‹ Étymologies lyonnaises. Réponse à M.A. SteyertChapitre 10 sur 12 · ADDITIONS ET CORRECTIONS · texte numérisé non relu

ADDITIONS ET CORRECTIONS

Par suite de circonstances indépendantes de ma volonté, comme de la bonne volonté du Comité d'administration de la Société de Géographie, la deuxième partie de ma « Réponse » à la « Réplique » de M. Steyert ne paraîtra pas dans le JBulletin de cette So -i îté. Dès lors, il m'est im] sible — et je le regrette — de tenir la promesse, faite à la première page de la présente brochure, d'insérer, dans le Bulletin, avec mon second article, les modifications que j'ai cru devoir faire au premier dans le tiré à part ; quoique ces modifications consistent bien plus souvent à préciser ou à compléter ma pensée qu'à la rectifier, je me faisais un devoir de loyauté de les faire passer sous les yeux do ceux qui avaient lu ma première rédaction.

En voici d'autres qui sont davantage des rectifications et dont je ne me suis avisé qu'après le tirage :

Page 9, ligne 31 : « mystérieux r/one ». — J'ai oublié que, dan- - - Additions, M. Steyert le fait venir du sanscrit « Dhouni, fleuve »• N'abusons pas du sanscrit. Sans me donner pour un sanscritiste — qui serait plus que de la présomption — je puis dire que si, phonétiquement, Dhouni peut expliquer Don, il n'explique pas Modonium, dont le d doit appartenir à la racine, Mod-onium, comme le prouvent les noms celtiques Moda, Modos et antres, ni Ghambéon, niDonzy, comme il est démontré ailleurs p. 76). Le changement d' done en dane n'est « merveilleux » que pour « Ro-dane », « Eri-dan \ attendu que l'a ici est bref, et qu'an surpins Rodantes doit se décomposer en Rod-anus, comme Sequ-ana. Quant à Danube, j'ai ou tort de 1.' mettre dans cette catégorie, Va de Danuv-ios étant long, ce qui peul permettre de le rattacher à Dhouni.

Page 20, ligne 4 : « lux, lucis, la première étymologie de M. Allmer. » — L'expression est inexacte. Joie concluais de la traduction que notre savant épigraphiste avait adoptée de Lugdunum, clarus ou lucens nions; mais, ayant pu, depuis le tirage de mon article consulter le texte de M. Allmer (Inscr. de Vienne. I, p. 85), j'ai constat.'- qu'il le rattache directement à un lug ou luch celtique, correspondant à in.,-, lumière. Explication inadmissible : llùg est du néocèltique se rattachant à l'adjectif gaulois loucos on leucos, brillant Cf. Holder. s. v. . Dans cette hypothèse, on aurait eu Loucodunon-Leucodunon-Lrteodunon (avec u long), ce qui, avec le c et Vo, constitue trois impossibilités phonétiques.

Page 23, ligne 14 : « Lugodunum : jamais et te forme n'y a de signalée (en latin). » — Je ne parle évidemment que des textes anciens, antérieurs au xe siècle. Les modernes ont fort bien pu se passer cette fantaisie.

C'est ainsi qu'un Plan de Lyon, de Simon Maupin, présente pour titre : Colonia Copia Claudia Augusta Lugodunum, et cela comme le texte d'une Vêtus inscriptio ad Confluentes Isarae et Rhodani (Cf. Rer. du Lyonn., 5 s., X, p. 21). Or. il s'agit ici de l'inscription du taurobole de Tain, laquelle est ainsi conçue : Colon. Copiœ Claud. Aug. Lug. CIL.XII. 17^; . Si une semblable interprétation prouve quelque chose, e'esl que. apparemment, celui qui Ta risquée croyait à Pétymologie de Lugdunum par tugos, corbeau, mais non pas que Lugodunum se soit jamais trouvé, aux temps anciens, pour le nom de Lyon.

