Y Histoire de Lyon, évidemment j'avais répondue son appel : Post hoc. ergopropter hoc. « C'est assez piquant, ajoute-t-il. Il est des gens mal élevés qui. en pareille occurrence, crieraient à l'alliance du triangle et du goupillon. Je n'aurais garde d'user de proj 30s aussi malséants, o Apres une aussi spirituelle prétention, il est bien clair que M. Steyert n'usera, dans la polémique, que de propos fleurant le plus pur athéisme. D'autre part, le contradicteur de M. Steyert vivait dans un milieu des moins favorables au livre de celui-ci ; « le Conseil de la Faculté catholique » n'avait-il pas eu l'audace d'exclure, après délibération. Y Histoire dp Lyon de sa bibliothèque, et même l'impertinence de le lui faire savoir « parlant à sa personne, comme disent les huissiers? » Quoi d'étonnant, après cela, que je ne sois qu'un juge prévenu et partial l
Je déclare tout d'abord que cette conclusion ne repose que
1 Quelques corrections et additions oui été faites à La première partie de ce travail parue dans le Bulletin de 1" société de Géographie (n° de jajivîer) ; elles sont indiquées à La suite du deuxième article n de juillet).
sur des prémisses proprement imaginaires. Je ne savais pas. avant la révélation de M. Steyert, qu'une « revue judéomaçonnique >> se fût occupée de son livre, et je n'ai pas réussi depuis a savoir quelle est cette revue. Quant à la double accusation qu'il fait peser sur « le Conseil de la Faculté catholique », elle a été relevée comme elle le méritait et par qui de droit (1). J'ajouterai une simple observation : M. Steyert n'a vraisemblablement pas ignore que ^Université catholique avait publié sur la Nouvelle Histoire de Lyon des articles d'une très cour- ■ bienveillance; et s*il l'a su. comment n'a-t-il pas compris que cela lui ôtait le droit d'accuser de sentiments peu favorables a son endroit le «Conseil de la Faculté catholique >>. dont elle est l'organe l Par une curieuse ironie des choses. le directeur de la Revue était justement alors celui qu'il attaque aujourd'hui dans les termes qu'on vient de lire et en d'autres qu'on devine.
M. Steyert n'avait donc pour former sa conviction, d'autre élément de preuve que le texte même de mes critiques. Est-ce que, vraiment, ce texte respire la prévention, la partialité, eu un mot l'hostilité qu'il croit y découvrir? Les prétendues preuves qu'il en donne au cours de son volume seront discutées au passage, et le lecteur appréciera. Pour le moment, il suffit de constater que son Histoire de Lyon appartient à la critique comme n'importe quel ouvrage; que les expressions dont je me suis servi à l'égard de quelques-unes de ses étymologies « inadmissible, invraisemblable, il a tort », dont il se plaint amèrement, sont des ternies courants dans la critique philologique et autres et qui devraient l'étonner moins que personne: et qu'enfin j'en ai usé à l'endroit de M. Holder. — dont il me reproche d'être l'aveugle disciple, — aussi bien qu'à son endroit: et je puis certifier que M. Holder ne s'en est pas offensé.
En tout cas, M. Steyert s'est fait là-dessus une conviction des plus fermes, et le résultat a été le volume dont je vais m'occuper. Ai-je raison de le faire ? D'aucuns m'en dissualaient, et pour des motifs qui ont leur valeur. Il est certain qu'a considérer la forme de cette « Réplique » le parti le plus digne était le silence. Quant au fond, il est certain également si ce volume ne devait cire lu que par des celtistes ou des romanistes, ou un mot par des gens du métier, je n'aurais
<l) Bulletin des Facultés catholiques, déc. 1899. I.a réponse a été que
sur les deux points. M. Steyert « s'est trompé ou laissé tromper
pas à me préoccuper de leur jugement, et je ne me donnerais pas la peine, bien superflue à leurs yeux, pour ne pas dire ridicule, de discuter des principes qui ne se discutent plus. Mais il est assez douteux que le nouveau volume tente les spécialistes, surtout qu'il soit par eux lu jusqu'au bout ; la majorité de ses lecteurs se composera d'hommes instruits sans doute, mais qui n'ont pas étudié particulièrement la matière, lisse trouveront placés entre deux méthodes de recherche étymologique, et se demanderont quelle est la méthode vraiment scientifique. D'autre part, la réputation que AI. Steyert s'est faite comme historien de Lyon et de la région lyonnaise peut faire illusion sur sa valeur de philologue. N'est-il pas à craindre, si je ne réponds pas. que la méthode scientifique, surlaquelle je crois mètre constamment appuyé, ne soit compromise dans l'esprit de beaucoup de lecteurs, qui ont en M. Steyert toute confiance ?