Page 34, ligne 34 : « A l'appui de ^/{/os-corbeau ». — La Bévue épigraphiqtte, heureusement continuée par M. Espérandieu, l'éminent collaborateur et ami du regretté M. A limer, a publié, dans son premier numéro de la présente année, la lettre suivante, écrite par notre grand êpigraphiste, la veille même de sa mort, à l'adresse de M. Steyert : comme elle intéresse particulièrement la question traitée ici, je crois devoir la reproduire intégralement :

« Mon cher Steyert, vous savez que je suis si absolument étranger aux études de linguistique, que je me garderais bien de hasarder sur ce terrain, plein de faux chemins et d'énigmes perfides, même le pas le plus timide. Mais je ne puis m'empècher de remarquer que vous vous défendez bien et très bien, avec esprit et savoir, et que votre contradicteur aura sans doute quelque peine à trouver des réponses à toutes vos observations. En ce qui concerne Pétymologie de Lugudunum par « colline des corbeaux », la seule particularité qui nous intéresse, la question n'est nullement ici de savoir si cette étymologie est scientifiquement vraie; la question est uniquement et entièrement de savoir si cette étymologie a été acceptée et tenue pour vraie par les Gaulois et par les Romains de l'époque et par les descendants des uns et des autres pendant plusieurs siècles, et la chose ne peut pas même faire l'ombre d'un doute. Les Gaulois et les Romains du temps, et leurs descendants pendant plusieurs centaines d'années, ont cru à Pétymologie de « colline des corbeaux » et ont donné de leur croyance preuves sur preuves.

« Un monument autonome des Ségusiaves offre, à son revers, un corbeau (pas un aigle-. Au revers d'un grand bronze d'Auguste de la colonie de Lyon, >e laisse apercevoir, dans une sorte de nuage, la tète d'un corbeau ; mais il y a plus : Albin, s'apprètant à la guerre contre Sévère, a frappé à Lyon, la capitale de son provisoire empire des Gaules, des monnaies d'or et d'argent au revers desquelles apparaît le Génie de Lyon, Geido Lug., le corbeau à ses pieds ipas un aigle ; l'aigle se laisse voir aux pieds des Génies de ville seulement au quatrième siècle). De plus encore, des poteries historiées du même temps, et relatives à un grand événement de la guerre d'Albin et de Sévère, montrent le Génie de Lyon en colloque avec le fondateur de la colonie, et le corbeau légendaire est

- pieds.

« Eli bien alors, que veut-on déplus? A quoi bon toute cette érudition à côté et en dehors du sujet ? Arrivera-t-elle à détruire ce fait avéré que Gaulois el Romains, dès avant l'ère chrétienne, et encore à l'entrée du troisième siècle, ont cru à Pétymologie de « colline des corbeaux»? L'érudition est certes une belle chose, mais pourtant à la condition qu'elle ne s'égare pas en vagabondages digressifs »

On suppose bien, j'espère, que je n'aurai pas le maniais goût de faire une remarque quelconque ni sur l'appréciation dont M. Allmer honorait le travail de son ami, ni sur ses prévisions relatives à maréponse. Mais le respect dû à sa mémoire, et que je déclare à nouveau professer autant que personne, ne m'interdit pas d'examiner l'argument qu'il apporte au débat. Ce n'est pas un argument philologique; M. Allmer s'en défend dès la première phrase, en des termes qui sont le loyal aveu de son incompétence sur ce terrain, mais empreints d'une défiance quelque piu excessive vis-à-vis de la philologie. Pourquoi y aurait-il, sur le terrain philologique, plus « de faux chemins et d'énigmes perfides que sur les autres terrains ? Il me semble que nous pourrions en dire autant toute science qui nous est étrangère et dont les conclusions nous surprennent ou nous déconcertent. L'argument présente par M. Allmer est l'argument archéologique, dont il a été question plus haut. p. :.; Mais, avant d'y revenir, remarquons soigneusement que M. Allmer s place à un tout autre point de vue que M. Steyert. Tandis que M. Steyert défend, en elle-même, l'étymologie de « colline des corbeaux », M. Allmer parait s'en soucier assez peu. La question pour lui n'est pas de >a\<>irsi celte étymologie est « scientifiquement vraie », mais si elle - a été acceptée et tenue pour vraie par les Gaulois et par les Romains... pendant plusieurs siècles ». Déjà, dans son article sur Lug, il écrivait que cette étymologie, «à tort ou à raison, a été tenue pour lionne » par les anciens. On ne doit donc pas le considérer ici comme un partisan déterminé de Lugudunum^ « colline des corbeaux ». Si on rapproche cette réserve d^ M. Allmer du fait de l'adhésion de M. Hirchsfeld à l'étymologie nouvelle, on voit que l'archéologie, par l'organe de ses plus éminents représentants, se détache de plus en plus de l'étymologie ancienne.

Quant à la question de savoir si les Gaulois et les Romains ont accepté et tenu pour vraie l'explication de Lugudunum par « colline des corbeaux », elle peut être la question importante pour l'archéologie ; elle ne l'est certainement pas pour la philologie. Aux yeux des philologues, il s'agit uniquement de savoir si cette étymologie est scientifiquement vraie ou fausse; peu leur importe que les anciens y aient cru ou non. M. d'Arbois de Jubainville, qui admettait cette croyance des anciens, n'en écrivait pas moins en 1887 : « De ce que l'explication du nom de Lyon par le thème A/uyo, « corbeau a été (reçue au Ie* et au W siècle, il ne suit donc pas que cette étymologie, archéologiquement fort intéressante, ait une valeur grammaticale supérieure à celle des innombrables étymologies fausses que le peuple adopte ou à tant d'autres étymologies d'aussi médiocre valeur, qui sont restées dans les livres des savants sans répandre au dehors » {Rev. du Lyonn., 5' s., III. p. 11". Mais est-on même obligé d'admettre que nos monuments, ou figure le corbeau, prouvent la croyance des Gaulois et des Romains à celte étymologie? Je ne le pense pas; ainsi que je l'ai dit, il faudrait pour cela que tous les emblèmes de l'antiquité eussent un sens étymologique ou, tout au moins, en ce qui concerne Lyon, que le mot Xovyos, corbeau, fût assuré. Si on pouvait conclure de l'emblème à l'étymologie, que de villes anciennes dont les noms viendraient des noms de cheval, de sanglier, de bœuf, de bélier, d'aigle, de coq, de raisin, etc., etc., quoique, à l'ordinaire, il n'en soit rien! D'autre part, le mot de XcZy>s est bien loin

d'être certain. Je ne vois donc rien à changer, sur ce point, à mon premier texte; je reste convaincu : 1° que le corbeau des monuments lyonnais ne prouve pas que nos ancêtres aient cru à la présence du nom du corbeau dans le nom de notre ville, et 2° que. y eussent-ils cru, ce n'aurait pu être qu'une croyance erronée, comme il y en eut tant, en fait d'étymologie, chez les anciens.

Au surplus, je dois l'aire observer que, si la question est placée, comme elle l'était, sur le terrain étymologique, il n'y a pas lieu de traiter de « vagabondages digressifs » les arguments empruntés ici à la philologie.

Page 45, ligne 27 : « Je n'avais pas su deviner par qui »: dans mon premier texte : « On ne disait pas par qui ». — Je tiens à motiver ici ce changement.il s'agit delà corre ctionûeSegolaunorum enSegusiavorum. Après avoir bien examiné le texte de M. Steyert, il m'avait semblé qu'il n'indiquait pas l'auteur de cette correction, d'autant plus que Segolaunorum était présenté comme appartenant au «document original». Etait-il à présumer que, si ce nom était « altéré dans le document original», on eût attendu jusqu'à M. Steyert pour tenter une restitution, et que, si tous

s liteurs, qui devaient être des paléographes, avaient reculé devant cette audace, M. Steyert, lui, n'eût pas reculé? Un de mes amis m'a l'ait observer que je pouvais me l'aire illusion sur ce point et que le texte lui semblait susceptible d'une interprétation différente, c'est-à-dire pouvait s'expliquer comme indiquant une correction personnelle. Je me suis hâté de faire droit à 'cette observation, en corrigeant ma première rédaction comme ci-dessus.

Pages 52, ligne 5: « Sans doute, Cubliacus existe dans les cartulaires ». — J'ai commis ici un oubli et une erreur : un oubli, car je n'ai pas dit que, dans ma conférence, j'avais mis en doute l'existence de Cubliacus ; une erreur, car ce nom n'a pas encore été signalé dans les cartulaires. Ceci demande une explication. Si j'avais douté de la forme Cubliacus, c'est que les textes cités par A. Bernard, les seuls que j'eusse pu consulter à l'époque de ma conférence, ne donnaient (pie Aibliacënse, Aubliacense, Cupriacense et Trubliacense, et que Cùbliacense n'était présenté par lui que comme une correction; n'ayant indiqué que A ubliacense, je suis accusé de « procédés équivoques d'insinuation pour mettre en doute ce qui n'est pas douteux!» Or, j'ai justement cité celle des quatre formes qui me semblait le mieux cadrer avec Cubliacense, le bl étant commun à trois formes. J'ai constaté depuis, dans l'édition de Kagut, que Cubliacense existe dans la copie de Boubierà la Bibl. Nationale. Aussi, n'ai-je fait aucune difficulté, après cette constatation, pour admettre la légitimité de la correction d'A. Bernard, par conséquent l'existence certaine de Cubliacensis dans les textes anciens. Mais j'ai admis trop promptement que Cubliacensis entraînât Cubliacus. — Notons, entre parenthèse, que c'est sans conséquence aucune pour l'étymologie de Cublize; lors même que Cubliacus existerait, ce ne serait paSj ainsi que je l'ai prouvé, la forme primitive, quoique ancienne, de Gublize. Je pourrais donc admettre Cubliacus, sans avoir à sacrifier un argument, comme j'ai dû le faire à propos de la quantité de lugos. — Mais Cubliacensis prouve-t-il l'existence de Cubliacus ? Non. Rien déplus fréquent, au moyen âge, que le désaccord entre le nom et l'adjectif qui en est dérivéave • acensis; par analogie, on plaçait acensis à