Là Société cle Géographie, qui m'avait fait le grand honneur de me demander la conférence d'où est sortie ma brochure et de la publier dans son Bulletin, a pensé qu'après l'attaque dont cette conférence vient d'être l'objet, il était juste et utile que son Bulletin s'ouvrît à la défense. Je me fais un devoir de la remercier de son offre si gracieuse. Et. de fait, l'attaque de M. Steyert est telle qu'elle atteint nécessairement, par ricochet, ceux qui auraient eu la naïveté d'inviter à discourir sur les noms de lieux quelqu'un qui ne sait pas le premier mot de la question. Sans doute M. Steyert déclare par deux fois, dans son préambule, que la lecture de ma conférence lui a été très instructive; il va même jusqu'à parler. — ce qui me confond un peu. — de mes « connaissances approfondies en matière de philologie » et jusqu'à dire que je suis « au courant des conquêtes les plus récentes de la science contemporaine ». S'il m'a flatté et trop flatté, je n'ai guère eu le temps de m'enorgueillir. Toutes ces belles précautions oratoires du début aboutissent, par la critique acharnée des principes sur lesquels je m'appuie et des explications étymologiques que j'en déduis, à cette conclusion finale que mon étude « est sans valeur scientifique », et que ma méthode, bonne tout au plus pour un professeur, « ne vaut rien » « pour l'érudit qui veut enseigner le public ». Je ne me charge pas d'expliquer la flagrante contradiction entre ce préambule et cette conclusion, ni de deviner
s ETYMOLOGIES LYONNAISES
ce que M. Sleyert a bien pu apprendre dans ma conférence;
mais je me demande. — et c'est sans doute ce qu'a t'ait aussi la Société de Géographie, — si. après avoir lu M. Steyert, le public qui m'a t'ait l'honneur de m écouter avec une bienveillance dont je garde toujours un souvenir reconnaissant, ne va pas croire qu'on l'a t'ait assister i\ une mystification.
Voilà pourquoi je réponds, heureux si la polémique présente réussit a faire pénétrer dans un cercle plus étendu les principes que je crois fermement être ceux de la saine philologie. Ai-je besoin d'avertir que je tâcherai d'éviter certain ton qui n'est plus de mode au moins sur le terrain scientifique, et qui ne saurait pas plus convenir à mon caractère qu'à la Revue qui me donne l'hospitalité? C'est très posément que j'entends mener cette discussion. Si le lecteur trouve que la part des personnalités y est encore trop grande, qu'il veuille bien se rappeler que la responsabilité en incombe à celui qui a fait dégénérer une discussion scientifique en querelle personnelle. Autre observation : je ne prétends pas répondre sur tous les points, de doctrine oirde fait, où je suis attaqué: ce serait un gros volume à faire, puisqu'il y faudrait développer jusqu'aux éléments de la science étymologique. J'entends- choisir les points qui me semblent les plus importants et les développer a raison de leur importance, sans me soucier de la proportion dos diverses parties; M. Steyert interprétera mon silence sur tel ou tel point, à sa guise, comme du « dédain » ou comme de l'impuissance à répondre: seulement, je dois prévenir le lecteur qu'après lecture attentive, réfléchie et réitérée du volume de M. Steyert. je ne me crois obligé a abandonner aucune, ce qui s'appelle aucune, des étymologies que j'ai proposées ou acceptées dans ma brochure.
Gela dit. commençons.