tort et à travers. C'est ainsi qu'on trouve : Miolano (Mioland, de * Ml lanum . avec Melionacensis\ Stàbilianum Estrablin), avec Stabx censis\ Exartipetrus, avec Eœartipetracensis ; Vesia V; avec

Vesiacensis; Mons aureus Mont-d'Or .a.vecMonsaureacensis; Ceh (Solaise), avec (G elosiacensis ; Tegna 'Tain, avec Tegnacensis, etc. De Cubliacensis on ne peut donc conclure nécessairement à Oubliai Je suppose qu'à la date de nos textes, l'ancien * Cuppelitia était devenu normalement Cublisia et 411e, au lieu de Cublisiacensis, le scril donné la forme contractée Cubliacensis ; hypothèse rendue vraisemblable par l'existence parallèle de Respiacensis-Respici ?, Matiscei

Matiscone?isis, Flaviacensis-Flaviniacensis, Salmacensis au lieu de Salmoiacensis, etc. Inutile de faire observer qu'il n'y a rien de commun •Mitre cette contraction purement graphique et la contraction phonétique qu'admet M. Steyert pour Frontonisacum-Frontonacum (supr., p. 99i. En résumé. Cubliacus n'est pas encore constaté d'une façon certaine, et, le lut-il, qu'il ne prouverait rien contre Fétymologie que j'ai proposée.

Page60, ligne 18 : « Brixus saltus . lire « Brixius sait us ». aujourd'hui la Bresse (V< sges .

PageGù. ligne 30: mânner, lire: mœnner.

Page 79, ligne 14 : « Le nom d'Argenteuil qui ne peut être qu'un dimi- « nutif d'Argantos ». — Le raisonnement de M. Steyert n'est pas assez exactement reproduit dans cette page. Ce raisonnement revient au syllogisme : Un nom propre d'homme ne peut faire un nom de lieu qu'à l'aide d'un suffixe; or, dans Argentavus (Argental . avus n'est pas un suftlxe ; donc Argantos n'est pas plus un nom propre dans Argentavus que dans le diminutif A rgenteuil. — Notons qu'il ne dit pas de quoi Argenteuil est le diminutif; j'ai eu tort de traduire sa pensée par « dimi" nutif d'Argantos ». Il y a donc lieu de modifier la réfutation de son objection : 1° Argantos ou son diminutif — s'il eût existé — aurait pu à lui seul, c'est-à-dire sans suffixe, dénommer un pays, comme M. d'Arbois de Jubainville l'a démontré pour les gentilices en ius Antoingt. Puy-de-Dôme, de Antonius, etc.), ou en enus (Gorenc, Isère, de Curennus, etc. , et pour les cognomina Toul, de Tullum . et comme M. Steyert lui-même en reconnaissait la possibilité, en admettant comme acceptables — à la rigueur — Champagne et Cot tance, formés du seul gentilice;2* Argentavus n'appartient pas à cette catégorie, puisque, dans ce nom, avus est un suffixe très authentique.- 3 nier qu'Argantos soi! un nom d'homme, c'est allerà rencontre delà science celtique cf.d'ARBOiS de Jub., op. c, p. 492 : 1 enfin, comme je l'ai démontré, Argenteuil n'est pas un diminutif, mais un composé.

Page lui, ligne S : « ailleurs et qui », lire: « ailleurs; Frontenus »

Page 121, ligne 20 : « Aynay lii-'1 : Ainay ».

Page 107, ligne 29 : « Dira-t-il », lire : « Dira-t-on ».

Page 122, ligne 25 : « uV<(y; . lire : « '*¥<Ti<; ».

Page 122, note 2, lire : 'autres

Page 125, ligne il : « de snobisme > , lire : « par un genre ».

Page 126, ligne 31 : « repeublé », lire : « repeuplé ».

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